Plus loin Dante demande son chemin aux âmes pour escalader le rocher,
et il représente encore ici par une naïve comparaison pastorale
l'empressement des âmes à le lui indiquer.
«Telles que les brebis enfermées sortent de l'étable, d'abord une,
puis deux, puis trois, pendant que les autres s'arrêtent tout
intimidées sur le seuil, baissant l'oeil et le museau à terre,--et ce
que fait la première les autres le font, s'adossant à celle-ci si elle
s'arrête, naïves et soumises, et ne sachant pas elles-mêmes le
pourquoi; telles, etc.»
L'expression des choses métaphysiques, les définitions et les
distinctions de la philosophie transcendante ne sont pas rendues par
le poëte avec moins de vigueur et de clarté que les scènes de la
nature visible. Il peint l'âme du même pinceau qu'il peint la matière.
Écoutez ces quatre stances du quatrième chant. Aristote ou saint
Thomas d'Aquin n'auraient pas plus rigoureusement défini ou distingué
en prose; et cependant quelle poésie ajoutent la concision, la
saillie, la couleur, la vibration, la vie, à cette métaphysique!
«Quand notre âme se recueille et se concentre fortement en elle-même
sous une impression de plaisir ou de douleur qui s'empare tout entière
d'une de ses facultés, il nous semble que toute autre faculté en nous
est absorbée, et ce phénomène réfute l'erreur de ceux qui croient
qu'au-dessus de notre âme unique une seconde âme nous anime!--Et
aussi, quand on voit ou qu'on entend quelque chose qui tient
puissamment notre âme tendue par l'attention vers un seul objet, la
perception du temps nous échappe, et l'homme ne s'aperçoit pas de sa
fuite;--parce que autre est la faculté qui regarde ou qui écoute, et
autre est l'ensemble des facultés qui composent l'âme tout entière. La
première est enchaînée, tandis que la seconde reste indépendante!»