II

Le premier chant de _l'Enfer_ commence par une allégorie et une

allusion. «Au milieu de la route de la vie,» chante le poëte dans le

premier tercet (strophe de trois vers), «ayant perdu le droit chemin,

je me trouvai égaré dans une obscure forêt.» Ézéchias avait dit avant

lui: «Au milieu de ma vie j'irai aux portes des enfers!»

«Comment j'y pénétrai,» continue le poëte, «je ne saurais le dire,

tant j'étais plein de sommeil quand je perdis la vraie voie!» Le

soleil, qu'il aperçoit réverbéré sur les épaules d'une haute colline,

le rassure un peu; il regarde avec moins d'effroi on ne sait quel

passage étroit et terrible qui est sans doute la mort: il ne le dit

pas; le sens est inintelligible; puis, sans dire s'il a franchi ou non

ce passage, il commence à gravir la colline. Une panthère au poil

tacheté (personnification de l'amour des sens) lui barre la route. Ici

cinq ou six vers resplendissants de la douce sérénité du premier matin

qui éclaira le premier homme quand le soleil monta escorté des étoiles

qui l'accompagnèrent, grâce au mouvement imprimé par l'amour divin à

ces beaux luminaires. Il se livrait à la douce impression de cette

lumière matinale quand une seconde apparition de bête féroce, un lion,

symbole de la violence, l'épouvante. Puis vient une louve maigre

(symbole de l'inextinguible avidité de la Rome papale). La louve le

fait reculer on ne sait où (allusion à son exil provoqué par le pape).

Ici l'obscurité redouble. «Pendant,» dit-il, «que je glissais dans un

enfoncement du sol» (allusion sans doute à ses adversités), «s'offrit

à mes yeux CELUI QUI PAR UN LONG SILENCE PARAISSAIT AVOIR PERDU

L'USAGE DE LA PAROLE.» Cela désigne Virgile, par allusion à la longue

ignorance de ces siècles qui avaient oublié la langue latine. Dante

l'apostrophe et l'implore. Virgile lui répond et lui révèle son nom

par ses oeuvres. Virgile, touché des louanges filiales du poëte

toscan, le remet dans le droit chemin, en lui faisant éviter une foule

d'autres bêtes féroces qui s'accouplent avec la louve (ténébreuses

allusions à Rome et à ses alliés). Virgile lui propose d'être son

guide dans une des demeures de l'éternité, _loco eterno_. «Quand tu

auras entendu ses hurlements désespérés et traversé ensuite le séjour

où ceux qui brûlent sont encore heureux parce qu'ils espèrent,» lui

dit-il, «une âme plus digne que moi d'entrer dans le ciel te guidera,

parce que le Dieu qui gouverne là-haut ne veut pas que je pénètre dans

son empire.»

Dante le remercie de vouloir bien le conduire à la porte de saint

Pierre (allusion au paradis ouvert ou fermé, selon les croyances

catholiques, par cet apôtre), et il suit son guide.

Tel est ce premier chant, qui laisse l'esprit dans le demi-jour des

allusions. On marche à tâtons à la suite de ces deux poëtes, sans

savoir si c'est dans la réalité ou dans la vision, dans le siècle ou

dans l'éternité, qu'on avance.

Cours familier de Littérature - Volume 04 · 第 34 / 237 题