Il intitula ces poésies d'un nouvel accent _les Nuits_. C'est la corde
grave de sa lyre muette jusque-là, aussi mélancolique et aussi
pathétique que les plus graves mélodies de ses rivaux.
Ce sont des dialogues à voix basses entre le poëte et ce qu'il appelle
encore la muse, c'est-à-dire entre le coeur de l'homme et son génie.
Ce coeur et ce génie cherchaient à se mettre d'accord en lui comme en
nous tous. Nous ne connaissons rien dans la poésie française,
anglaise, allemande, de plus harmonieux, de plus sensible et de plus
gémissant que les _oratorios_ nocturnes de Musset. Lisez-en ici
quelques strophes, puis lisez tout; vous serez saisi comme je le suis
en ce moment moi-même d'un immense repentir de n'avoir pas lu plus tôt
et de n'avoir pas apprécié assez un pareil musicien de l'âme. Ah! que
la mort est un grand révélateur!