XII

Il intitula ces poésies d'un nouvel accent _les Nuits_. C'est la corde

grave de sa lyre muette jusque-là, aussi mélancolique et aussi

pathétique que les plus graves mélodies de ses rivaux.

Ce sont des dialogues à voix basses entre le poëte et ce qu'il appelle

encore la muse, c'est-à-dire entre le coeur de l'homme et son génie.

Ce coeur et ce génie cherchaient à se mettre d'accord en lui comme en

nous tous. Nous ne connaissons rien dans la poésie française,

anglaise, allemande, de plus harmonieux, de plus sensible et de plus

gémissant que les _oratorios_ nocturnes de Musset. Lisez-en ici

quelques strophes, puis lisez tout; vous serez saisi comme je le suis

en ce moment moi-même d'un immense repentir de n'avoir pas lu plus tôt

et de n'avoir pas apprécié assez un pareil musicien de l'âme. Ah! que

la mort est un grand révélateur!

Cours familier de Littérature - Volume 04 · 第 15 / 237 题