II

Quant à nous, en face de ces deux volumes de poésie d'Alfred de

Musset, notre rôle de critique est bien différent du rôle d'Hafiz et

de son ami en face du festin et des danseuses de Perse. Nous ne

pouvons pas dire comme Hafiz: «Laissez-moi vider ma coupe» sans savoir

quelle lie amère il peut y avoir au fond du verre, et quel déboire

suivra l'ivresse? Nous ne pouvons pas dire comme le convive d'Hafiz:

«Laissez-moi respirer le bouquet» sans savoir quelle salubrité ou

quel poison contiennent les coupes colorées de ces fleurs. Nous

écrivons pour la chaste jeunesse et pour les sages, nous n'écrivons

pas pour les voluptueux. Laissez-nous donc analyser lourdement et

péniblement cette double ivresse, l'une saine, l'autre malsaine qui

sort des coupes et des fleurs de ce charmant poëte, et si nous sommes

trop sévères, trop délicats, trop froissés par le mauvais pli d'une

feuille de rose comme le Sybarite, ne vous y trompez pas, ce n'est pas

mollesse, c'est conscience; rien de ce qui froisse l'âme ou de ce qui

ternit la pudeur ne doit être pardonné à celui qui écrit pour la

jeunesse, ce printemps de la pureté.

Cours familier de Littérature - Volume 04 · 第 7 / 237 题