Les bases psychologiques de l'instruction.
§ 1.--FONDEMENTS PSYCHOLOGIQUES DE L'INSTRUCTION D'APRÈS LES
IDÉES UNIVERSITAIRES.
La partie critique de notre livre est à peu près terminée. Nous
avons montré ce que valent, d'après les dépositions mêmes des
universitaires, l'instruction et l'éducation données par eux.
Ayant prouvé également l'impossibilité actuelle de toute
réforme, nous pourrions nous dispenser d'en proposer aucune.
Aussi n'en proposerons-nous guère, et si nous continuons notre
étude, c'est parce qu'il nous a semblé intéressant de
déterminer les principes psychologiques de l'instruction et de
l'éducation, si totalement ignorés encore de nos
universitaires. Après avoir exposé ces principes, il sera
nécessaire, pour justifier leur importance, de montrer comment
ils s'appliquent à toutes les branches de l'enseignement.
Au point de vue exclusivement utilitaire, une telle étude est
dépourvue d'intérêt aujourd'hui. Elle en trouvera le jour où
des nécessités économiques et sociales impérieuses auront
réussi à modifier l'état mental actuel des professeurs, des
parents et des élèves.
Avant d'exposer les principes psychologiques qui devraient
servir de base à l'enseignement, rappelons en quelques mots
ceux que l'Université admet.
Nous avons déjà fait observer, à propos de l'enquête
officielle, qu'il était frappant de voir tant d'hommes éminents
disserter longuement sur l'instruction et l'éducation sans
s'être demandé une seule fois comment les choses pénètrent dans
l'entendement et comment elles s'y fixent.
A vrai dire, ils n'avaient aucune raison de se le demander.
Dans une réunion, on ne discute jamais les principes sur
lesquels tout le monde est d'accord. Or, tous les
universitaires de race latine tiennent pour un principe à
l'abri de la discussion que seule la mémoire verbale fixe les
choses dans l'esprit. Si donc l'instruction classique donne de
navrants résultats, cela n'est explicable que par l'emploi de
mauvais programmes et de mauvais manuels. Pourquoi dès lors
chercher d'autres raisons?
De ce principe fondamental, indéracinable aujourd'hui chez les
Latins, nous avons vu les conséquences. Il a conduit notre
enseignement à un degré au-dessous duquel il ne peut plus
descendre. Les élèves perdent inutilement huit ans au collège,
et six mois après l'examen rien absolument ne leur reste de ce
qu'ils ont appris dans les livres. De leurs huit années de
bagne, ils n'ont gardé qu'une horreur intense de l'étude, et un
caractère déformé pour longtemps. Les plus intelligents en
seront réduits à refaire dans la seconde partie de leur vie
l'éducation manquée dans la première.
§ 2.--THÉORIE PSYCHOLOGIQUE DE L'INSTRUCTION ET DE L'ÉDUCATION.