mairie?
--Toujours le ventriloque Touriquet... C’est chez lui, au premier, au
fond de la cour, rue Bergère, qu’a eu lieu la prétendue cérémonie à la
mairie.
Ainsi renseigné sur les compères, M. O*** revint à ses moutons en
disant:
--A présent, apprenez-moi comment Touriquet est parvenu à écarter
Javotte.
--Oh! bien simplement. Touriquet avait été, rue Cassette, louer la
chambre garnie la plus voisine de l’appartement de Poliveau. A cette
époque, l’ennemi arrivait à marches forcées et Paris allait être
bloqué... Javotte s’alarmait pour son jeune maître aveugle qui ne se
doutait de rien. Touriquet sut si bien forcer au noir la situation qu’il
la décida à emmener son maître loin de Paris. Mais il lui conseilla,
avant de faire partir l’aveugle, d’aller d’abord lui préparer une
retraite.
--Nous avons encore au moins dix jours devant nous, lui affirmait-il.
La servante le crut, et, sur la promesse qu’il lui fit de veiller sur
l’aveugle pendant sa courte absence, elle partit. Le lendemain, Paris
était bloqué et elle ne put rentrer. Si elle y est revenue aujourd’hui,
elle n’a pas dû retrouver son maître, car, en déménageant de la rue
Cassette à la rue Richer, nous avons tout fait pour qu’on ne pût
découvrir nos traces.
Il n’y avait plus pour M. O*** qu’une seule question à poser:
--Que vous reste-t-il des quarante mille francs? demanda-t-il.
--Rien, dit Baba.
--Vous avez donc tout gaspillé?
--Nous n’avons pas dépensé un sou... pour l’excellente raison que nous
n’avons rien trouvé... pas un radis!... Nous avons eu beau fouiller et
archi-fouiller les meubles, nous n’avons pas déniché un monaco. Il faut
croire que le père était un vrai blagueur.
M. O***, à cette réponse, crut que Baba, après avoir cédé au mouvement
de colère qui l’avait fait parler, ne voulait pas compromettre davantage
Prévannes.
--Le juge d’instruction lui en fera dire plus, se dit-il.
Et il alla se coucher.
* * * * *
Le lendemain, quand le commissaire descendit à son bureau, le secrétaire
Jacquet, qui était à son poste, lui montra une vieille femme, assise
dans un coin.
--Voici la femme, dit-il, qui a tant insisté hier pour vous voir et qui,
au lieu d’aller au bureau de la rue Taitbout, avait annoncé qu’elle
reviendrait ce matin.
M. O*** la fit passer dans son cabinet.
--Monsieur le commissaire de police, dit-elle en lui tendant un paquet,
je viens vous faire ce dépôt... Il y a là dedans quarante mille francs
qui appartiennent à mon maître que je ne puis retrouver... un nommé M.
Poliveau.
--Mais alors, vous êtes Javotte? s’écria M. O***.
--Pour vous servir, répondit la vieille servante, un peu étonnée d’être
connue.
Et pourquoi vous adressez-vous à moi?
--Parce que, là-bas, rue Cassette où a demeuré mon maître, tout ce que
je suis parvenue à découvrir, c’est que M. Poliveau devait habiter cette
partie du IXe arrondissement que vous administrez..... Comme je me
propose d’aller de porte en porte demander mon maître, et que, durant
mes recherches, je pourrais perdre cette somme, je vous la dépose
pour...
--Au lieu d’aller de porte en porte, courez rue Richer, 41, ma brave
Javotte, dit le commissaire, qui, en cent mots, la mit au courant.
Mais arrêtant la servante qui s’élançait joyeuse:
--C’est donc vous qui aviez retiré cette somme de l’endroit où l’avait
cachée M. Poliveau père? demanda-t-il.
--Oui, pour pouvoir subvenir aux besoins de mon jeune maître hors de
Paris, car, à ce moment de la guerre, le payement de la rente viagère
par la _Précaution_ devait forcément subir un retard.
--Alors, vous connaissiez la cachette?
--Oh! M. Poliveau père n’avait rien de caché pour moi, dit Javotte en
rougissant un peu.
* * * * *
Maurice Prévannes a été condamné à cinq ans de prison pour le vol des
couverts et des bijoux.
Lurette Baba est morte à l’hôpital, où on l’avait transportée, des
suites du mauvais traitement que lui avait fait souffrir son amant.
Et, quoi que M. O*** ait pu lui dire, Mathurin Poliveau n’en a pas moins
mis un crêpe de veuf à son chapeau[B].
[B] Cette nouvelle n’est qu’un épisode extrait par l’auteur de son roman
«LE COMTE OMNIBUS», actuellement sous presse. (_Note de l’éditeur._)
FIN
TABLE
NOUS MARIONS VIRGINIE 2
TIMOLÉON POLAC 79
LES YEUX AU BOUT D’UN BATON 225
E. AUREAU.--IMPRIMERIE DE LAGNY.
End of Project Gutenberg's Nous marions Virginie, by Eugène Chavette