De suite._

»J'espère, de cette façon, que, si vous m'écrivez, votre lettre me

parviendra sûrement. Allons... dites-moi vite que nous sommes toujours

aimés, dans ce petit coin de France... où j'ai certes passé mes jours

les plus heureux.

»Je vous embrasse, vilaine oublieuse.

»B. B.»

La lettre a été jetée hier seulement à Paris, dans une boîte de gare.

Elle aura mis huit jours à aller de Londres à Royat!

Et toutes celles que, depuis cinq mois, je leur ai envoyées? Et mes

pauvres fleurs de la Sainte-Marguerite?

J'enrage à la pensée qu'elles sont peut-être en train de fleurir à la

croisée d'un des séides de M. Constans!

* * *

159.--_Lundi 16 septembre_.

On murmure tout bas, avec des airs mystérieux, qu'un nouveau coup de

théâtre va peut-être se produire: la rentrée du général en France, cette

semaine, juste à temps pour impressionner le pays avant les grandes

élections de dimanche prochain.

Je me suis amusée aujourd'hui à ranger la collection de brochures et

chansons boulangistes que j'ai patiemment formée depuis de longs mois.

Du côté des brochures, voilà le _Boulangiste_ du mois d'août 1886, avec

les portraits humoristiques du Ministre de la Guerre en grande tenue, en

petite, en négligé, debout, assis, à genoux, etc... Voilà les _Almanachs

Boulanger_ et plusieurs biographies du général, depuis la première,

parue aussi en 1886, au lendemain de la revue de Longchamp...

Voilà aussi les diverses _proclamations_ et _déclarations_ du général,

puis un long panégyrique intitulé: _Celui que nous voulons!_ puis la

brochure de M. Laisant: _Pourquoi et comment je suis boulangiste_ et la

contrepartie de M. Yves Guyot, où il explique pourquoi il ne l'est pas.

Voilà, d'autre part, le placard: _Au peuple, mon seul juge!_ où le

général se justifie des accusations de M. Quesnay de Beaurepaire, et la

brochure de propagande: _Qui a dit vrai?_ tout récemment parue,

laquelle met en regard le texte du réquisitoire et les réfutations.

Voici, maintenant, le côté des chansons parues depuis 1886: l'_En

revenant d'la revue_, les _Pioupious d'Auvergne_, le _Général Revanche_,

le _Prépare-toi, soldat de France_! l'hymne _Honneur au vaillant

Général!_ et celui qui a nom _Faut qu'il revienne!_ (sur l'air d'_En

revenant d'la revue_):

Nous le voulons, la France entière,

Qui n'a pourtant pas froid aux yeux,

Mais qui regarde à la frontière,

Veut ce ministre valeureux.

La nation est assez forte,

Nous cherchons la paix, mais qu'importe

Qu'on fronce le sourcil là-bas:

Boulanger nous guide au combat!

À coup sûr, ce jour-là,

Le peuple et le soldat

Suivront leur brave général,

Avec un entrain général,

Sous les plis du drapeau,

Émules de Marceau,

Tous se mettront à crier:

«Vive la France et Boulanger!»

(_Au refrain_.)

Oui, Boulanger

À bien su relever

Le moral du troupier,

Qu'on s'en souvienne!

Le peuple entier,

Dont il s'est fait aimer,

Réclame Boulanger:

Faut qu'il revienne!

Certains de ces hymnes patriotiques, c'est une justice à leur rendre,

sont tout simplement idiots. Exemple:

Le Journal de la Belle Meunière Le Général Boulanger et son amie; souvenirs vécus · 第 107 / 146 题