Ce matin, je suis descendue à Clermont pour me procurer des plantes et
des fleurs. Je suis entrée chez le plus grand photographe, et j'ai
demandé le portrait de Mlle R..., de la Comédie-Française. Je l'ai là
sous les yeux. Ce n'est pas une véritable beauté, mais on n'est pas plus
mignonne, plus délicate. Et quelle expression de finesse dans ce regard,
dans ce sourire!... Sera-ce elle?
J'aime mieux penser à autre chose. Je suis heureuse de jeter ces notes,
en attendant qu'approche l'heure où se résoudra l'énigme: dans trois
heures d'ici, à six heures! Si je ne me donnais pas cette distraction,
je mourrais d'impatience!
Voyons, je vais faire le «voyage autour de ma chambre», décrire
l'appartement, maintenant tout prêt.
Il occupe le premier étage, au haut de l'escalier qui commence à la
petite porte donnant sur le chemin de la Grotte de Royat. Un couloir
sur lequel débouchent trois pièces: à gauche, la chambre à coucher; à
droite, le cabinet de toilette; à droite, tout au fond, la salle à
manger. On ne peut arriver à celle-ci que par le couloir, mais on peut
passer de la chambre à coucher dans le cabinet de toilette directement,
en traversant seulement une petite pièce intermédiaire, pratiquée aux
dépens du cabinet de toilette par une cloison posée après coup.
La salle à manger a trois fenêtres, dont deux donnant sur la terrasse de
l'hôtel et la troisième sur la route de la Vallée. À part le buffet, le
dressoir, la table, les fauteuils en chêne, j'y ai fait placer, à tout
hasard, un piano.
La fenêtre du cabinet de toilette et celle de la petite pièce
intermédiaire donnent toutes deux sur la vallée de Royat elle-même, sur
la gentille Tiretaine qui ruisselle et serpente au fond du ravin. La
chambre à coucher a deux fenêtres, l'une s'ouvrant sur la vallée,
l'autre lui faisant vis-à-vis et donnant sur le chemin de la Grotte.
Leur plaira-t-elle? Si non, ce ne sera pas de ma faute, car, toute
l'ingéniosité dont je puis disposer, je l'ai employée à la rendre
coquette et avenante. De toutes parts, j'ai placé des fleurs: ici des
roses tout épanouies, là des œillets sur le point de s'ouvrir.
Les rideaux du lit et des croisées sont en guipure crème doublée de
satin rose. Les tentures sont en une étoffe qui n'a pas grande valeur,
mais qui en prend sous la lumière, car elle est entre-semée de
paillettes d'or. J'ai répandu la lumière à profusion, tout en ne lui
laissant aucune crudité. J'ai suspendu au plafond une lampe à trois
becs, surmontée d'un abat-jour rose que j'ai été longue à trouver.
Sachant que les Parisiennes aiment à se coiffer, tout en causant, dans
leur chambre, j'ai installé une table de toilette, aux deux côtés de
laquelle j'ai appliqué deux lampes ayant pour verres deux tulipes roses.
Sur la cheminée, j'ai mis deux candélabres à six branches. Il y avait
une pendule au milieu, mais je l'ai remplacée par des fleurs. Son
tic-tac aurait pu incommoder. Les Parisiennes sont si nerveuses!
Dans l'âtre flambe, depuis ce matin; un bon feu de bois.