Dites-moi où me cacher." Le paysan dit: "Retournez dans votre trou. La
méchante femme n'y retournera sûrement pas."
Le démon partit bien vite, et il se précipita dans le trou, où, hélas,
il retrouva la méchante femme.
Le paysan guérit la fille du roi et reçut une grande récompense pour ses
services.
BABA-IAGA.[19]
[Note 19: One of the folktales so popular among Russian peasants.
All the witches are known as Baba-Iaga in Russia.]
Un homme avait perdu sa femme; il était donc veuf, et il était très
triste. Il avait une fille. Un jour il dit à sa fille: "Mon enfant, je
suis triste, je vais me remarier." En effet il prit une seconde femme,
mais elle n'était pas bonne du tout. Elle était très cruelle, et elle
battait toujours la pauvre fille quand le père était sorti. Un jour la
méchante femme dit à la pauvre fille:
"Ma fille, allez vite chez votre tante, ma soeur, et dites-lui de vous
prêter une aiguille et du fil, car je veux vous faire une robe."
La jeune fille partit, mais elle alla d'abord visiter sa vraie tante;
car elle avait peur de la soeur de sa belle-mère, qui s'appelait
Baba-Iaga, et qui était une sorcière renommée.
La vraie tante lui donna toutes les instructions nécessaires, et alors
elle alla chez la sorcière Baba-Iaga. La sorcière était dans sa
chaumière (petite maison); elle était très occupée à filer.
"Bonjour, ma tante," dit la jeune fille. "Ma belle-mère m'a envoyée pour
vous prier de lui prêter une aiguille et du fil pour me faire une robe."
"Très-bien," dit Baba-Iaga, "asseyez-vous là, et filez un instant."
La jeune fille s'assit à la place de Baba-Iaga, et commença à filer. La
sorcière alla dans la cuisine, et dit à sa servante: "Allez vite
chauffer un bain, et lavez bien cette jeune fille, car j'ai l'intention
de la manger à dîner."
La jeune fille entendit cet ordre cruel. Elle courut à la servante, et
lui dit: "Ma bonne amie, voici un joli mouchoir pour vous, si vous
allumez le feu et si vous versez l'eau dessus (sur le feu)."
Quelques minutes plus tard la sorcière arriva à la fenêtre, et cria: "Ma
chère enfant, filez-vous?"
"Mais oui, ma tante, je file," dit la jeune fille.
La sorcière partit. La jeune fille donna un morceau de lard au chat, et
dit: "Voulez-vous me dire comment on peut sortir d'ici?"
"Oui," dit le chat. "Voilà un peigne et une serviette; prenez-les, et
sauvez-vous vite. La sorcière vous poursuivra, et quand elle sera près
de vous, jetez la serviette; elle deviendra un large fleuve (rivière).
Si la sorcière passe et s'approche de vous, jetez le peigne; il
deviendra un bois si vaste et si épais qu'elle ne pourra pas le
traverser."
La jeune fille prit le peigne et la serviette, et partit. Les chiens de
la sorcière voulurent l'arrêter. Elle leur jeta un morceau de pain, et
ils la laissèrent aller. Les portes voulurent aussi arrêter la jeune
fille; elle les graissa avec un peu de beurre qu'elle avait apporté, et
les portes s'ouvrirent et la laissèrent passer. Le chat prit sa place,
et quand la sorcière cria: "Ma chère enfant, filez-vous?" le chat
répondit: "Mais oui, ma chère tante, je file."
Mais bientôt la sorcière arriva. Elle vit que le chat filait, et que la
jeune fille s'était sauvée. La sorcière battit le chat, et dit:
"Pourquoi n'avez-vous pas crevé les yeux de la jeune fille?"
"Oh," dit le chat, "je suis à votre service depuis longtemps, et vous ne
m'avez jamais rien donné. La jeune fille m'a donné du lard!"
La sorcière dit à la servante: "Pourquoi avez-vous versé de l'eau sur le
feu? Pourquoi avez-vous permis à la jeune fille de se sauver?"
"Oh," dit la servante, "la jeune fille est bonne; elle m'a donné un
mouchoir; vous ne m'avez jamais rien donné."
La sorcière dit aux portes: "Pourquoi avez-vous permis à la jeune fille
de se sauver?"
Les portes répondirent: "La jeune fille est bonne; elle nous a graissées
avec du beurre. Nous avons crié depuis des années, et vous ne nous avez
jamais rien donné."
La sorcière dit aux chiens: "Pourquoi avez-vous permis à la jeune fille
de se sauver?"
Les chiens répondirent: "La jeune fille est bonne; elle nous a donné du
pain. Vous ne nous avez jamais rien donné."
Alors Baba-Iaga, la sorcière, partit en toute hâte pour chercher la
jeune fille; mais la jeune fille mit l'oreille à terre et entendit venir
la sorcière. Elle jeta la serviette derrière elle, et à l'instant une
large rivière commença à couler.
Quand la sorcière arriva à la rivière, elle était furieuse. Elle
retourna à la maison, conduisit ses boeufs à la rivière, et dit: "Mes
boeufs, buvez l'eau, toute l'eau de la rivière afin que je puisse
traverser."
Quand les boeufs eurent bu toute l'eau de la rivière, la sorcière
continua la poursuite. Mais quand la jeune fille l'entendit venir, elle
jeta le peigne derrière elle, et à l'instant une forêt épaisse se trouva
entre elle et la sorcière. La sorcière arriva. Elle vit la forêt. Elle
était furieuse, mais elle ne pouvait pas la traverser.
La jeune fille arriva à la maison, et son père lui demanda:
"Où avez-vous été, ma fille?"
"Mon père, ma belle-mère m'a envoyée chez la sorcière Baba-Iaga chercher
une aiguille et du fil pour me faire une robe, et Baba-Iaga voulait me
manger!"
"Ma pauvre fille," dit l'homme, "comment avez-vous fait pour vous
sauver?"
La jeune fille raconta toute l'histoire à l'homme, qui entra dans une
grande colère et renvoya sa femme. Quand la méchante femme fut partie,
il fut très heureux avec sa fille, qui devint une excellente ménagère.
La jeune fille n'oublia cependant jamais ce que sa vraie tante lui avait
dit, et quand elle fut mère elle répéta bien souvent à ses enfants, en
leur racontant l'histoire de ses aventures chez Baba-Iaga:
"Mes chers enfants, soyez toujours bons envers tous, et tout le monde
sera bon envers vous. Si la sorcière avait bien traité sa servante, son
chat, ses portes et ses chiens, je ne serais certainement pas ici, car
elle m'aurait mangée pour son dîner."
LES NEZ.[20]
[Note 20: This is one of the Hungarian-Slavonian stories. Different
versions have been given by Slavonic writers. Wratislaw gives a
translation of it in his "Sixty Folk Tales," and Laboulaye has given his
version of it in his "Fairy Book."]
Il y avait autrefois, près de Prague, un vieux fermier, très original,
qui avait une fille extrêmement belle. Les nombreux étudiants de
l'université de Prague faisaient souvent de longues promenades à la
campagne, et ils passaient souvent devant la maison, espérant voir la
jeune fille, qui s'appelait Marie, et faire un peu de conversation avec
elle.
Le fermier étant fort riche, plus d'un de ces étudiants aurait bien aimé
être son gendre. Afin de trouver moyen de faire la cour à la jolie
Marie, les étudiants se déguisèrent en domestiques, et vinrent offrir
leurs services comme garçons de ferme.
Le vieux propriétaire, qui était très rusé, s'aperçut bientôt de cette
manoeuvre, et il déclara qu'il n'accepterait aucun domestique pour moins
d'une année, et jura que le garçon serait forcé de rester à son service
jusqu'au moment où le coucou chanterait au printemps.
Il ajouta qu'il se réservait aussi le droit de couper le nez des
mécontents, en disant qu'on pourrait lui couper le sien, s'il lui
arrivait de se mettre en colère. Malgré ces conditions bizarres,
plusieurs jeunes gens entrèrent au service du fermier, mais ils
perdirent tous le nez, vu que le fermier s'amusait à les faire enrager,
et dès qu'ils se montraient mécontents, il les renvoyait après leur
avoir amputé le bout du nez.
Un jeune étudiant, nommé Coranda, arriva enfin à la ferme bien résolu
d'épouser la fille du fermier. Celui-ci lui dit qu'il serait obligé de
travailler jusqu'au moment où le coucou chanterait, mais que s'il lui
arrivait une seule fois de se fâcher il perdrait le nez.
Coranda consentit à cet arrangement, et commença son service. Le fermier
s'amusa à le tourmenter de toutes les façons possibles. A table il ne le
servit ni au dîner ni au souper. Cependant il ne manqua pas de lui
demander plusieurs fois s'il était parfaitement content.
Coranda répondit chaque fois avec une bonne humeur que rien ne pouvait
ébranler, et après souper voyant qu'il mourrait de faim s'il ne se
servait pas lui-même, il prit le plus beau jambon qui se trouvait dans
le garde-manger et une grosse miche de pain et se régala bien.
La fermière s'étant aperçue du vol, alla se plaindre à son mari. Il
pâlit de colère, et demanda à Coranda comment il avait osé se servir
lui-même.
Coranda répondit naïvement que n'ayant rien mangé de toute la journée il
avait grand'faim, et ajouta: "Mais si vous n'êtes pas content, mon
maître, vous n'avez qu'à le dire, et je partirai dès que je vous aurai
amputé le bout du nez."
Le fermier, qui n'avait aucune envie de subir cette petite opération,
déclara avec emphase, qu'il était parfaitement content, mais après cela
il n'oublia plus jamais de servir le garçon de ferme à table.
Quand vint le dimanche, le fermier annonça à Coranda qu'il comptait
aller à l'église avec sa femme et sa fille, et lui recommanda de faire
la soupe pendant leur absence. "Voilà la viande, les carottes, les
oignons, et la marmite, et vous trouverez du persil dans le jardin."
Coranda promit de faire la soupe, et de ne pas oublier le persil, et le
maître partit tout joyeux. Le garçon de ferme commença ses préparatifs
culinaires, mit la viande et les légumes dans la marmite, puis il alla
au jardin pour cueillir du persil. Là, il trouva un petit chien, le
favori du fermier, et comme cette petite bête s'appelait Persil, il la
tua et la jeta dans le pot-au-feu.
Au retour de la ville, le fermier se mit à table, et goûta la soupe.
Elle avait bien mauvais goût, et il fit la grimace. Il n'osa cependant
pas se plaindre, de peur de perdre le nez, et appela le petit chien pour
la lui faire manger.
Bien entendu le chien n'arriva pas, et quand le maître alla à sa
recherche, il trouva la peau toute ensanglantée de son pauvre favori.
"Misérable," dit-il à Coranda, "qu'avez-vous donc fait?"
"Moi," dit Coranda, "je vous ai tout bonnement obéi. Vous m'avez dit de
mettre du Persil dans la soupe et je l'ai fait; mais si vous n'êtes pas
content, vous n'avez qu'à le dire, je vous couperai le bout du nez, et
je partirai tout de suite."
"Mais non, mais non," dit le fermier, "je ne suis pas mécontent," et il
s'en alla en soupirant.
Le lendemain le fermier alla au marché avec sa femme et sa fille, et
avant de partir il dit à Coranda:
"Restez ici, et faites seulement ce que vous verrez faire aux autres."
Coranda, resté seul, regarda autour de lui et vit que les autres
ouvriers avaient placé une échelle contre une vieille grange afin de
grimper sur le toit pour le démolir. Il courut donc chercher une échelle
qu'il appuya contre la maison, et il se mit à démolir le toit neuf avec
tant d'ardeur, que le fermier trouva sa maison exposée à tous les vents
à son retour.
Ce spectacle le mit en colère, mais quand Coranda lui dit qu'il lui
couperait le nez s'il n'était pas content, il sourit avec contrainte et
déclara qu'il se trouvait parfaitement satisfait.
Le fermier, pressé de se débarrasser d'un serviteur si incommode,
consulta sa fille pour savoir comment il pourrait le renvoyer sans
perdre le nez.
"Allez vous promener avec lui dans le grand pré derrière la maison," dit
la jeune fille. "Je me cacherai dans les branches du pommier, et je
ferai 'coucou, coucou.' Vous lui direz alors que vous l'avez engagé
seulement jusqu'au printemps, et qu'il peut s'en aller puisque le coucou
a chanté."
Le fermier, charmé de cette bonne idée, alla se promener avec Coranda,
et dès qu'il entendit chanter le coucou il lui donna son congé.
"Très-bien, mon maître," répondit Coranda, "mais comme je n'ai jamais vu
de coucou il faut que je voie celui-là." En disant ces mots il courut au
pommier et le secoua si vigoureusement que la jeune fille tomba à terre
comme une pomme mûre.
Le fermier arriva en courant, car il croyait que la chute avait tué sa
fille, et s'écria:
"Misérable, partez de suite, si vous ne voulez pas que je vous tue!"
"Partir," reprit Coranda, naïvement, "pourquoi partir? N'êtes-vous pas
content?"
"Non," hurla le fermier en colère. "Je ne suis pas content et..."
"Alors permettez-moi de vous couper le bout du nez..."
"Non, non," dit le fermier, en détresse, "je veux garder mon nez, coûte
que coûte. Laissez-le-moi, et je vous donnerai dix moutons!"
"Ce n'est pas assez!" dit Coranda.
"Dix vaches alors."
"Non! je préfère vous couper le nez!" La jeune fille lui demanda alors à
quel prix il consentirait à pardonner à son père, et quand il dit qu'il
le ferait seulement à condition de l'obtenir pour femme, elle lui donna
la main en rougissant. Coranda invita tous les étudiants à ses noces,
qui furent magnifiques, et il se montra si bon gendre et si bon mari que
le fermier ne regretta jamais de l'avoir reçu dans la famille plutôt que
de perdre son nez.
Quant à la fille du fermier, elle aima beaucoup son mari, fut une bonne
femme et éleva ses enfants bien sagement. Quand ils n'étaient pas
contents, elle leur proposait en riant, de leur couper le bout du nez,
une proposition qu'ils n'acceptèrent jamais, je vous assure.
L'HOSPITALITÉ DU PACHA.[21]
[Note 21: An Arabian legend. The Mahometans are the followers of
Mahomet. In Arabia and Turkey God is called Allah. A pacha is the same
as a bashaw. The Koran is the Mahometan Bible.]
Il y avait dans une ville d'Asie un riche marchand, un pacha. Cet homme
était aussi bon que riche, et il observait tous les commandements du
Koran avec l'exactitude la plus scrupuleuse. Sa conduite était si
exemplaire que tout le monde l'admirait beaucoup, et on disait toujours
en parlant de lui: "Il mérite toute la prospérité qu'Allah lui envoie."
Un jour le pacha était assis dans son jardin. Il fumait sa longue pipe,
et il souriait tout doucement en regardant ses nombreux enfants, qui
jouaient autour de lui, et en admirant la grande beauté de ses femmes,
car il en avait bon nombre comme tous les Mahométans riches.
Vers le soir les femmes et les enfants retournèrent à leurs
appartements, et le bon pacha, resté seul, rendit grâces à Allah (c'est
ainsi que les Mahométans appellent le bon Dieu) de lui avoir accordé
tant de bénédictions. Tout à coup un serpent arriva en toute hâte, en
criant:
"Protection! Protection, au nom d'Allah!"
"Au nom d'Allah et du Prophète je vous donne ma protection," dit le
brave pacha. "Mais qui êtes-vous? D'où venez-vous et pourquoi
demandez-vous ma protection?"
"Je suis le roi des serpents, j'ai beaucoup d'ennemis, ils me
poursuivent, et s'ils me trouvent ils me tueront! Cachez-moi, bon pacha,
cachez-moi, au nom d'Allah!"
"Très-bien," dit le pacha, "j'ai promis de vous protéger; allez vous
cacher sous mon divan!"
"Non! non!" dit le serpent. "Je suis sûr que mes ennemis me
trouveraient. Ils m'ont vu entrer dans votre maison, et ils seront
bientôt ici. Le seul moyen de bien me cacher, et de tenir votre parole
de me protéger au nom d'Allah et du Prophète, est celui-ci. Ouvrez la
bouche toute grande, pacha, et permettez-moi de me cacher dans votre
poitrine. Vite, vite; car j'entends mes ennemis qui arrivent en toute
hâte."
Le bon pacha pensa: "Le serpent est mon hôte, et le Koran commande
l'hospitalité. Or on ne doit jamais refuser à un hôte aucune requête,
donc, bien que ce soit fort désagréable de recevoir ce vilain serpent
dans ma bouche, c'est mon devoir de le protéger."
Le pacha ouvrit donc la bouche toute grande, et le serpent se glissa
rapidement dans sa poitrine, juste au moment où ses ennemis entraient
dans le jardin, en criant:
"Où est notre ennemi? où est le traître? à mort, à mort, à mort!"
Le pacha leur demanda pourquoi ils criaient si fort. Ils répondirent
qu'ils avaient vu le serpent entrer dans la maison du pacha, et
demandèrent la permission de le chercher. Le pacha leur dit que sa
maison et son jardin étaient à leur service, et ils commencèrent à
chercher le serpent.
Ils cherchèrent partout, ils allèrent partout, ils regardèrent dans
tout, mais ils ne trouvèrent pas le serpent, et ils partirent enfin en
déclarant que le malin s'était sans doute échappé. Quand ils furent
partis, le pacha dit au serpent:
"Sortez sans crainte, vos ennemis sont tous partis; sortez vite, car
vous gênez les battements de mon coeur."
"Non; je ne sortirai pas sans avoir une bouchée de votre coeur ou de
votre poumon. Choisissez!" dit le serpent cruel.
Le pacha lui reprocha son ingratitude, mais le serpent dit: "Que
voulez-vous, mon cher pacha? C'est ma nature, et je suis vraiment bien
bon de vous donner le choix. Mais, faites vite, car je suis bien
pressé."
Le pacha dit alors: "Eh bien, puis qu'il n'y a aucune autre alternative,
vous aurez le meilleur morceau de ma chair. Mais, permettez-moi de dire
adieu à mes enfants, et d'arranger les choses de façon à donner à ma
mort l'apparence d'un accident. Car, si on savait que je suis mort parce
que j'ai obéi au Koran, les hommes penseraient qu'il ne faut plus
montrer d'hospitalité à personne et ils cesseraient de pratiquer les
vertus que le Prophète recommande."
Le serpent consentit à attendre encore un peu. Le pacha embrassa ses
enfants, il arrangea ses affaires, il fit ses ablutions, puis il alla
seul dans le jardin, et après avoir récité une dernière prière, il dit
au serpent: "Maintenant faites votre volonté."
Au même moment parut un jeune homme d'une beauté resplendissante, qui
dit: "Pacha, confirmez votre foi. Prononcez trois fois le nom d'Allah,
détachez une feuille de cet arbre, posez-la sur votre bouche, et vous
serez sauvé."
"Qui êtes-vous donc?" demanda le pacha, tout surpris.
"Je suis l'ange de l'hospitalité, et le Prophète m'a envoyé pour vous
sauver!"
En disant ces mots le messager céleste disparut aussi promptement qu'il
avait paru.
Le pacha ne douta cependant pas. Il cueillit une feuille de l'arbre, la
posa sur sa bouche, prononça trois fois le nom d'Allah, et le serpent
sortit de sa poitrine, noirci et calciné par la justice divine, qui ne
permet jamais que la vertu soit punie.
Le bon pacha qui avait été sauvé ainsi par un miracle, remercia tous les
jours Allah de l'avoir sauvé de ce terrible danger. Il continua à vivre
heureux, au milieu de sa famille, et recommanda tous les jours à ses
enfants de ne pas oublier que le Koran commande l'hospitalité. Cette
recommandation fut répétée par ses enfants à ses petits-enfants, et tous
les descendants du pacha sont renommés pour leur hospitalité.
LES DEUX FRÈRES.[22]
[Note 22: A Slavonic legend.]
Il y avait une fois un homme, bien pauvre, qui avait deux fils Jozka et
Janko. L'aîné (=le plus âgé) de ces deux fils était très intelligent, et
un jour son père lui dit:
"Jozka, il est temps d'aller faire ton tour d'apprentissage."
Le jeune homme, qui était très content de voyager, reçut la bénédiction
de son père, quelques gâteaux de sa mère, et partit gaiement. Il marcha
longtemps, il traversa une montagne sombre, et il arriva enfin dans une
prairie.
Comme il avait faim, il prit un des gâteaux que sa bonne mère lui avait
donnés, et commença à le manger de bon appétit. Les fourmis arrivèrent
aussitôt, et crièrent au jeune homme:
"Donne-nous un bien petit morceau de ton bon gâteau!"
Mais Jozka était gourmand et égoïste, et il refusa de leur en donner
même les miettes. Les fourmis, très désappointées, dirent alors:
"Tu n'es certainement pas généreux, Jozka, et nous ne viendrons jamais à
ton secours quand tu seras dans la misère."
Jozka ne fit aucune attention à cette menace, il finit tranquillement
son repas et continua son voyage. Il arriva bientôt au bord d'une
rivière, et vit un pauvre petit poisson qui avait sauté hors de l'eau,
sur le rivage, et qui s'efforçait vainement de rentrer dans son élément
liquide. Il demanda du secours à Jozka, qui lui donna un coup de pied au
lieu de l'aider.
"Méchant," dit le poisson, "nous ne t'aiderons jamais."
Jozka ne fit pas attention au poisson, et continua son chemin. Enfin il
arriva à un carrefour. Là des diables se disputaient et se battaient. Le
jeune homme les regarda tranquillement et ne fit rien pour les séparer.
Les diables lui crièrent:
"Tu es un égoïste, Jozka, et rien ne te réussira dans ce monde."
Cette prédiction se vérifia bientôt, et Jozka, fatigué de voyager sans
profit, retourna chez son père où son frère cadet (= plus jeune) lui fit
des reproches, parce qu'il n'apportait rien à la maison.
Le père décida alors qu'il était temps d'envoyer Janko dans le monde, et
il lui donna une petite bouteille, qui contenait une eau magique qui
guérissait toutes les maladies. La mère lui donna une miche de pain, et
il partit gaiement.
Il marcha droit devant lui, traversa la même montagne sombre que son
frère avait traversée, et arriva dans la même prairie.
Comme il avait bien faim, il s'assit sous un arbre, prit un morceau de
pain et commença à manger de grand appétit.
Les fourmis arrivèrent aussitôt, en criant: "Nous avons faim aussi,
donne-nous un peu de ton pain."
"Avec le plus grand plaisir," dit Janko, qui était bon et généreux, et
il coupa un morceau de pain qu'il émietta pour les fourmis.
Elles étaient si reconnaissantes qu'elles le remercièrent bien des fois
et dirent aussi:
"Bon Janko, nous viendrons à ton secours."
Janko continua sa route. Il arriva près d'un lac. Là il vit un pauvre
petit poisson sur le rivage. Il le prit, et le mit dans l'eau en disant:
"Pauvre petit poisson, tu es fait pour vivre dans l'eau, et non sur la
terre."
Le petit poisson, heureux de se retrouver dans son élément, le remercia,
et dit:
"Bon Janko, nous te viendrons en aide!"
Le jeune homme continua son voyage, et arriva avant longtemps au
carrefour, où les diables se disputaient et se battaient. Il les regarda
un instant avec chagrin, puis il les sépara et rétablit le bon accord
parmi eux. Les diables le remercièrent et partirent, en disant:
"Bon Janko, nous viendrons à ton secours."
Janko nota ce détail dans sa mémoire, et continua son chemin. Il arriva
à une ville. Là il trouva tout le monde en détresse, car la fille du roi
était dangereusement malade, et tous les médecins disaient qu'elle
allait mourir. Janko alla à une auberge (= petit hôtel), appela
l'aubergiste et dit:
"Allez vite au palais, et annoncez au roi que je suis le premier médecin
du monde. Je guérirai sa fille malade." L'aubergiste alla bien vite au
palais, et dit au roi:
"Le premier médecin du monde est à mon auberge. Il dit qu'il guérira la
princesse."
Le roi, enchanté, fit venir Janko, et dit: "Monsieur le médecin, si vous
guérissez ma fille, je vous la donnerai pour femme."
Janko prit sa petite bouteille et donna un peu de son eau magique à la
princesse, qui se trouva mieux après la première dose, et qui au bout de
quelques jours était complètement guérie.
Mais elle n'avait pas envie d'épouser le médecin, et dit à son père:
"Mon père, je refuse d'épouser ce jeune homme."
Le roi insista, et la princesse répondit:
"Eh bien, je l'épouserai, mais seulement à condition qu'il accomplisse
les trois choses que je lui dirai."
Janko consentit à cette condition, et dit: "J'accomplirai ces choses si
elles sont possibles et si Dieu m'aide."
La princesse prit deux sacs de graines de pavot et deux sacs de cendres.
Elle mêla les graines de pavot et les cendres, appela Janko, et dit
"Janko, si vous séparez les graines de pavot des cendres avant demain
matin, je suis à vous."
Janko était bien embarrassé. Il n'était pas habile, et il alla dans la
prairie, où il commença à pleurer et à prier Dieu de lui venir en aide.
Tout à coup une quantité de fourmis arrivèrent, en disant:
"Ne désespère pas, Janko; tu nous as aidées, maintenant nous
t'aiderons;" et les fourmis séparèrent les graines de pavot des cendres.
La princesse était surprise et désappointée, et dit à Janko:
"Vous avez accompli une des conditions, mais il faut que vous me
procuriez la perle la plus précieuse du fond de la mer."
Janko alla au bord du lac, et pleura amèrement. Tout à coup un poisson
parut à la surface de l'eau, et dit:
"Janko, pourquoi pleures-tu?"
Le jeune homme confia ses peines au poisson, qui lui promit la perle, en
disant:
"Tu nous as aidés, nous t'aiderons."
Quelques minutes plus tard il arriva avec la perle désirée, que la
princesse admira beaucoup. Puis elle dit à Janko: