--Bonsoir, dit Ole Ferme-l'oeil, et Hjalmar le salua, puis il se leva et
retourna contre le mur le portrait de l'arrière-grand-père afin qu'il ne
prît pas part à la conversation comme la veille.
--Voilà! tu vas me raconter des histoires, celle des «Cinq pois verts
qui habitaient la même cosse», celle de «l'Os de coq qui faisait la
cour à l'os de poule», celle de «l'Aiguille à repriser si fière
d'elle-même qu'elle se figurait être une aiguille à coudre».
--Il ne faut pas abuser des meilleures choses! dit Ole Ferme-l'oeil, je
vais plutôt te montrer quelqu'un; je vais te montrer mon frère, il
s'appelle aussi Ole Ferme-l'oeil mais ne vient jamais plus d'une fois
chez quelqu'un et quand il vient, il le prend avec lui sur son cheval et
il raconte: oh! quelles histoires! Il n'en sait que deux: une si
merveilleusement belle que personne au monde ne pourrait l'imaginer, une
si affreuse et si cruelle--impossible de la décrire.
Et puis il éleva dans ses bras le petit Hjalmar jusqu'à la fenêtre et
lui dit:
--Regarde! voilà mon frère, l'autre Ole Ferme-l'oeil qu'on appelle
aussi la Mort. Tu vois, il n'a pas du tout l'air méchant comme dans les
livres d'images où il n'est qu'un squelette, non, son costume est brodé
d'argent et c'est un bel uniforme de hussard, une cape de velours noir
flotte derrière lui sur le cheval et il va au galop!
Hjalmar vit comment Ole Ferme-l'oeil galopait en entraînant des jeunes
et des vieux sur son cheval, il en plaçait certains devant lui et
d'autres derrière, mais toujours d'abord il demandait:
--Et comment est ton carnet de notes?