Le travail manuel et l’habileté professionnelle ne sont nullement,

d’ailleurs, les principaux éléments de la production et de la richesse.

L’esprit d’entreprise, d’invention et d’organisation, la hardiesse à

risquer et le jugement constituent des facteurs autrement importants.

C’est de telles facultés qu’est constitué le capital d’un peuple. Si la

Russie tira toujours si peu de profits de son sol, malgré ses immenses

richesses agricoles et minières et sa population également immense,

c’est qu’elle a toujours manqué de capacités.

Croire que le capital d’un pays se compose surtout de mines, de terres,

d’habitations, d’actions et de numéraire, est une dangereuse illusion.

Ce capital reste sans valeur par lui-même. Un pays privé de ses

capacités serait condamné à une ruine rapide.

Actuellement, en raison des grèves qui se multiplient et de la mauvaise

volonté des ouvriers, notre capital est fort mal exploité. Chaque grève

nouvelle rend le pays un peu plus pauvre, la vie un peu plus chère,

l’avenir un peu plus incertain. Les socialistes seuls se réjouissent

d’une situation dont ils seront cependant, comme les extrémistes de tous

les âges, les premières victimes.

* * * * *

A toutes les évidences qui viennent d’être formulées sur les sources de

la richesse, socialistes et syndicalistes, unis par une haine commune,

n’opposent que leurs affirmations. Durant les dernières élections, la

Fédération Socialiste de la Seine avait publié le manifeste suivant:

«Dans tous les pays, deux forces se heurtent, mises en mouvement par

l’éclosion de la jeune République socialiste des Soviets:

Le prolétariat, d’un côté;

La bourgeoisie de l’autre.

Partout, le travail se dresse contre le parasitisme.

Il faut que le parasitisme soit vaincu.»

Inutile d’insister sur le côté rudimentaire de telles conceptions. C’est

pourtant avec des assertions d’un tel ordre que le monde a été tant de

fois bouleversé.

Les Allemands qui, sous l’influence de leurs extrémistes, furent obligés

d’essayer la socialisation, en sont vite revenus.

«Nous sommes menacés, écrivait la _Deutsche Tageszeitung_, d’une

anarchie économique pareille à l’anarchie politique, avec cette

différence que les conséquences en seront encore plus désastreuses. La

classe ouvrière se rendra compte trop tard des erreurs qu’elle commet.

Non seulement elle est en train d’anéantir l’avenir de l’Allemagne et

de supprimer les sources dont elle vit, mais encore elle détruit ce

qu’on a considéré jusqu’alors comme le plus précieux de tous les

biens: son organisation.»

* * * * *

La tension des rapports entre des classes sociales qui, cependant,

auraient tout intérêt à s’entendre, devient considérable. Elles sont

d’ailleurs beaucoup plus divisées par des jalousies et des haines que

par des intérêts.

Leurs divergences proviennent surtout de l’effort des politiciens

socialistes qui, pour conquérir le pouvoir, ne cessent d’exciter les

passions des sphères ouvrières et de provoquer leurs plus extravagantes

revendications. Ils soutiennent indistinctement toutes les grèves, les

estimant une étape vers la dictature du prolétariat. La société

capitaliste se trouve représentée comme une sorte de monstre destiné à

être prochainement détruit au profit du prolétariat.

Peu importe, bien entendu, à ces politiciens, les ruines provoquées.

C’est leur propre dictature qu’ils rêvent d’installer sous prétexte

d’établir celle du prolétariat.

Si l’expérience était susceptible d’instruire les peuples, les

tentatives de socialisation faites en Russie seraient considérées comme

catégoriques.

Les chemins de fer et les mines y ont été socialisés et, en quelques

mois, leur désorganisation devint telle que, malgré un travail de douze

heures par jour imposé aux ouvriers, les dictateurs en furent réduits à

requérir à prix d’or de l’étranger les capacités qu’ils ne possédaient

plus.

Mais un des merveilleux privilèges de la foi est d’empêcher le croyant

de percevoir les faits contraires à sa foi. On ne cite guère qu’un seul

socialiste, M. Erlich, qui, revenu de Russie, ait donné sa démission du

parti socialiste unifié, le voyant s’orienter de plus en plus vers le

bolchevisme. Dans sa lettre de démission, ce député disait:

«Je ne puis comprendre que le parti socialiste unifié, loin d’avoir le

courage de répudier et de flétrir les excès et les crimes du

bolchevisme russe, donne, au contraire, celui-ci en exemple et en

admiration à la classe ouvrière française.

Certes, la bourgeoisie russe est ruinée; mais avec elle a sombré

également toute l’industrie nationale, au plus grand détriment du

prolétariat russe, mais, par contre, pour le plus grand profit de

l’industrie allemande, qui est en train de prendre sa place. Le

bolchevisme n’a su engendrer que la famine et la disette dans cette

Russie qui, hier encore, était la nourricière d’une grande partie de

l’Europe. Les prétendues méthodes de la dictature bolchevique laissent

loin derrière elles les pires horreurs de l’inquisition et du

tsarisme. Toutes les libertés individuelles sont abolies, et, chaque

jour, des centaines d’ouvriers et d’intellectuels russes, dont le seul

crime est de ne pas penser comme les bolcheviks, sont massacrés sans

le moindre jugement par des mercenaires magyars et chinois.»

* * * * *

Les dernières élections ont montré, par les 50.000 voix données au

bolcheviste Sadoul, quels progrès le bolchevisme a réalisés parmi la

classe ouvrière.

Si, dans la lutte actuelle ou prochaine qui menace la civilisation,

l’État cédait, il n’aurait plus qu’à abandonner la place aux chefs du

prolétariat.

Ce n’est pas, malheureusement, sur l’énergie des gouvernants qu’il faut

compter. La force de l’opinion sera beaucoup plus efficace. Pendant la

grande grève des cheminots, le public était tellement exaspéré contre

les perturbateurs qui sacrifiaient l’intérêt général à leurs ambitions

particulières, qu’en province beaucoup de fournisseurs: épiciers,

boulangers, marchands de vin même, refusaient de rien vendre aux

grévistes.

Le résultat final de ces conflits n’est pas prévisible encore. Nous

sommes certains que les nations seront toujours conduites par leurs

élites; mais le triomphe momentané d’éléments inférieurs pourrait

causer--comme en Russie et en Hongrie--d’irréparables ruines.

Aux meneurs de la classe ouvrière, «le grand soir» semble proche. C’est,

en réalité, une grande nuit qu’établirait sur le monde la réalisation de

leurs rêves.

CHAPITRE IV

LES EXPÉRIENCES SOCIALISTES DANS DIVERS PAYS

En matière de dogme religieux l’expérience est totalement dépourvue

d’action sur l’âme des croyants. Leurs illusions restent irréductibles.

En matière de croyances politiques et sociales l’expérience n’a pas plus

d’action sur les convaincus mais elle peut agir sur les esprits

hésitants dont les convictions définitives n’étaient pas formées.

Une des caractéristiques de l’heure présente est la dissociation des

anciens principes sur lesquels les sociétés étaient fondées. Les

perturbations de toute sorte créées par la guerre ont continué cette

dissociation et provoqué de nouvelles aspirations dans l’âme populaire.

Les idées directrices actuelles se partagent en deux tendances nettement

opposées: les conceptions nationalistes avec leur besoin d’hégémonie et

les conceptions internationalistes rêvant d’établir une fraternité

universelle.

Le nationalisme, dont le patriotisme représente une forme, est considéré

par tous les gouvernants comme une nécessité de l’Histoire. Elle montre,

en effet, que le culte de la patrie fit toujours la force des nations et

que son affaissement marqua leur décadence.

L’internationalisme, professé surtout par les classes ouvrières, résume

la tendance exactement contraire. Rejetant l’idée de patrie, il prétend

fusionner les nations, sans se préoccuper, ni seulement les apercevoir,

des différences de mentalité et d’intérêts qui séparent les peuples.

A l’époque probablement fort lointaine où le monde se trouvera régi par

la raison pure, cette dernière conception sera parfaite, car, en dehors

même de la sentimentalité vague qui pousse les classes ouvrières des

divers pays à fraterniser, nous avons vu que l’évolution industrielle du

monde conduit les nations à une interdépendance croissante d’où résulte

pour elles la nécessité de s’entr’aider au lieu de se détruire.

De nos jours, cette nécessité reste une vérité inactive parce qu’elle se

heurte aux sentiments et aux passions, seuls guides actuels de la

conduite des peuples.

* * * * *

Les gouvernements modernes se trouvent ainsi en présence de cette

antinomie: favoriser l’internationalisme qui représente l’avenir, mais

laisse un peuple désarmé, ou développer le nationalisme avec tous les

armements ruineux nécessités par de menaçantes agressions.

Ce conflit entre idées contradictoires condamne les hommes d’État à une

politique au jour le jour, ne pouvant tenir compte de lendemains

inconnus. Les foules ayant perdu confiance dans leurs chefs, obéissent à

ces primitifs instincts qui renaissent toujours dès que l’antique

armature d’une société est violemment ébranlée.

L’écroulement des idoles et la servilité des élus issus de votes

populaires font croire aux foules que le monde doit leur appartenir. La

force est aujourd’hui l’unique loi qu’elles respectent.

A l’époque de la grève des mineurs, qui faillit ruiner la

Grande-Bretagne, un journal anglais remarquait que les contrats entre

patrons et représentants des ouvriers étaient constamment violés par ces

derniers dès qu’ils y trouvaient leur intérêt, et en vertu de ce

principe fondamental que la force d’une collectivité crée son droit.

Ce droit crée-t-il à son tour les capacités que l’évolution industrielle

exige? Les expériences de gouvernements populaires récemment tentées

permettent de répondre à cette question.

Toutes les affirmations des socialistes ayant été réfutées depuis

longtemps sans que cette réfutation ait entravé leur influence, il était

nécessaire que fût réalisée l’expérience socialiste. Elle le fut

récemment, de façon décisive, dans divers pays. Ses résultats sont si

connus qu’on peut se borner à les rappeler brièvement.

* * * * *

En dehors du socialisme intégral tenté dans divers États, plusieurs

nations, la France, notamment, ont été soumis depuis longtemps aux

tendances socialistes des Parlements. Elles se sont heurtées toujours à

des obstacles dérivés, les uns de la structure psychologique de l’homme,

les autres des nécessités économiques modernes. Le choc entre les

théories utopistes et les inflexibles lois naturelles a coûté fort cher.

Les principaux résultats des influences socialistes parlementaires dans

divers pays furent de soumettre beaucoup d’industries à une gestion

gouvernementale collective, c’est-à-dire à un étatisme général. Des

expériences, cent fois répétées, en ont montré les ruineux effets.

Si ces conséquences furent identiques dans tous les pays et dans toutes

les industries, c’est simplement parce que la gestion collective détruit

les plus puissants ressorts psychologiques de l’activité humaine:

l’intérêt personnel, le sens des responsabilités, l’initiative, la

volonté, en un mot les éléments générateurs de tous les progrès qui ont

transformé les civilisations.

* * * * *

Les résultats des tendances socialistes permettaient de pressentir ceux

que produirait leur définitif triomphe.

Bien des observateurs avaient prédit les catastrophes qu’engendrerait le

triomphe complet du socialisme; mais la valeur de ces prédictions

pouvait être contestée, puisque aucune réalisation totale n’était venue

les vérifier.

Aujourd’hui, cette réalisation a été tentée par plusieurs peuples. Les

résultats obtenus furent identiques partout.

Si l’expérience s’était limitée à la Russie, on aurait pu soutenir qu’un

essai tenté chez un peuple demi-civilisé n’était pas absolument probant.

Seule, l’expérience faite chez une nation de haute culture pouvait être

démonstrative. C’est pourquoi les tentatives de socialisme qui

triomphèrent momentanément en Allemagne, en Hongrie et en Italie

présentent un intérêt pratique considérable.

Au lendemain de sa défaite, l’Allemagne se trouva dans une période de

trouble et de tâtonnements. La guerre lui ayant montré le danger des

principes sur lesquels avait été édifiée sa puissance, elle fut

naturellement conduite à en chercher d’autres.

Le socialisme s’offrit ou, plutôt, s’imposa pour réparer les maux créés

par une monarchie militariste. Faute de mieux, l’Allemagne accepta d’en

faire l’essai.

Elle connut alors, en quelques mois, toutes les formes du socialisme,

depuis le bolchevisme avec ses soviets, ses pillages et ses massacres,

jusqu’à un socialisme anodin, ne conservant de la doctrine que certaines

formules.

Au moment de la débâcle, ce fut, d’abord, une révolution violente et le

renversement brusque des monarchies séculaires qui gouvernaient les

divers États confédérés de l’Empire.

Pendant cette première phase, les partis extrêmes triomphèrent. Les

spartakistes bolchevistes régnèrent plusieurs mois, pillant, massacrant

et dominant le pays par la terreur, puis instaurant une période de

dictature du prolétariat, c’est-à-dire de quelques meneurs du

prolétariat.

Des conseils d’ouvriers, à l’image des Soviets russes, s’établirent

partout. Il s’ensuivit naturellement, comme en Russie, une complète

anarchie.

Les résultats de cette phase socialiste sont bien marqués dans l’extrait

suivant d’un grand journal allemand:

«La révolution a compromis le patrimoine national allemand que quatre

années de guerre avaient à peine entamé. Les impôts, les

confiscations, ont déterminé un exode des capitaux qu’aucune mesure

policière ne peut arrêter. Les immeubles, les fabriques, avec leurs

machines, qui ne peuvent pas émigrer, sont cédés à bas prix à des

étrangers. Les Anglais achètent des mines dans le bassin de la Ruhr.

La «National City Bank», de New-York, s’installe à Berlin et dans

d’autres grandes villes allemandes.»

* * * * *

Cette période n’a pas duré, parce que la dictature communiste montra

rapidement, comme en Russie, son incapacité.

Une autre raison, d’ordre psychologique, l’aurait d’ailleurs empêchée de

se prolonger. Cette raison fondamentale, inaccessible aux socialistes,

se résume dans la loi suivante:

Quelles que soient les institutions imposées à un peuple ou

momentanément acceptées par lui, elles se transforment bientôt suivant

la mentalité de ce peuple.

Une telle transformation s’observe dans tous les éléments de

civilisation, y compris la religion, la langue et les arts. J’ai

consacré, jadis, un volume à la démonstration de cette loi primordiale.

Elle domine la politique et l’histoire[4].

[4] _Lois Psychologiques de l’Évolution des Peuples_ (15e édition).

Sous son action le socialisme allemand évolua rapidement.

On le voit en constatant, par exemple, ce qu’est devenue l’institution

des Soviets, c’est-à-dire des conseils d’ouvriers, base essentielle du

Bolchevisme.

Dans la nouvelle Constitution, un article instituait des conseils

d’ouvriers «pour la défense des intérêts économiques des travailleurs.

Le gouvernement est obligé de leur soumettre, à titre consultatif, tous

les projets de loi de nature économique».

Le soviet ainsi transformé n’est plus, on le voit, un rouage de

gouvernement, puisqu’il est devenu seulement consultatif.

La constitution des soviets russes était fort différente. Des milliers

de petits conseils devaient, théoriquement du moins, diriger les

intérêts locaux.

Une telle organisation se montra, d’ailleurs, irréalisable. Tous les

soviets se considérant comme indépendants, la volonté d’un soviet local

était bientôt entravée par celle d’autres soviets.

Le soviet russe représentait, en réalité, le stade le plus inférieur des

sociétés primitives. On ne l’observe plus en effet qu’au sein de tribus

sauvages.

* * * * *

Après s’être débarrassée du Bolchevisme et des soviets, l’Allemagne eut

encore à lutter contre certaines tentatives socialistes, notamment la

confiscation et l’administration par l’État de la propriété privée et de

toutes les usines de production.

La lutte du gouvernement allemand contre les projets de socialisation se

prolongea jusqu’au jour où le public finit par comprendre que l’idée de

socialisation reposait sur des erreurs psychologiques et que sa

réalisation déterminerait la ruine économique du pays où elle se

généraliserait.

Dans l’espoir de satisfaire les derniers militants socialistes, les

gouvernants allemands maintinrent encore le principe de la socialisation

dans leurs discours, mais ils ne songèrent à socialiser que des

industries pouvant--comme les tabacs en France,--par exemple devenir des

monopoles d’État productifs.

Pour les autres industries, l’opinion générale est assez bien

représentée dans le passage suivant d’un journal allemand:

«... Si le socialisme met la main sur le charbon et le fer, il

s’empare, en même temps, de toutes les autres industries, et c’en est

fait de la libre concurrence et des capacités individuelles. Or, il

faut que nous ne perdions pu de vue le fait que les exploitations de

l’État ne sont pas vivifiées par la concurrence, qu’elles entraînent

des frais considérables, qu’elles excluent l’exportation; qu’au

contraire, l’activité privée et l’intérêt individuel représentent des

forces puissantes et indestructibles, qui font jaillir des sources les

plus profondes les trésors de la nature et donnent à un peuple la

richesse et la considération.»

Les plus socialistes des dirigeants allemands eux-mêmes reconnaissent

que les industries et le commerce d’exportation doivent être laissés en

dehors de toute socialisation et rester complètement libres.

* * * * *

Le Bolchevisme n’a pas été expérimenté seulement en Russie et en

Allemagne, mais aussi en Hongrie. Ses méthodes dans ce dernier pays

furent les mêmes qu’ailleurs: massacre des intellectuels, pillage des

banques et des fortunes privées, obligation pour les anciens riches

d’exercer un métier manuel. Les appartements particuliers furent

réquisitionnés. Une seule chambre était laissée à l’ancien propriétaire,

et les autres mises à la disposition des ouvriers.

L’organisation sociale du Bolchevisme hongrois fut copiée sur celle du

Bolchevisme russe. Au sommet, un dictateur décrétant réquisitions et

supplices.

Les résultats du régime furent naturellement les mêmes qu’en Russie.

Toutes les usines se virent obligées, les unes après les autres, de

fermer leurs portes, et la misère devint générale.

On vécut alors des anciens stocks accumulés par le précédent régime.

Quand ils se trouvèrent épuisés, ce fut la débâcle. Si, pour des raisons

restées inconnues, l’Entente ne s’était pas longtemps opposée à

l’intervention des Roumains, que le peuple hongrois appelait de tous ses

vœux, le régime communiste eût fort peu duré. Il s’effondra dès que

quelques régiments approchèrent de la capitale.

* * * * *

L’Angleterre semblait être le pays d’Europe le mieux en état de résister

à la vague révolutionnaire. Cependant, le Bolchevisme, grâce aux sommes

énormes dépensées en propagande, y a fait quelques progrès.

Les mineurs paraissent les plus contaminés. Leurs menaces sont

incessantes. Ils réclament, maintenant, la socialisation des mines, ce

qui signifie pour eux que tous les profits de la vente du charbon leur

appartiendraient, alors que les frais de production resteraient à la

charge de l’État!

Certains extrémistes anglais sont allés plus loin encore. Ils ont

prétendu obliger le premier ministre britannique à reconnaître le

gouvernement russe des Soviets et empêcher la France d’aider la Pologne

qu’une armée russe menaçait. Leur influence seule peut expliquer la

conduite du gouvernement anglais dans cette dernière circonstance.

Les prétentions de ces extrémistes ont d’ailleurs soulevé en Angleterre

de violentes protestations.

«Le peuple anglais, écrivait le _Times_, a toujours abhorré la tyrannie

sous toutes ses formes. Il ne la tolérera pas plus de la part d’un

Comité de Salut Public travailliste que de la part d’un souverain

inconstitutionnel.»

On doit l’espérer. En réalité, nul n’en sait rien. Les épidémies

mentales peuvent être enrayées mais, tant qu’elles durent, il faut en

subir les ravages.

Ce qui semble bien clair aujourd’hui, c’est que certains syndicats

anglais voudraient soumettre les masses ouvrières au gouvernement

bolcheviste de Moscou. Qui eût prévu, jadis, que la traditionnelle et

libérale Angleterre en arriverait là?

* * * * *

La France est encore le pays qui s’est le mieux défendu jusqu’ici contre

les excès socialistes. Cependant, la doctrine continue à y progresser.

Le parti socialiste, qui nous avait tant nui avant la guerre, en

paralysant nos armements au point que l’Allemagne crut pouvoir nous

attaquer sans risques, a fini par adopter «sans réserve» les conceptions

communistes.

Pour reconquérir, son prestige, il sème des illusions redoutables dans

l’âme des multitudes.

Ce ne sont malheureusement que les représentants des forces inférieures

qui savent s’associer. Puissantes par la pensée, les élites semblent

inaptes à l’action et incapables, par conséquent, de se défendre. Il

suffit pourtant de quelques hommes énergiques pour sauver un pays du

danger socialiste. L’Italie vient d’en fournir un exemple bien frappant.

* * * * *

Le socialisme exerça quelque temps en Italie les mêmes ravages que dans

les diverses nations où il avait pénétré.

Durant plusieurs mois, les socialistes italiens purent croire à leur

succès définitif. Ils s’étaient emparés des mairies de certaines villes,

avaient expulsé les propriétaires des usines et commencé, suivant la

méthode universelle du socialisme triomphant, à piller et assassiner. Le

Gouvernement tremblait devant eux et cédait de plus en plus à leurs

exigences.

La violence des excès provoqua bientôt une réaction. Le fascisme parti

nouveau, formé surtout d’anciens combattants, se dressa contre le

socialisme et, après une brève lutte, finit par réduire les communistes

à une totale impuissance.

Le fascisme réussit uniquement parce qu’il eut à sa tête un de ces

hommes résolus, si rares aujourd’hui parmi les gouvernants.

Ce chef, M. Mussolini, possédait deux qualités fort supérieures à celles

conférées par l’instruction livresque: du caractère et du jugement.

Devant les coalitions d’intérêt qu’il a froissées en simplifiant les

rouages administratifs, dont la complication croissante menace

l’existence des Sociétés modernes, le dictateur finira peut-être par

succomber mais en laissant une œuvre fort utile.

Son grand mérite fut d’avoir tenté de briser cet étatisme économique qui

pèse lourdement aujourd’hui sur tant de pays et que défendent si

ardemment les socialistes.

Ses idées ont été clairement exposées dans un discours prononcé par lui

à Rome devant les représentants de la Chambre de Commerce

internationale. En voici des extraits:

«Les principes économiques dont le nouveau gouvernement italien entend

s’inspirer, sont simples. Je crois que l’État doit renoncer aux

fonctions économiques, surtout à celles ayant un caractère de

monopole, fonctions pour lesquelles il se montre souvent insuffisant.

Je crois qu’un gouvernement qui se propose de soulager rapidement les

populations de la crise survenue après la guerre, doit laisser à

l’initiative privée le maximum de liberté d’action et renoncer à toute

législation d’intervention et d’entrave, qui peut sans doute

satisfaire la démagogie des parlementaires de gauche, mais qui, comme

l’expérience l’a démontré, n’aboutit qu’à être absolument pernicieuse

aux intérêts et au développement de l’économie.

Le déséquilibre du monde · 第 5 / 16 段