[46] Voir la Préface.
[47] Louis le Grand. Le surnom de Grand fut donné pour la première
fois à Louis XIV en 1672, après la campagne, célèbre par le
passage du Rhin, dont il fut le prudent témoin. Le président Le
Pelletier fit frapper une médaille avec ces mots: LUDOVICO MAGNO.
[48] Louis XIV, né le 5 septembre 1638, avait alors 57 ans. Nous
sommes, en effet, en 1695, ainsi que le prouvent plusieurs détails
de ce récit, notamment la réception de l'ambassadeur vénitien
Frizzo. Voyez ci-dessous.
[49] Nous avons fait de longues recherches pour reconstituer la
parenté qui aurait existé entre Mlle du Tron et M. Bontemps, son
oncle. Le nobiliaire de La Chesnaie des Bois fait du célèbre valet
de chambre du Roi le premier de sa race et ne lui donne ni frères
ni soeurs: donc, aucune nièce de son côté. Il épousa Marguerite
Bosc, soeur de Claude Bosc, chevalier, seigneur d'Ivry, conseiller
du Roi en ses conseils, procureur général de Sa Majesté en sa Cour
des aides, prévôt des marchands de la ville, prévôté et vicomté de
Paris: de ce côté encore, aucun lien de parenté entre Bontemps et
la famille du Tron.
Mlle du Tron a-t-elle existé? Nous connaissons sous ce nom, mais
avec l'orthographe du Tronc et du Troncq:
1º Du Troncq, dont parle Dangeau (_Mémoires_, mardi 19 octobre
1706): «Le Roi depuis quelques jours a fait brigadiers le comte de
Melun et du Troncq, qui se sont signalés en Italie.»--Ce même du
Troncq (Dangeau, 8 mars 1718), figure dans une liste de promotions
au grade de maréchal de camp.
2º N... du Tronc, femme de Savary, sieur de Saint Just, sur
laquelle on trouve le couplet suivant dans le _Recueil de
Maurepas_, t. XI, p. 325, année 1709:
CHANSON sur l'air: _ne m'entendez-vous pas?_
2e couplet.
De Saint Just à Paris
La Savary fait course
Pour attraper la bourse
Du beau Towienski;
Mais Luxembourg l'a pris.
Le beau Towienski était un polonais, alors de passage à Paris, qui
avoit obtenu, d'après le chansonnier, les bonnes grâces de la
duchesse de Luxembourg.
S'il s'agit de Mlle du Tronc, aimée de Louis XIV, elle pouvoit
avoir en 1709 de 30 à 31 ans, soit 16 à 17 ans en 1695.
L'abbé de Choisy, dans son _Histoire de la comtesse des Barres_,
raconte que, lorsqu'il alla sous son déguisement, s'établir dans
le Berry, il acheta les glaces de la marquise du Tronc, morte dans
son château, à trois ou quatre lieues de Bourges.
[50] Sur Mme de Maintenon, voyez t. III, pages 65 etc.
[51] Bontemps. Voy. ci-dessus, page 128, note 49. Premier valet de
chambre ordinaire du Roi, servant par quartier, il prenoit le
titre d'écuyer et de conseiller du Roi. Ce titre de conseiller du
Roi, aussi prodigué que celui de maître d'hôtel, étoit purement
honorifique: il en étoit de même du titre de valet de chambre, que
prirent d'abord les tapissiers du Roi, et, après eux, jusqu'aux
menuisiers du Roi. (Voy. les _Etats de la France_.)
Alexandre Bontemps fut en outre secrétaire général des Suisses et
des Grisons, gouverneur de la ville de Rennes, intendant des
châteaux, parcs, domaines et dépendances de Versailles et de
Marly. C'est à lui qu'est adressée, dans les termes les plus
respectueux, la première lettre de Ch. Perrault (_OEuvres
diverses_), qui lui demande une place pour son livre dans la
Bibliothèque du palais de Versailles et surtout la fondation d'une
Bibliothèque dans la ville.
Alexandre Bontemps eut trois enfants, un fils aîné, Louis, qui eut
encore plus de titres et dignités que son père; Alexandre-Nicolas,
qui fut premier valet de chambre de la garde-robe; Marie-Madelaine
qui épousa le riche Lambert de Thorigny, président en la Chambre
des comptes, dont l'hôtel étoit et est encore un des plus riches
de l'île St-Louis.--Voy. l'_Erratum_ à la fin de ce pamphlet.
[52] Meudon.--«Mardi, 1er juin (1694).--Le matin, le Roi proposa à
M. de Barbezieux l'échange de Choisy avec Meudon; il lui demanda
pour combien Mme de Louvois avoit pris Meudon dans son partage. M.
de Barbezieux lui dit qu'elle l'avoit pris pour 500,000 fr.; sur
cela, le Roi dit qu'il lui donneroit 400,000 de retour et Choisy
qu'il comptoit pour 100,000 fr., si cela accommodoit Mme de
Louvois; ... qu'il vouloit qu'elle traitât avec lui comme avec un
particulier et ne songeât qu'à ses intérêts.» (_Journal_ de
Dangeau.) L'affaire se fit, et dès le vendredi suivant M. de
Villacerf étoit choisi par le Roi et Mme de Louvois «pour régler
le prix des tableaux, des statues et des glaces qui sont à Meudon
et que Monseigneur voudra conserver.» (_Ibid._)--A partir de cette
époque, le _Journal_ de Dangeau parle fréquemment des promenades
du Roi à Meudon, et du séjour qu'y faisoit Monseigneur.
[53] La marquise de Louvois, arrière-petite-fille du maréchal de
Souvré, petite-nièce de Mme de Sablé, mourut en 1715: «Ce fut, dit
Saint-Simon, une perte fort grande pour sa famille, pour ses amis
et pour les pauvres. Elle avoit la plus grande mine du monde, la
plus belle et la plus grande taille; une brune avec de la beauté;
peu d'esprit, mais un sens qui demeura étouffé pendant son
mariage, quoiqu'il ne se puisse rien ajouter à la considération
que Louvois eut toujours pour elle.--Au lieu de tomber à la mort
de ce ministre, elle se releva et sut s'attirer une véritable
considération personnelle...» La suite de cet éloge, surtout dans
Saint-Simon, donne la plus haute idée du mérite de Mme de Louvois,
et de l'estime qu'avoient pour elle le Roi, la cour et la ville.
[54] Voyez ci-dessous. Ce trait paraît tout anodin si l'on se
reporte aux oeuvres des fondateurs ou des réformateurs d'ordres
religieux; il paroîtra bien plus inoffensif encore si on le
compare à tel passage du Théâtre italien que nous signalerons,
pour montrer à quelle hardiesse de langage on étoit arrivé depuis
l'époque où le Tartufe avoit été interdit. Nous en citerons un
seul exemple, tiré du _Banqueroutier_, «comédie en 3 actes,
représentée pour la première fois par les comédiens ordinaires du
Roi dans leur hostel de Bourgogne, le 19e d'avril 1687.»
«PERRILLET.--Ne t'aperçois-tu pas d'un certain jeune abbé qui
vient fréquemment au logis, et que...
«COLOMBINE.--Qui? l'abbé Goguette? ah! Monsieur, n'en prenez point
d'ombrage... Je me connois un peu en gens. Premièrement, c'est un
garçon de qualité qui a dix mille écus de rente en bons bénéfices,
et qui est bien aise de manger son revenu avec quelque sorte
d'éclat. Il voit tout ce qu'il y a de jolies femmes à Paris. Il
joue gros jeu; son train est leste; il a une belle maison, des
meubles magnifiques, et un cuisinier qui dame le pion au vôtre.
Ha! le joli homme d'abbé que c'est! Je voudrois que Madame vous
eût dit comme il fait bien les choses.
«PERRILLET.--Ouf!... est-ce que ma femme sait cela?
«COLOMBINE.--Bon, ils ne bougent d'ensemble... Rêvez-vous de
croire que cet abbé soit amoureux parce qu'il fait de la dépense?
Non moins que cela. C'est qu'il a de l'ambition: et, comme dans le
monde on ne parvient à rien sans l'estime et l'approbation des
femmes, il fait de son mieux pour les mettre de son parti. Il les
promène, il les régale, aujourd'hui à l'Opéra, demain à la
Comédie. De l'air qu'il s'y prend, c'est un drôle qui s'avancera
en fort peu de temps et qui se va mettre dans une grande
réputation.
«PERRILLET.--Mais, Colombine, crois-tu qu'il ne se feroit pas
autant de réputation en donnant une partie de son bien aux pauvres
qu'en le mangeant avec les femmes?
«COLOMBINE, _riant_.--Et d'où venez-vous, Monsieur? est-ce qu'on
se fait abbé pour donner l'aumône? je pense que vous perdez
l'esprit. N'est-ce pas une assez belle charité de faire vivre de
pauvres diables de parfumeurs qui ne gagnent rien avec les femmes
et qui mourroient de faim sans messieurs les abbés?»
Cette cruelle satire est anonyme; elle n'en fut pas moins jouée à
l'hôtel de Bourgogne, vingt ans après le Tartufe, qui eut tant de
peine à paroître.
[55] Monseigneur le Dauphin.--Cf. ci-dessous.--Voy. aussi
t. III, p. 185.
[56] La princesse de Conti.--Cf. ci-dessous.--Voy. aussi t. III,
p. 163.
[57] La campagne du Rhin à laquelle le Dauphin prit part fut celle
de 1694. Le _Mercure galant_ de juin 1694 (pp. 338-348) donne un
journal de la marche de M. le Dauphin en France... «Je donnerois
des louanges à Monseigneur, si je croyois pouvoir faire des éloges
dignes de ce prince. Ce qu'il fait dit plus que je ne pourrois
dire. Toutes les fois que l'armée campe, ce prince ne vient point
chez lui sans avoir examiné le camp et vu si les gardes sont bien
posées. Il donne des ordres fort exacts à tous les officiers, et
fait publier des bans pour empêcher le cavalier et le soldat de
courir, c'est-à-dire d'aller en maraude... Quoi qu'il n'aime point
le jeu, il joue pour faire plaisir à ceux qui aiment ce
divertissement.»
[58] Le goût du Dauphin pour la chasse et surtout pour la chasse
aux loups étoit fort dispendieux; pour le satisfaire, il
entretenoit depuis 1682 une meute de cent chiens et soixante
chevaux; le personnel des chasses de la maison comprenoit six
lieutenants ordinaires, à 1500 liv. d'appointements, payés sur la
cassette par les mains du premier valet de chambre, un aumônier,
quatre veneurs ou piqueurs, huit valets de limiers, six
garde-laisse des levriers, à 1,000 liv. par an, huit valets de
chien à 800 liv., un pourvoyeur de l'écurie des chevaux pour le
loup: tout ce personnel servoit sous le commandement de M. le
marquis d'Heudicourt, grand louvetier de France.
[59] Le 20 juin, le Roi étoit à Trianon, et c'est là qu'il
recevoit le serment du sieur de La Tresne, nommé premier président
du parlement de Bordeaux. Entre cette date et celle du 26 octobre
que nous avons indiquée plus haut (page 4, note 5), le Roi alla à
Fontainebleau.
[60] D'après la Gazette, quatre ducs étoient alors à l'armée du
Rhin, dont les vers suivants prouvent qu'il est question ici: le
duc de Bourbon, le duc de Roquelaure, le duc de Villeroy, le duc
de Luxembourg.
Le duc de Bourbon, né le 12 octobre 1668, marié le 24 juillet
1685, à Mlle de Nantes, légitimée de France.
Le duc de Villeroy étoit très-âgé; il était marié depuis 1662; son
fils ne prit le titre de duc qu'en 1696.
Le duc de Roquelaure, marié aussi, avait épousé, le 20 mai 1683,
Marie-Louise de Laval-Montmorency.
Le duc de Luxembourg, né le 18 février 1662, épousa, le 28 août
1686, Marie-Thérèse d'Albert, fille aînée du duc de Chevreuse, qui
mourut le 17 septembre 1694. Le duc étoit donc veuf à l'époque où
se place ce récit; il se remaria le 15 février 1696, et épousa
Mlle de Gillier de Clérembault.
[61] A l'armée du Rhin, comme on le voit dans la pièce de vers qui
suit:
... N'as-tu pu, sans le perdre, aller jusques au Rhin?
... Tu voudrois quelquefois aller, comme un tonnerre,
Ravager la Hollande et terminer la guerre.
[62] Le Roi, vieux pécheur tout ruiné, se seroit assez bien porté,
d'après le _Journal de la Santé_, pendant l'année 1695; cependant
on ne manque pas de signaler ses purgations habituelles et
quelques attaques de goutte, qui l'obligeoient à «se chausser d'un
soulier moucheté.»--Le portrait qu'on peut faire de lui à cette
époque ne ressemble guère à celui qu'on a pu lire, t. II, page
4.--Louis XIV tenoit de Henri IV et de Louis XIII cette odeur _sui
generis_, qui faisoit dire au baron de Fæneste:--«Tenez, ye me
devoutonne: vous sentirez.--Ho vertubieu! quel parfum.--Et les
pieds de mesme.» En outre, on lui avoit arraché une grande partie
de la mâchoire gauche, et il en étoit résulté une plaie d'où
s'exhaloit au loin une odeur cadavérique nauséabonde; ses maux de
tête et d'estomac l'avoient rendu fort taciturne et avoient
assombri son humeur... Du brillant Louis XIV, quand on a lu le
_Journal de la Santé du Roi_, il reste alors bien peu de chose.
[63] Voici ce que dit, à ce sujet, la _Gazette de France_...--«De
Dinant, le 5 septembre 1695: Le 30 du passé (août), à 11 heures du
matin, les ennemis donnèrent un assaut général avec 15,000 hommes
à la partie de la ville (de Namur) que les assiégés (commandés par
Boufflers) occupoient au poste de la Cassote et au fort Guillaume.
«Le 1er de ce mois, les alliés donnèrent un autre assaut général
avec 20,000 hommes...; les brèches étoient si grandes qu'il
pouvoit y monter un bataillon de front... Le carnage fut si grand
qu'il n'y en a point eu de pareil en Europe depuis plus d'un
siècle, puisque les ennemis eurent, dans cet assaut, 9,000 hommes
tués ou blessés et les nôtres 3,000. Mais comme la garnison se
trouva réduite à 5,000 hommes, dont il ne restoit que 2,300 en
état de combattre, et que tous les ouvrages étoient presque
entièrement renversés, on jugea à propos de capituler. Les
articles furent arrêtés le 2 avec l'Electeur de Bavière. Ils
contiennent en substance que la place seroit rendue le 5, en cas
qu'elle ne fût pas secourue auparavant, et que la garnison
sortiroit par la brèche, pour être conduite à Givet sous
Charlemont, avec six pièces de canon, deux mortiers, armes et
bagages, enseignes déployées, tambour battant, et toutes les
autres conditions les plus honorables. La garnison est sortie
aujourd'hui, mais le maréchal de Boufflers a été arrêté par ordre
du prince d'Orange, au préjudice de la capitulation. Les ennemis
ont demeuré soixante-sept jours devant la place, et on n'a jamais
vu une plus courageuse défense.»
«Du camp de Cambron le 10 septembre.»--Le maréchal de Boufflers
fut transféré le 8 à Maëstricht; la ville lui fut donnée pour
prison.
--«De Versailles, le 9 septembre: Le Roi, pour tesmoigner de la
satisfaction qu'il eut de ses services dans la vigoureuse défense
de Namur, l'honora du titre de duc.»
--Ce triste événement est resté complètement et sans doute
volontairement ignoré de l'abbé de La Brizardière dans son
«Histoire de Louis le Grand depuis le commencement de son règne
jusques en 1710»; il n'en dit mot.
[64] Nous avons dit, à la note précédente, comment s'étoit terminé
le siége de Namur par les alliés, et la capitulation du maréchal
de Boufflers. Quant à Casal, assiégé en 1629 par Gonzalve de
Cordoue, délivré par les François, réassiégé en 1630, mais défendu
avec succès par le marquis de Toiras, assiégé une troisième fois
en 1640 par le marquis de Leganez et délivré par le comte
d'Harcourt (Cadet la Perle), il fut pris en 1652 par les Espagnols
et, depuis, rendu par eux au duc de Mantoue qui l'ouvrit aux
troupes du roi Louis XIV en 1682. En 1694, le duc de Savoie, le
prince Eugène et le marquis de Leganez en firent le blocus le 22
août; au mois de novembre, malgré les conseils du marquis de
Leganez, à qui cette conduite le rendit suspect, le duc de Savoie
leva le blocus, effrayé par l'approche de l'armée de Catinat; un
incident curieux se produisit pendant le siége: les ennemis
voulurent faire sauter les magasins à poudre de la place au moyen
d'un ressort d'horlogerie caché dans la crosse d'un pistolet.
(_Mercure galant_, octobre 1694.) Le siége fut repris en avril
1695. Trois mois après, en juillet, on lit dans le _Mercure
galant_: «Sa Majesté vient d'ordonner à M. le marquis de Crenan,
qui en étoit gouverneur, de remettre la place de Casal au duc de
Mantoue, avec tous les droits souverains qui lui appartiennent, et
de faire, pour cet effet, un traité avec M. le duc de Savoie et
les généraux des alliés. Il est réglé par ce traité que la
garnison en sera tirée aussitôt que la démolition tant de la ville
que de la citadelle et du château sera achevée; que la garnison
sera conduite en toute sûreté à Pignerol avec les provisions et
les munitions et la quantité d'artillerie stipulée; qu'il sera
permis aux François établis à Casal de sortir avec leurs effets.
En conséquence de cette capitulation, les troupes du Roi et celles
du duc de Savoie travaillent conjointement à ruiner les
fortifications.»--Cf. _Gazette de France_ du 23 juillet 1695;
lettre du 16 juillet.--Deux ans après, la fille du duc de Savoie,
âgée de 12 ans et un jour, épousoit le duc de Bourgogne, fils du
Dauphin (7 décembre 1697), âgé de quinze ans et demi.
Il est intéressant de remarquer que, dans cette guerre, Catinat
compta parmi ses adversaires un Simiane établi en Savoie, le
marquis de Pianezza, qui, après une vie aventureuse, servit plus
tard en France avec le titre de maréchal de camp.
[65] Prière à saint Benoît.--Ni dans les livres de proverbes, ni
dans l'_Apologie pour Hérodote_, où H. Estienne donne une assez
longue énumération des attributions données à plusieurs saints,
nous n'avons rien trouvé qui nous permette d'expliquer pourquoi
l'auteur met en avant ici saint Benoît, et, un peu plus loin,
saint Cyr et saint Hilaire.
[66] Le philosophe Thalès prétendait que l'eau était l'origine de
toutes choses.
[67] _Cabinet._ Ce mot, dans le sens où il est pris ici, de petite
enceinte d'arbres, est très-ancien dans la langue. On le trouve
déjà dans Nicot: _Cabinet_ ou _Gabinet en jardin_, _suffugium_.
[68] Le texte porte: _la_;--_les_ se rapporte à _murailles_.
[69] C'est l'idée exprimée dans la fameuse lettre adressée à
Fouquet par Mlle de Menneville, trouvée dans sa cassette et
conservée à la Bibliothèque nationale parmi les papiers de Baluze:
«Rien ne me peut consoler, lui disoit-elle, de ne vous avoir point
vu, si ce n'est quand je songe que cela vous auroit pu faire
mal.»--Chéruel, _Mém. sur Fouquet_, t. I, p. 480, _appendice_.
[70] Fagon (Guy Crescent), né à Paris le 11 mai 1638, étoit fils
d'un commissaire ordinaire des guerres et de Louise de La Brosse,
fille de Guy de La Brosse, le célèbre médecin de Louis XIII. Reçu
docteur en 1664, il fut chargé par Mme de Maintenon des soins à
donner aux enfants du Roi et de Mme de Montespan. Médecin de la
Dauphine en 1680 et de la reine quatre mois après, il devint en
1683, après la mort de la reine, médecin des enfants de France. En
1693, il fut nommé premier médecin du Roi Louis XIV, en
remplacement de d'Aquin, alors exilé de la cour, peut-être par les
intrigues jalouses de Fagon lui-même. Saint-Simon, ordinairement
si sévère, lui est très-favorable. Fagon fut reçu membre de
l'Académie des sciences en 1699. Il quitta la cour en 1715, à la
mort de Louis XIV, et mourut le 11 mars 1718, dans le jardin du
Roi, où il étoit né, auprès de son grand-père maternel.
L'éditeur du _Journal de la Santé du Roi_ lui attribue à tort le
volume intitulé: «les Admirables qualitez du Quinquina, confirmées
par plusieurs expériences... etc. Paris, Martin Jouvenel, 1689,»
in-12. Cet ouvrage, publié sans nom d'auteur, est précédé de
plusieurs approbations de médecins de la Cour, et la première est
celle de Fagon, qui, en retour, est cité plusieurs fois avec éloge
par l'auteur anonyme.
[71] La maison de St-Cyr, à cette époque (1695), comptoit neuf
années d'existence, les lettres patentes pour sa fondation étant
du mois de juin 1686.--C'est le 3 août suivant qu'eut lieu
l'inauguration de la maison, en présence seulement de quelques
dames de la Cour et de Mme de Maintenon. «Alors, dit M. Lavallée,
commença pour elle un travail qu'elle a continué pendant toute sa
vie avec un zèle égal à sa persévérance... Durant les premières
années, elle fut obligée, à cause de l'ignorance et de
l'inhabileté des jeunes religieuses, de remplir presque toutes les
charges de la maison.» (_Mme de Maintenon et la maison royale de
St-Cyr._)
[72] Sur le siége de Namur et la capitulation du maréchal de
Boufflers, voyez ci-dessus, p. 144, note 63, et p. 145, note 64.
[73] Sur le Père de la Chaise, voy. t. III, p. 147.
[74] Aucun des ouvrages biographiques ou satiriques consacrés au
Père de la Chaise ne parle du Père Bobinet.
[75] «Quoique les Papes se soient souvent opposés aux demandes que
nos Princes ont faites au Clergé, celui-ci a, de lui-même, voulu
contribuer à l'avantage public, et il n'y a plus aujourd'hui de
difficultés, tout le corps de l'Eglise de France s'étant lui-même
soumis à payer le dixième de ses revenus, sous le titre de décime,
et de payer encore extraordinairement pour les neuf autres parts à
proportion des besoins.--La répartition de ces deux espèces
d'impositions est faite par les Prélats ecclésiastiques et autres
ecclésiastiques de réputation, ce qui porteroit à croire qu'elle
est toujours très-équitable; mais l'expérience y est contraire...
L'autorité et le crédit du clergé n'ont pas permis de penser que
cette taxe pût être imposée par les laïques; ainsi on l'a laissé
se taxer lui-même. Cependant on voit communément qu'un bénéfice de
100,000 liv. de rente paye 1,500 liv. pour toutes décimes et
qu'une communauté de 30,000 liv. de revenu paye 6 à 7,000 liv. Les
curés sont encore plus vexés que tous les autres par proportion.»
(_Mém. de Boulainvilliers_, 6e _mém._, 1727, t. II, p. 201.)
Dès la troisième année de la fatale guerre de 1688 à 1697 contre
le prince d'Orange, le Roi avait dû écrire à l'archevêque de
Paris: «Mon cousin..., comme j'ay esté informé qu'il y a beaucoup
d'argenterie dans les églises au-delà de celle qui est nécessaire
pour la décence du service divin, dont la valeur étant remise dans
le commerce apporteroit un grand avantage à mes sujets, je vous
fais cette lettre pour vous exhorter à examiner ce qu'il y a
d'argenterie dans chaque église de votre diocèse..., vous assurant
que vous ferez chose qui me sera fort agréable et fort utile au
bien de mon Etat, d'ordonner qu'elle soit portée dans mes monnoies
pour être converties en espèces d'or et d'argent, la valeur en
être payée comptant sur le pied porté par ma déclaration du 14
décembre dernier à ceux qui l'apporteront, et ce qui proviendra de
ladite argenterie superflue être ensuite employé au profit des
églises à laquelle ladite argenterie appartenoit.» (8 février
1690.)--Le 16 février suivant, l'archevêque de Paris écrivoit au
clergé tant régulier que séculier de son diocèse pour l'inviter à
se conformer aux ordres du Roi; ce qui se faisoit dans le diocèse
de Paris devait évidemment se faire dans tous les autres.--Voy. p.
156, note 79.
[76] M. de Pomponne. Voy. la table.
[77] M. de Harlay. Voy. la table.
[78] M. de Pontchartrain. La _Gazette de France_ de 1693 parle du
sieur Phelipeaux de Pontchartrain qui, déjà conseiller au
Parlement, est nommé secrétaire d'Etat en survivance de son père:
il est le septième de son nom qui ait été revêtu d'une semblable
charge (_Gazette_ du 26 décembre).--Il fut nommé chancelier et
garde des sceaux de France le 5 septembre 1699.--Né le 29 mars
1643, Louis Phelipeaux de Pontchartrain était fils de Louis
Phelipeaux de Pontchartrain, président à la Chambre des comptes,
et de Suzanne Talon. Mme de Sévigné, Saint-Simon, Dangeau, parlent
de lui fréquemment.
[79] Dix millions de don gratuit.--Voy. la note 75 de la page
154.--L'assemblée du clergé s'ouvrit le 28 mai 1695. «Le 8 juin,
le sieur Pussort, doyen du Conseil d'Etat, le sieur Le Peletier,
le sieur d'Argouges, le sieur de Harlay et le sieur de
Pontchartrain, ministres et secrétaires d'Etat, commissaires du
Roi, allèrent à l'assemblée générale du clergé. Le sieur Pussort
parla avec beaucoup de dignité et d'éloquence, et fit une
proposition sur laquelle l'assemblée accorda tout d'une voix à Sa
Majesté un don gratuit de dix millions.» (_Gazette de France_ du
11 juin 1695.)--«Le grand objet d'une assemblée, c'est le don
qu'on y fait au Roi; mais, comme avant qu'elle commence, ce don
ordinairement est réglé entre le ministre, le futur président de
cette assemblée et le receveur du clergé, il ne reste, quand elle
se tient, qu'à en faire la répartition et qu'à trouver les moyens
de payer promptement la somme que l'on a promise. Cette commission
est la plus recherchée, parce qu'elle donne occasion de témoigner
au Roi le zèle qu'on a pour son service.» (_Mém. de l'abbé Le
Gendre_, Paris, Charpentier, 1863, in-8º p. 102.)--En 1690, le
clergé à qui l'archevêque de Paris avoit fait espérer qu'on ne
demanderoit aucun nouveau sacrifice en 1695, avoit accordé 12
millions de don gratuit: on peut juger de la pression à laquelle
il céda lorsqu'on lui demanda ces dix millions qui furent, dit la
_Gazette_, accordés tout d'une voix. La stupeur, le chagrin furent
d'autant plus grands que, lorsque parut, en janvier 1695, l'édit
imposant une capitation dont personne ne seroit exempt et qui
seroit levée tant que la guerre dureroit, l'archevêque avoit en
quelque sorte racheté cet impôt en proposant un abonnement de
quatre millions par an, supérieur de deux millions, d'après
l'évêque d'Orléans, à ce que le Roi attendoit.--(Voy. les _Mém. de
l'abbé Le Gendre_, p. 199.)
[80] La guerre étoit fort difficile à soutenir en effet, et voici
des chiffres qui le prouvent: «Si l'on suppose que la guerre du
prince d'Orange, commencée en 1688 et terminée en 1697, a employé
au service du Roi, pendant les neuf années qu'elle a duré tant sur
mer que sur terre, six cent mille hommes qui auront coûté chacun
quinze sols par jour en vivres, en solde, habits, armes, chevaux,
équipages, vaisseaux, artillerie, le tout par proportion, depuis
le général d'armée, jusqu'au dernier tambour et au mousse du
vaisseau, la dépense de chaque année a monté à 164,250,000 liv.;
mais le revenu ordinaire ne passoit pas 116,000,000.--Cela
supposé, il fallut recouvrer de nouveaux fonds pour l'entretien de
la dignité royale, les rentes, les gages et autres dépenses
publiques. Cependant tout s'est fait; mais, pour en venir à bout,
il fallut emprunter par des créations d'office, des aliénations,
des constitutions de rentes et de nouvelles impositions sur le
public déjà chargé des impositions ordinaires, et de plus par la
capitation imposée en janvier 1695. Ainsi cette guerre a porté ces
charges à près de 600,000,000 de liv. au-dessus des revenus
ordinaires pendant les neuf années de guerre.--Il est vrai que ces
grandes sommes ne sont pas entrées en entier dans le trésor... Si,
par exemple, un traitant se charge d'un recouvrement de six
millions de liv., il en retient un pour son profit et a de plus
600,000 liv. pour les deux sols pour livre. Il y a encore les
frais de recouvrement estimés à 20 pour cent; et enfin, quoique le
recouvrement soit souvent assez facile, si le traitant veut payer
à titre d'avance, il retire les intérêts à 10 pour cent: d'où il
arrive que le Roi ne tire que quatre millions et demi de ce dont
le peuple paye sept à huit millions de livres.» (6e _mém._ de
Boulainvilliers, t. II, pp. 128-132.)
Du reste, plus étoient grandes les charges imposées au pays, moins
le trésor royal avoit de ressources. Le comte de Boulainvilliers
(ibid., p. 153) nous en fournit la preuve. En 1688, les tailles
étoient de 32,486,911 liv.; sur cette somme, le trésor a reçu
29,929,240 liv.; en 1707, elles étoient de 36,755,985 liv.; sur
cette somme, le trésor n'a reçu que 23,538,408 liv.--Ainsi, les
tailles ayant augmenté de 4,269,074 liv., la recette, entre 1688
et 1707, a diminué de 6,390,832.
[81] «Le péché, en tant qu'il blesse la raison, est appelé
_philosophique_; et, en tant qu'il offense Dieu, il est appelé
_théologique_.» Un grand débat eut lieu dans le clergé à
l'occasion de ce _péché philosophique_; il eut pour origine une
thèse qu'un jésuite nommé Meunier, professeur au collége de Dijon,
avoit fait soutenir en 1686, thèse conçue en ces termes: «Le péché
philosophique, commis sans aucune connoissance de Dieu et sans
aucune attention à lui, n'est point une offense à Dieu ni un péché
mortel.»--La Société le désavoua; mais, en 1689, M. Arnaud la
dénonça au pape, aux évêques, aux princes et aux magistrats comme
une nouvelle hérésie; les poètes en firent des chansons, dont
quelques-unes fort jolies, dit l'abbé Le Gendre, sur l'air du
Noël: _Or, dites-nous, Marie_. Les enfants, les femmes, les
laquais apprirent par coeur ces vaudevilles; on les fit chanter
dans les rues. (_Mém. de l'abbé Le Gendre_, pp. 123-125.)
[82] Le Roi, ayant en quelque sorte codifié, par l'édit de
révocation de l'édit de Nantes, tous les autres édits
antérieurement portés par lui et qui, d'année en année, rendoient
plus difficile en France l'exercice de la religion protestante,
compléta son oeuvre en envoyant, particulièrement dans les
Cévennes, des missionnaires dont les prédications étoient
soutenues par des dragons: «Nous envoyions dix, douze ou quinze
dragons dans une maison qui y faisoient grosse chère jusqu'à ce
que tous ceux de la maison se fussent convertis. Cette maison
s'étant faite catholique, on alloit loger dans une autre, et
partout c'étoit nouvelle aubaine.» (_Mém. de Vordac_, cités dans
le _Bulletin du protestantisme françois_, 2e année, 1854, p.
203.--_Ibid._, _passim_.)
[83] L'hérésie détruite: deux médailles furent frappées à cette
occasion; dans la première, la Religion couronne le Roi;
l'inscription porte: _Ob vicies centena millia calvinianæ ecclesiæ
revocata, 1685_; dans la seconde, la Religion foule aux pieds
l'Hérésie. L'inscription porte: _Hæresis exstincta; edictum
octobris 1685._
[84] La maison de Saint-Cyr fut fondée en 1686. Voyez p. 152, note
71.
[85] Les Aphorismes d'Hippocrate ne disent rien de semblable; mais
l'école de Salerne dit:
Si vis incolumem, si vis te reddere sanum,
Curas tolle graves.....
[86] Le Roi avoit alors cinquante-sept ans.
[87] L'école de Salerne a, dit-on, formulé ce précepte; mais nous
l'avons vainement cherché dans son _Régime de santé_.
[88] Il est à remarquer précisément que, excepté Mme de Montespan,
toutes les maîtresses du Roi eurent cet air «précieux et
languissant.»
[89] «Chirurgica tota continui divisione, divisi unione et
extractione alieni comprehenditur.» La chirurgie étoit donc un
métier tout manuel, et, dans le serment que les chirurgiens
prêtoient, ils s'engageoient à ordonner seulement «quæ spectant ad
operationem chirurgiæ.» S'ils pratiquoient à Paris ou dans les
faubourgs, ils ne pouvoient le faire qu'avec un médecin, maître ou
licencié dans l'Université de Paris, ou approuvé par la Faculté.
(_Decreta, ritus... saluberrimi medicorum parisiensium ordinis
consuetudines._--Parisiis, Quillau, 1714, in-12, pp. 30 et 107.)
[90] La veine _céphalique_ «est celle qu'on a coustume d'ouvrir
pour les douleurs de teste, d'où son nom, du grec _kephali_,
tête.--La veine _basilique_, ou _hépatique_, est une veine qui
naît du rameau axillaire, va au milieu du pli du coude où elle se
divise en deux rameaux.» (Furetière.)
[91] Vos peuples meurent de faim.--«Si, en 1688, on se plaignoit
que les paysans n'avoient point de lits pour se coucher,
aujourd'hui plusieurs manquent de paille (1707).»--_Mém. de
Boulainvilliers_, II, 152.--«On ne sçauroit compter combien il
meurt de pauvres paysans à la porte des plus riches bénéficiers,
sans secours spirituel ou temporel, faute d'un peu de nourriture
ou du plus simple remède.» (_Ibid._, p. 126.)--«Le règne de Louis
XIV,--despotique, bursal, très-long et par conséquent odieux,--a
détruit l'abondance en tirant des sujets au-delà de leurs forces
et en détruisant la consommation intérieure... il a pareillement
détruit la confiance en découvrant un fonds de mauvaise intention
et d'artifice dans les ministres, digne d'une éternelle
exécration.» (_Ibid._, pp. 1, 8-9.)--«Les fortunes subites des
financiers ont excité plusieurs marchands à quitter le
commerce,... et une infinité d'autres à quitter l'agriculture...
De là vient que tant de fabricants et de laboureurs ou fermiers
ont été ruinés, que les terres sont incultes ou mal façonnées, et
que les banqueroutes sont si fréquentes.» (_Ibid._, p.
16-17.)--Les extraits qui précèdent nous dispensent de citer les
passages si connus où La Bruyère, Vauban, etc., dépeignent la
misère du peuple.--Cf. Vie de Mme de Miramion, pp. 320 et sq.
[92] Dans ses _Mémoires_, Louis XIV, parlant des souverains, dit
que «le Ciel les a faits dépositaires de la fortune publique.»
(_Édition_ Dreyss, I, p. 177);--il ajoute (t. II, p. 230) que «les
Rois sont nés pour posséder tout et commander à tout.»
[93] La France soutenoit alors trois guerres, en Hollande, en
Savoie et dans le Palatinat,--sans parler de ses guerres navales
dans la Méditerranée, sur les côtes de France et dans les
colonies.--Nous avons donné plus haut (p. 157, note 80) un aperçu
des frais énormes de ces guerres.
[94] Un mémoire de Marinier, commis des bâtiments du Roi, sous
Colbert, Louvois et Mansart, et reproduit en appendice dans les
Mém. de Saint-Simon (_Édition_ Hachette), nous donne l'état des
dépenses faites par Louis XIV à Versailles, Saint-Germain, Marly,
etc.--De 1679 à 1690 les dépenses pour Marly seul s'élevèrent à la
somme totale de 4,501,279 liv. 12 s. 3 d., somme qu'il faut au
moins quadrupler pour en avoir la valeur en monnoie actuelle.--A
cette somme, il faut ajouter les frais d'une cascade en forme de
rivière qui tomboit du haut de l'allée derrière le château: on
estime, dit Marinier, qu'elle passe cent mille écus.
[95] La liste serait longue de toutes les mesures prises pour
augmenter les ressources du Trésor. Nous citerons les principales
qui furent arrêtées dans les cinq dernières années, de 1690 à
1695.
1690.--_3 Janvier._--Déclaration du Roi: «... Pour mettre tout
d'un coup dans le commerce une grande quantité de matières d'or et
d'argent et la faire convertir en espèces à nos coins et armes,
nous avons fait porter aux hostels de nos monnoyes une grande
partie des ouvrages d'orfévrerie qui servoient d'ornements à nos
palais (malheureusement, d'après l'abbé Le Gendre, ces ouvrages
étoient dus au célèbre orfèvre Claude Ballin, dont on trouve la
vie et le portrait dans les _Hommes illustres_ de Perrault); et,
après avoir donné cet exemple à nos sujets, nous avons, par notre
déclaration du 14e du mois de décembre dernier, deffendu à
l'avenir la fabrication de toute sorte d'ouvrages d'argenterie de
pur ornement, et nous avons ordonné que ceux de nos sujets qui
auroient de ces ouvrages deffendus les porteroient aux hostels de
nos monnoyes..., sans aucun profit pour nous, puisque nous leur
faisons payer la matière desdits ouvrages d'argenterie deffendus à
35 sols du marc de plus qu'elle n'est évaluée par les tarifs
arrestez en nos cours des monnoyes. Nostre prévoyance et nos soins
ont eu tant de succez que nous avons eu la satisfaction de voir
que, depuis la publication de cette déclaration, nos sujets y
obéissent avec tant de zèle et d'empressement qu'ils portent aux
hostels de nos monnoyes, non-seulement les ouvrages d'argenterie
deffendus, mais encore beaucoup de vaisselle plate (_plata_, esp.,
argent) dont l'usage leur étoit permis...»
1690.--_8 Février._--Lettre du Roy à Mgr l'Archevêque de Paris:
«Mon cousin,... comme j'ay esté informé qu'il y a beaucoup
d'argenterie dans les Eglises au-delà de celle qui est nécessaire
pour la décence du service divin, dont la valeur estant remise
dans le commerce apporteroit un grand avantage à mes sujets, je
vous fais cette lettre pour vous exhorter à examiner ce qu'il y a
d'argenterie dans chaque église de votre diocèse..., vous
asseurant que vous ferez chose qui me sera fort agréable et fort
utile au bien de mon Etat, d'ordonner qu'elle soit portée dans mes
monnoyes pour estre converties en espèces d'or et d'argent, la
valeur en estre payée comptant sur le pied porté dans ma
déclaration du 14 décembre dernier...»--Semblable lettre dut être
envoyée à tous les Evêques de France.
1690.--_16 Février._--Lettre de l'Archevêque de Paris au Clergé
tant régulier que séculier de son diocèse, pour l'inviter à se
conformer aux ordres contenus dans la lettre royale du 8 février.
1690.--_Février._--Edit du Roi portant création en titre d'office
d'un premier président et de huit présidents au Grand Conseil, qui
payeront «en nos revenus casuels la somme à laquelle sera taxée
chaque charge...»
1690.--_Novembre._--Edit du Roi portant création de deux
présidents, seize conseillers et autres officiers au Parlement de
Paris, Requêtes de l'Hôtel et Requêtes du Palais... «Les dépenses
excessives que nous sommes obligez de faire pour faire garantir
notre Royaume de la multitude des ennemis qui l'attaquent, nous
engageant de suppléer par des fonds extraordinaires aux défauts de
nos revenus, nous nous trouvons obligez, après les grandes
aliénations que nous en avons fait, de recourir aux moyens dont on
peut tirer des secours plus considérables avec moins de charge
pour nos sujets et pour nos finances...
»A ces causes..., nous avons fixé à 500,000 liv. au lieu de
350,000 liv. le prix des charges de président, et celles de nos
advocats généraux à 350,000 liv. au lieu de 300,000 liv.»--Les
nouveaux titulaires payoient le droit annuel sur le prix de
l'évaluation des offices. D'où ce résultat que «les plus hautes
charges de l'Etat ne rapportent pas le denier quarante, et celles
des finances vont à dix et quinze pour cent, sans les autres
facilités qu'elles procurent.»--6e _Mém._ du comte de
Boulainvilliers.
1690.--_Décembre._--Edit du Roi portant création de deux
présidents, quatre maîtres ordinaires, quatre correcteurs, quatre
auditeurs et autres officiers en la chambre des comptes de
Paris.--La charge de premier président est taxée à 550,000 liv. au
lieu de 400,000 liv., celle de président, à 300,000 liv. au lieu
de 200,000 liv., celle de procureur général à 300,000 liv. au lieu
de 250,000 liv.
1691.--_Mars._--Edit du Roi portant création de maîtres et gardes
et de jurez syndics des corps des marchands et des arts et métiers
dans toutes les villes du royaume. Les droicts de marc d'or
desdits offices sont fixez pour la première classe à 30 liv.; pour
la deuxième à 24 liv.; pour la troisième à 18 liv.; pour la
quatrième à 12 liv. En outre, pour les droits de réception, selon
la classe, 15 liv., 12 liv., 9 liv. et 5 liv.; plus, pour le droit
royal rétabli en remplacement du droit domanial supprimé, les
marchands et maîtres des corps et communautés payent 40 liv. pour
la première classe, 30 liv. pour la deuxième, 20 liv. pour la
troisième, 10 liv. pour la quatrième.
1691.--_3 Mai._--«Les marchands bonnetiers se réunissent au bureau
de la communauté, rue des Ecrivains, paroisse
Saint-Jacques-la-Boucherie, pour délibérer sur les moyens de
trouver les fonds de la somme [de 36,000 liv.] que la communauté
doit offrir au Roi pour réunir au profit d'icelle les offices
héréditaires de six maîtres et gardes de la communauté créés,
ainsi que dans tous les autres corps et communautez des marchands
et artisans des villes du royaume par l'édit du mois de
mars...»--Il résulte d'un arrêt du Conseil du Roi en date du 8
mai, que les bouchers, après avoir refusé d'abord, auroient fait
leur soumission.
1691.--_22 Mai._--Extrait des Registres du Conseil d'Etat: ... «Sa
Majesté en son Conseil a ordonné et ordonne que la déclaration du
14 novembre 1689 sera exécutée selon sa forme et teneur; en
conséquence a fait et fait très-expresses inhibitions et défenses
à tous ouvriers de luxe de dorer ou argenter des chandeliers à
branches, girandoles, bras, chenets, grilles, brasiers, bordures
de miroirs, balustres, bois de chaises, tables, bureaux, guéridons
et autres semblables ouvrages...»
1691.--_14 Août._--Déclaration du Roi... «Ceux qui ont acquis
quelque domaine aliéné de bénéfices, communautez, colléges ou
hôpitaux, à la charge d'en remplacer le prix en maisons ou
héritages, seront tenus, à la réquisition des créanciers, d'en
porter les deniers à nostre trésor royal, pour estre employez en
acquisitions de rentes constituées sur l'hostel de nostre bonne
ville de Paris...»
1692.--_Janvier._--Edit du Roi portant création des charges de
surintendant général des postes et relais de France et de grand
maître des courriers... «A l'égard de tous les droits utiles,
profits et revenus appartenant auxdites charges..., nous les avons
unis et unissons à notre domaine pour estre reçus par nos
receveurs avec nos autres revenus, chacun dans leur
généralité.»--Cf. 6e _Mém._ de Boulainvilliers.
1692.--_Février._--Edit du Roi portant création de lieutenants de
S. M. dans toutes les provinces du royaume: «Si l'état florissant
où nous conservons notre royaume au milieu de la plus grande
guerre que la France ait jamais soutenue nous en a fait connoître
les forces inépuisables, le zèle ardent et empressé avec lequel
nos sujets et principalement notre noblesse sacrifient tous les
jours leurs biens et leurs vies nous fait trouver en même temps
notre puissance trop bornée, lorsque, voulant proportionner nos
bienfaits à leurs services, nous voyons à regret que nous manquons
de récompenses à mesure que les raisons d'en donner
augmentent...»--Les lieutenants du Roi ne pourront être remplacés
«sans que celuy auquel nous en aurons donné l'agrément n'ait
actuellement remboursé les sommes que lesdits lieutenants auront
financés en nos coffres...»
1692.--_Février._--Edit du Roi portant création de 200 notaires
royaux dans l'étendue du Parlement de Tournay, etc.
1693.--_17 Mars._--Tarif des droits que le Roi en son conseil veut
et ordonne être payez pour le controlle et enregistrement des
titres et autres actes qui seront reçus à l'avenir dans toute
l'étendue du royaume. Exemples: contrats de mariage, jusqu'à 500
liv., dix sols;--de 500 à 1,000 liv., 20 sols;--de 1,000 à 5,000
liv., 40 sols, etc.
1693.--_8 Mars._--Tarif des droits qui seront payez par les juges
ou officiers de justice des seigneurs qui ne se sont point fait
recevoir ou qui n'ont point esté immatriculez aux greffes de nos
cours ou juridictions. Exemple: les juges des duchés-pairies et
autres justices seigneuriales qui ressortissent immédiatement au
Parlement, chacun 150 liv.; procureurs desdits, 100 liv., etc.
1693.--_16 Juin._--Tarif des droits que le Roi en son conseil veut
estre payez à commencer du 1er juillet prochain par les
communautez des marchands et artisans de la ville et faubourgs de
Paris, pour avoir la faculté d'avoir chez eux des balances,
romaines et fléaux de quelque poids que ce soit. Exemple: chacun
des maîtres de la communauté des épiciers, apothicaires,
grossiers, confiseurs, ciriers, 6 liv.;--merciers, grossiers,
joailliers, 6 liv.;--bouchers, 10 liv.;--boulangers, 3 liv., etc.
1695.--_Janvier._--On lit dans le MERCURE GALANT: «_Enfin_ la
déclaration du Roi pour l'établissement de la capitation a esté
publié. Il y avoit longtemps que cette publication étoit
_souhaitée_, tant le zèle des sujets du Roi est grand pour
contribuer à sa gloire et au bien de l'Etat: en sorte que les
taxes ont paru fort modiques à plusieurs.»
Comme complément de cette curieuse nouvelle, voici un extrait de
la lettre (insérée au _Mercure galant_ de mars 1695) par laquelle
les Etats de Languedoc sollicitent la faveur d'être soumis à la
capitation: «L'Assemblée des Etats de Languedoc a toujours donné
des marques de la passion qu'elle a eue pour le service du Roi et
pour le bien du royaume, en supportant les impositions dont cette
province est chargée; mais elle sent croître cette passion dans le
coeur de ceux qui la composent, en ce temps où les ennemis de
l'Etat se sont faussement persuadé que le zèle des sujets du Roi
peut diminuer ou leurs forces s'épuiser, après le don gratuit de
trois millions qu'elle vient de faire à S. M. et de plusieurs
autres sommes considérables..., elle demande à Sa Majesté qu'il
luy plaise de faire une subvention générale de capitation qui soit
supportée par tous ses sujets, et demande que l'établissement en
soit fait dans la province de Languedoc pendant la guerre...»
1695.--_30 Avril._--Edit du Roi, registré au Parlement, portant
aliénation de douze cent mille livres de rente au denier quatorze
sur l'hôtel-de-ville de Paris.
Nous pourrions multiplier ces extraits; ceux qui précèdent peuvent
déjà donner l'idée des souffrances que l'état de guerre faisoit
supporter au pays.
[96] Messire François d'Argouges, conseiller d'Etat et du Conseil
royal, ci-devant premier président du Parlement de Bretagne,
mourut à Versailles le 16 de ce mois. (_Gazette de France_, 1695:
de Versailles, le 19 août) [quelques jours avant la perte de
Namur.]
Louvois étant mort le 16 juillet 1691, à 51 ans, son troisième
fils, le marquis de Barbezieux, fut nommé secrétaire d'Etat, et
prêta serment le 19 août entre les mains du Roi pour la charge de
chancelier et garde des sceaux qu'avoit son père, le 25 août 1693;
le 12 novembre il épousoit Mlle de Crussol, fille du duc d'Usez et
petite-fille de Montausier. Il mourut à Versailles le 5 janvier
1701, épuisé par une vie de plaisirs, après une courte
maladie.--Lorsqu'il succéda à son père, il avoit 23 ans,
«d'ailleurs nulle expérience, et il eut ordre de ne rien faire
dans l'exercice de sa charge que par l'avis de Chanlay, qui lui
fut donné comme collègue et comme modérateur.» (_Mém._ de l'abbé
Le Gendre, p. 136.)--Voy. sur les griefs du Roi contre lui,
Saint-Simon, _édit._ Hachette en 13 vol. in-12, VIII, 457.
[97] L'auteur veut sans doute parler du tarif imposé au Clergé le
10 juin 1693 pour les droits à payer à l'occasion des mariages,
sépultures, baptêmes, etc.--Voici, par exemple, l'article relatif
aux mariages: bans, 30 sols; fiançailles, 40; célébration du
mariage, 6 liv.; certificat de publication des bans, 5 liv.;
honoraires de la messe de mariage, 30 sols; pour le vicaire, 30
sols; pour le clerc des sacrements, 20 sols; la bénédiction du
lit, tant pour celui qui la fait que pour le clerc qui l'assiste,
30 sols, soit en totalité 20 liv., soit de 60 à 80 francs de notre
monnoie.
[98] Il y a peu de numéros de la _Gazette de France_ de cette
époque où il ne soit parlé des incessantes incursions des Anglois
sur nos côtes; mais nos nombreux corsaires leur faisoient bonne
guerre, et ce que la _Gazette_ enregistre surtout ce sont nos
succès.--Voy. les notes suiv.
[99] Anne Hilarion de Constantin, comte de Tourville, célèbre par
ses actions sur mer, fut fait lieutenant-général des armées du Roi
et vice-amiral du Levant en 1689 (_Gaz. de France_). Souvent
vainqueur des Anglois et des Hollandois, notamment en 1690
(_Gazette_ du 27 juillet), il fut repoussé par les Anglois le 7
juin 1692. Maréchal de France en 1693, il mourut à Paris dans la
nuit du 7 au 8 mai 1701.
[100] _Gazette de France_ du 19 mars 1695: «On a eu avis de
Livourne que les vaisseaux du Roy _le Content_ et _le Trident_,
commandez par le comte du Chalard et le sieur d'Aulnay, avoient
esté attaquez par six vaisseaux de guerre anglois,» et contraints
de se rendre après une résistance désespérée qui ne dura pas moins
de deux jours.
_Gazette_ du 2 juillet (Toulon, 19 juin) 1695.--«Les ennemis ne
paroissent plus sur nos costes, et on a appris que leurs grands
préparatifs et une flotte si nombreuse n'ont abouti jusqu'à
présent qu'à transporter en sûreté quelques troupes en Catalogne.»
_Gazette_ du 17 septembre (Marseille, 5 septembre) 1695.--«L'armée
navale des alliez, après avoir jeté inutilement 2,500 bombes dans
Palamos, partit le 27 du mois dernier et parut le 30 devant Toulon
avec environ cent bastimens, parmy lesquels il y avoit 55
vaisseaux de guerre ou frégates.»--A Toulon, à la Ciotat, à
Marseille et dans les autres ports de la côte, le maréchal de
Tourville, en Provence le comte de Grignan prirent toutes les
mesures nécessaires pour empêcher le débarquement des ennemis qui,
fort heureusement, furent éloignés par une tempête.
[101] Voy. ci-dessus, p. 133, note 54.
[102] Il n'étoit point question, à cette époque, de taxer les
filles de joie, mais de les retirer du vice. C'est alors, en
effet, que Mme de Combé, hollandoise de nation, fonda le Bon
Pasteur, qui, après des commencements modestes, fut définitivement
établi en 1698. Voy. Delamare, _Traité de la police_, I, 530 et
suiv.
[103] Ce qu'on reprochoit surtout à Pomponne c'étoit sa
négligence; l'abbé Le Gendre dit qu'il «laissoit quelquefois des
dépêches deux ou trois jours sans les ouvrir. On disoit encore
qu'il faisoit part aux jansénistes de tous les secrets de l'Etat,
qui étoient son conseil, et qu'il ne faisoit rien par lui-même.»
Ce fut là la cause avouée de sa destitution, mais «la principale
peut-être fut que son emploi faisoit envie à M. Colbert qui étoit
bien aise de l'exercer sous le nom de son frère de Croissy, à qui
il le fit tomber.» (_Mém._ de l'abbé Le Gendre, pp.
137-138.)--Voir les _Mém._ de Louis XIV, édit. Dreyss.
[104] Sur Harlay de Champvalon, archevêque de Paris, voy. la
table.
[105] Grande question que la question des siéges. Chez le Roi ou
la Reine, les duchesses seules et les femmes d'ambassadeur avoient
les honneurs du tabouret. Dans le monde, les femmes de qualité
pouvoient avoir des fauteuils; mais une femme plus qualifiée,
comme la duchesse de La Meilleraie, par exemple, lorsqu'elle étoit
à Nantes dans le gouvernement de son mari, s'asseyoit volontiers
sur le dossier de son fauteuil pour être plus élevée que les
autres dames. On se rappelle la colère de la comtesse
d'Escarbagnas contre Criquet, son laquais, qui, lorsqu'elle lui
dit d'approcher un siége pour M. Thibaudier, apporte une
chaise.--«Un pliant, petit animal,» lui dit-elle tout bas. M.
Thibaudier n'est que conseiller. Voici un passage bien curieux
tiré de _Polyandre_, histoire comique (1648), attribué à Ch.
Sorel; il nous conduit au bal chez un riche financier: «... Force
chaises et tabourets avoient esté mis partout. Les dames et les
demoiselles les plus qualifiées estoient assises au premier rang,
et il y avoit quelques femmes que la beauté et la jeunesse
mettoient à l'égal des filles. Elles faisoient plus d'un demi
cercle, qui laissoit de l'espace pour danser, et derrière il y
avoit des dames plus âgées qui, par leurs ajustemens et leur
contenance estudiée, témoignoient qu'elles prétendoient encore à
la bonne mine et qu'elles ne pensoient point estre au rebut.
Quelques hommes estoient assiz en confusion parmy elles, et vers
la porte il y en avoit une grosse foule qui estoient debout. _Les
plus galands_, refusans des chaises, _quoy qu'ils fussent gens de
condition_, estendoient leurs manteaux par terre et s'alloient
coucher aux pieds des belles dames, où ils se trouvoient encore
trop honorez, et tantost les uns, tantost les autres estoient pris
pour danser,» pp. 178-180.--Voy. l'_Introduction_ à notre édition
du _Dict. des Prétieuses_, de Somaize (Bibl. elzev.), et la
préface de notre ouvrage _Précieux et Précieuses_, 1 vol. in-8º.
Paris, Didier.--Voy. aussi dans les _Mémoires_ de Louis XIV le
refus d'une «chaire à dos» sollicitée par Monsieur, pour Madame,
et les motifs de ce refus.
[106] L'Evêque de Noyon étoit de la famille de Clermont-Tonnerre.
Saint-Simon a fait connoître la vanité de ce prélat, qui couvroit
de ses armoiries tous les murs de son évêché, qui étaloit à une
place d'honneur un tableau généalogique où on le faisoit descendre
en même temps des empereurs d'Orient et des empereurs d'Occident,
etc. Il a raconté son admission, par ordre du Roi, à l'Académie
françoise où un discours amphigourique et emphatiquement
louangeur, malignement prononcé à sa réception par l'abbé de
Caumartin, fit de lui la risée de la Cour. «M. de Paris ne
l'aimoit point. Il y avoit longtemps qu'il avoit sur le coeur une
humiliation qu'il en avoit essuyée; il n'étoit point encore duc et
la Cour étoit à Saint-Germain, où il n'y avoit point de petites
cours comme à Versailles. M. de Noyon, y entrant dans son
carrosse, rencontra M. de Paris à pied; il s'écrie, M. de Paris va
à lui et croit qu'il va mettre pied à terre; point du tout; il le
prend de son carrosse par la main et le conduit ainsi en laisse
jusqu'aux degrés, toujours parlant et complimentant l'archevêque,
qui rageoit de tout son coeur. M. de Noyon, toujours sur le même
ton, monta avec lui et fit si peu semblant de soupçonner d'avoir
rien fait de mal à propos que M. de Paris n'osa en faire une
affaire; mais il ne l'en sentit pas moins.» Premier grief; en
voici un second: «Cet archevêque... s'étoit mis peu à peu
au-dessus de faire aucune visite aux prélats, même les plus
distingués, quoique tous allassent souvent chez lui. M. de Noyon
s'en piqua et lui en parla fort intelligemment. C'étoient toujours
des excuses. Voyant que ces excuses durèrent toujours, il en parla
si bien au Roi qu'il l'engagea à ordonner à M. de Paris de l'aller
voir. Ce dernier en fut d'autant plus mortifié qu'il n'osa plus y
manquer aux occasions et aux arrivées.»--Un troisième grief, c'est
que Monseigneur de Harlay avertit charitablement M. de Noyon du
ridicule que le discours de l'abbé de Caumartin avoit jeté sur
lui. Tous ces petits événements sont de l'année 1694, à la veille
de l'Assemblée du Clergé. Quel nouveau conflit vit-on éclater dans
l'Assemblée entre les deux prélats si hautains? Ni Dangeau, ni
l'abbé Le Gendre n'en ont parlé; mais on les devine. Saint-Simon
parlant des dégoûts qui assaillirent Monseigneur de Harlay dans
ses dernières années, ajoute que «les chagrins de cette assemblée
l'achevèrent.» Le 6 août, on le trouva mort, étendu sur un canapé
dans sa maison de Conflans... «M. de Noyon eut son cordon bleu.»
[107] L'abbé de Caylus, frère du chevalier de Caylus qui épousa
Mlle de Villette, fille du cousin-germain de Mme de Maintenon. Il
devint évêque d'Auxerre, après avoir été aumônier du Roi; il avoit
refusé l'évêché de Toul.
[108] Les Cordeliers dits du Grand Couvent avoient leur maison
dans la rue de l'Observance, quartier du Luxembourg. Les
Cordeliers de l'_Ave Maria_ avoient leur couvent, rue des Barres,
quartier Saint-Paul, et les Cordeliers, sans épithète, rue de
Lourcine, quartier de la place Maubert.
[109] «La dispute du quiétisme est une de ces intempérances
d'esprit et de ces subtilités théologiques qui n'auroient laissé
aucune trace dans la mémoire des hommes sans le nom des deux
illustres rivaux (Bossuet et Fénelon) qui combattirent.» (_Siècle
de Louis XIV._)--Mme Guyon, la fondatrice illuminée de cette
hérésie mort-née, s'étant mise, d'après le conseil de Fénelon,
entre les mains de Bossuet, regardé comme un père de l'Eglise,
l'Evêque de Meaux s'associa, pour l'examen de ses oeuvres,
l'Evêque de Châlons, depuis cardinal de Noailles, et l'abbé
Transon, supérieur de Saint-Sulpice. Ils s'assemblèrent
secrètement à Issy. L'Archevêque de Paris, jaloux que d'autres que
lui se portassent pour juger dans son diocèse, fit afficher une
censure publique des livres qu'on examinoit. (_Ibid._)
[110] Ces trois livres étaient les ouvrages de Mme Guyon et
peut-être la _Guide spirituelle_ de Molinos.
[111] Il étoit d'usage que les militaires et les valets prissent
ainsi des noms de guerre. Nous avons sous les yeux un modèle du
Registre journal du Directeur d'un hôpital militaire; la septième
colonne est destinée aux «noms de fiefs des officiers et aux noms
de guerre des soldats.» Nous y relevons les sobriquets de Va de
bon coeur, la Joie, la Grandeur, Boitout, le Tapeur, la Valeur,
Tope à tout, etc.
[112] Mme de Maintenon, née en 1636 (voy. t. III) avoit alors 59
ans.
[113] Bernier, chirurgien, nous est inconnu. Il ne peut être
question, en effet, du célèbre médecin voyageur, François Bernier;
celui-ci étoit mort en 1688. Peut-être s'agit-il de Jean Bernier,
auteur d'une Histoire de la Médecine et des Médecins (1688 et
1693); mais il n'étoit pas chirurgien du Roi.
[114] «On prend enfin ce mot _mareschal_ pour un médecin de
chevaux..., et Nicot dit que ces mareschaux avoient soin des
chevaux du Roy, à la manière des Empereurs romains qui tenoient un
médecin pour leurs chevaux, qui, après, parvenoient à de plus
grands emplois. Ainsi Virgile fut médecin des chevaux d'Auguste et
puis son favory. Et M. Heroart fut médecin des chevaux du roy
Louis XIII, et après il le fut du Roy mesme.»--(Borel, _Trésor des
recherches et antiquités françoises_. In-4º, 1655.)
[115] C'étoit le langage de la Reine parlant de Mme de Montespan:
«Il lui échappoit souvent de dire: cette pute me fera mourir.»
(Saint-Simon.)
[116] Furetière admet la locution: «Saigner le pied en l'eau» et
c'est ainsi sans doute qu'il faut lire.
[117] Le louis d'or valoit alors 12 liv., soit 60 fr. de notre
monnoie; ordinairement, le prix de la visite des médecins étoit
d'un petit écu. Voy. le _Trio de la Médecine_, de l'abbé
d'Aubignac. Les chirurgiens et les apothicaires étoient moins bien
traités; cependant, quand maître François du Tertre faisoit au Roi
une saignée au bras, il touchoit 300 liv., et 600 liv. pour une
saignée au pied.
[118] Je vous _quitte_, pour _je vous tiens quitte_. Le _Dict._ de
Furetière donne ce sens qu'on ne trouve pas dans Richelet. Les
lexiques de la langue de Corneille par M. Godefroy et par M.
Marty-Laveaux ne le relèvent pas; mais le lexique de la langue de
Mme de Sévigné (_Collect._ des Grands Ecrivains) en cite plusieurs
exemples: «Je vous quitte de la peine de me répondre,» etc.
[119] Saint-Malo étoit d'autant plus exposé qu'il étoit plus
redoutable aux ennemis. On lit dans la _Gazette_: «de Paris le 12
janvier 1692: «on a reçu avis que les armateurs, principalement
ceux de Saint-Malo, continuoient d'amener incessamment un grand
nombre de prises.
«2 février.--Deux vaisseaux du Roi, l'un de 20; l'autre de 26
pièces de canon, attaquèrent le 24 du mois dernier à la hauteur de
Jersey deux anglois, l'un de 50 et l'autre de 60 pièces de canon:
après six heures de combat ils les obligèrent à se retirer assez
maltraitez.»
Les années suivantes, Saint-Malo fut bombardé deux fois par les
Anglois, le 26 novembre 1693 et le 14 juillet 1695. (Cunat,
_Saint-Malo et ses marins_.) Le _Mercure galant_ (vol. de juillet)
contient, de la p. 262 à la p. 275, un Journal du bombardement de
Saint-Malo, avec des extraits de lettres sur le même sujet, de la
page 275 à la page 280. A la fin de l'hiver précédent, les
habitants qui se rappeloient le bombardement de 1693 et qui ne
prévoyoient pas celui qu'ils devoient subir, sans en souffrir
d'ailleurs, au mois de juillet suivant, avoient multiplié chez eux
les divertissements; un ballet, _le Retour des plaisirs_, dont la
musique avoit été faite par le maître de musique de la cathédrale,
fut dansé; à la seconde entrée, un choeur de Malouins chantoit
devant Neptune:
Désormais sur ces bords vivons sans épouvante;
Neptune a de l'Anglois repoussé la fureur.
[120] Probette, boussole. Vieux mot que n'ont recueilli les
dictionnaires ni de Nicot, ni de Cotgrave, ni de Monet, ni de
Joubert, ni les dictionnaires flamand-françois de 1618 ou de 1634,
ni le dictionn. françois-italien de 1648, etc.
[121] «_Maletoulte_, c'est-à-dire extorsion, imposts
extraordinaires, et _maltoutiers_ sont ceux qui lèvent ces
imposts. Ce qui vient du mot _tollir_, c'est-à-dire oster. Ce nom
fut donné à l'impost de 1296, selon M. Bignon sur Marculphe. D'où
vient que _maletoste_, selon Ragneau, veut dire tout subside
extraordinaire.» (Borel, _Thresor de Recherches_.)
[122] L'Empereur d'Allemagne était alors Léopold Ier, qui succéda
en 1657 à Ferdinand III, mourut en 1705 et laissa le trône à
Joseph Ier.
[123] Dans l'édit. que nous reproduisons, le texte suit, divisé
par _Entretiens_; dans une édition postérieure, l'_Entretien_
XVIII est précédé d'un nouveau titre et des mots «seconde partie»,
qui ne semblent pas motivés.
[124] Jacques-Henri de Durasfort, duc de Duras, chevalier des
trois ordres du Roi, gouverneur de Besançon et du comté de
Bourgogne, capitaine des gardes du corps, fut nommé maréchal de
France le 30 juillet 1675. Il avoit épousé Marguerite Félice de
Lévis Ventadour, dont il eut un fils. Sa terre de Duras en Guyenne
avoit été, dès 1668, érigée en duché avec cette clause que, faute
d'hoirs mâles, cette terre reprendroit son ancienne qualité et ne
retourneroit pas à la Couronne. Les lettres ne furent vérifiées en
parlement que le 1er mars 1689.--Son frère Guy de Durasfort, fut
duc de Lorge et aussi maréchal de France. Des filles de ce
dernier, l'une épousa le duc de Saint-Simon, l'auteur des
_Mémoires_, l'autre le duc de Lauzun.
[125] M. de Brissac, major des gardes du corps, chevalier de
Saint-Louis depuis la fondation de l'ordre en avril 1693, étoit
lieutenant-général depuis le mois de mars de la même année. Il
étoit gouverneur de Guise. Saint-Simon fait de lui «un fort simple
gentilhomme tout au plus, qui n'étoit ni ne se prétendoit rien
moins que des Cossé... C'étoit de figure et d'effet une espèce de
sanglier, qui faisoit trembler les quatre compagnies des gardes du
corps, et compter avec lui les capitaines, tout grands seigneurs
et généraux d'armée qu'ils étoient... Il s'étoit acquis toute la
confiance du Roi par son inexorable exactitude... Avec tout
l'extérieur d'un méchant homme, il n'étoit rien moins, mais
serviable sans vouloir qu'on le sût.»--Voir à la suite dans
Saint-Simon le récit du tour qu'il joua aux fausses dévotes de la
Cour. Elles attendoient le Roi au Salut, toutes munies d'une
petite bougie qui éclairoit leur livre pour elles, et leur visage
pour le Roi. Brissac ayant dit tout haut aux gardes de se retirer,
les bougies s'éteignirent et les dames quittèrent la chapelle. Le
Roi arriva peu après, et rit beaucoup lorsqu'il apprit pourquoi
l'église, ordinairement trop petite, étoit déserte ce soir-là.
«Toutes ces femmes auroient voulu l'étrangler.»
[126] Les pages de la Chambre appartenoient à de très-bonnes
familles nobles du royaume; en échange des services qu'ils lui
rendoient, le Roi se chargeoit de leur éducation et de leur
avenir. Il a daigné leur consacrer une page de ses _Mémoires_. On
lit dans l'_Etat de la France_ de 1669: «Le Roi entretient
vingt-quatre pages de sa Chambre toute l'année, dont chacun des
quatre premiers gentilshommes a six; et Sa Majesté leur entretient
des maîtres sur tous les exercices convenables à des personnes de
qualités. Les Pages entrent avec la garde-robe le matin et le soir
dans la chambre du Roi pour donner les mules à Sa Majesté.»--En
outre, la grande écurie avoit 55 pages, bien qu'il n'y eût de
fonds que pour 19; ils avoient un gouverneur, un sous-gouverneur,
un aumônier, un précepteur. On leur enseignoit les exercices de
guerre, la carte (géographie), la musique, la danse; la petite
écurie avoit 21 pages, dont deux à la vénerie, élevés dans les
mêmes conditions.
[127] Le duc d'Orléans, frère du Roi.
[128] Sur l'évêque de Noyon, voyez ci-dessus, page 182, _note_
106.
[129] L'île de Tendresse appartient à la géographie des
précieuses, comme ce pays de l'Amour-propre où La Rochefoucauld
dit qu'il reste beaucoup de terres inconnues. Il existe un livre
italien fort singulier, intitulé: «_della Geografia trasportata al
morale_, del Padre Daniello Bartoli, della compagnia di Giesù.
Milano, 1665.» 1 vol. in-18. L'auteur, dans les Iles Fortunées
voit les espérances de Cour; dans les cataractes du Nil, le
domaine des grands parleurs qui assourdissent ceux qui les
écoutent; dans le mont Parnasse, la vie insensée de qui chante sur
autrui et pleure sur soi-même, etc. Chaque pays est le sujet d'un
long chapitre, bourré de citations et de préceptes moraux
empruntés à toute l'antiquité.
[130] Voyez ci-dessus, page 144, note 63.
[131] Le maréchal de Villeroy avoit confié à M. de Montal la
direction du siége de Dixmude. François de Neufville, duc de
Villeroy et de Beaupreau, pair et maréchal de France, étoit fils
de Nicolas, duc de Villeroy, aussi maréchal de France, et de
Magdelaine de Créqui. Nommé chevalier des ordres en 1688, maréchal
de France en 1693, il étoit alors commandant de l'armée de
Flandres. Il dirigea en personne le bombardement de Bruxelles,
malgré une armée de 25,000 hommes, et continua longtemps encore
ses succès militaires, interrompus cependant en 1702, qu'il fut
fait prisonnier à Crémone. Malgré la perte de la bataille de
Ramilies, en 1706, il conserva la confiance du Roi, et fut nommé,
en 1714, ministre d'Etat, chef du Conseil royal des finances;
après la mort de Louis XIV, il fut nommé gouverneur du jeune roi
Louis XV.
[132] «En vous apprenant le siége de Dixmude, je vous apprends en
même temps sa prise [après 36 heures de tranchée], dit le _Mercure
galant_ de juillet 1695. M. de Blanchefort en apporta la nouvelle
au Roi le 30 de ce mois. M. de Montal en a fait le siége... Après
quelques contestations, le gouverneur consentit à se rendre
prisonnier de guerre avec toute la garnison, montant environ à
5,300 hommes... J'apprends en ce moment qu'aussitôt après la prise
de Dixmude, Deinse ouvrit ses portes aux troupes du Roi, et qu'il
y avoit dans la place cinq régiments faisant environ 2,500 hommes
qui se sont rendus prisonniers de guerre.»
[133] C'est ainsi que Citois, médecin de Richelieu, lui ordonnoit
parfois de prendre deux ou trois drachmes de Bois-Robert: _Recipe
Bois-Robert_.
[134] Erizzo, ambassadeur de Venise, étoit reçu en audience le
mardi, comme tous les ministres étrangers. Le 15 octobre 1695, la
_Gazette de France_, d'accord avec Dangeau, rapporte que le Roi
lui accorda le 5 du même mois une faveur sans précédent: il donna
une audience à sa femme: «le Roi étoit debout auprès de sa table,
dit Dangeau, et, dès qu'il vit l'ambassadrice, il avança deux ou
trois pas à elle et la baisa; et après quelques compliments qu'ils
se firent, toujours debout, l'ambassadrice se retira.»
Saint-Simon, dans ses notes sur Dangeau, donne les règles
d'étiquette ordinairement suivies dans des occasions analogues.
Quatre jours après, le dimanche 9 octobre «le Roi tint sur les
fonts de baptême la fille du sieur Erizzo. Sa Majesté la nomma
Louise, Madame fut la marraine, et la cérémonie fut faite dans la
chapelle du château par le cardinal de Bouillon, grand aumônier de
France. Le Roi et la Reine d'Angleterre y assistèrent.» (_Gazette
de France._)
Erizzo ne se montra pas reconnoissant de ces faveurs répétées. Le
jeudi 13 avril 1700, il arriva, dit Dangeau, un courrier de Rome
envoyé par le cardinal d'Estrées, notre ambassadeur, pour rendre
compte de ses démêlés avec Erizzo, qui continuoit à Rome contre
lui les démêlés commencés en France; il avoit même fait un écrit
très-offensant contre le cardinal d'Estrées dont le Roi approuvoit
la conduite (Dangeau).
[135] «_Mercredi, 27 juillet 1695._--On a eu nouvelle que les
Vénitiens dans la Morée ont repoussé les Turcs...; l'ambassadeur
en doit venir donner part au Roi mardi prochain.--_Lundi 19
septembre_: Il court un bruit que les Vénitiens ont gagné un
grand combat naval contre les Turcs dans les mers de Chio,
qu'ils ont fait 6,000 prisonniers et entre autres l'amiral
Turc: les nouvelles de ce pays-là méritent confirmation.»
(Dangeau).--Dangeau ne dit rien des sentiments du Roi sur ce
sujet; la _Gazette_ raconte les faits avec une indifférence
marquée; il semble cependant qu'on peut lui reconnoître quelque
partialité en faveur des Turcs.
[136] Voyez page 138, note 60.
[137] La duchesse de Chartres, Mme la duchesse (de Bourbon-Condé),
et la princesse de Conti ajoutoient à leur nom _légitimée de
France_. La princesse seule conserva cette addition, que les
autres supprimèrent pour signer comme les princesses du sang. Elle
ne perdoit point une occasion de faire sentir aux deux autres
princesses qu'elle seule avoit une mère connue et nommée.
(_Mémoires_ de Saint-Simon, 1696.)--Elle assista à la mort de Mme
de La Valière, et obtint du Roi la permission d'en porter le
deuil.
[138] Portant l'aigrette des chevaliers du pays de Cornouailles.
[139] Entre deux toiles, comme les braconniers qui font usage du
drap de mort.--Entre deux draps.
[140] La _Gazette de France_ du 4 juin 1695 dit: «Le 29 du mois
dernier, le sieur Pierre Mignard, premier peintre du Roi, fameux
par beaucoup d'excellents ouvrages, mourut en cette ville (Paris),
âgé de 84 ans.»--Dangeau: «_Dimanche, 29 mai_: le bonhomme Mignard
mourut à Paris; il avoit 84 ans; il étoit premier peintre du Roi,
charge qui vaut 12,000 francs et des logements; les ouvrages qu'il
faisoit présentement étoient les plus beaux qu'il eut faits de sa
vie.»--La charge de premier peintre fut supprimée par Louis XIV;
mais à sa mort, le Régent la rétablit en faveur de Coypel, honoré
précédemment du titre de premier peintre de Monsieur.
[141] Ce tableau ne figure pas dans la liste des tableaux de
Mignard.
[142] «Mignard ayant eu ordre alors de faire les portraits de la
famille royale, peignit dans le même tableau Monseigneur, Madame
la Dauphine et les trois princes leurs enfants... Il a été gravé
avec ces vers de Santeul:
Aspice venturos futura in sæcula Reges;
Gallia, quondam orbis sentiet esse suos.
Dans ces jeunes héros dont l'auguste naissance
Promet cent miracles divers,
Tu vois tes Rois, heureuse France,
Et peut-être y vois-tu ceux de tout l'Univers.
(_Vie de Mignard_, par l'abbé de Monville, Paris, 1730,
in-12, p. 137.)
[143] Voyez la table.
[144] «Revenu à Avignon, Mignard y trouva Molière... Pendant le
temps que Mignard y passa encore avec son frère, il fit une
Lucrèce pour un conseiller au Parlement de Grenoble.» (_Vie de
Mignard_, pp. 56-57.)--C'est sans doute ce tableau qui passa aux
mains de Mme de Lislebonne.
[145] Le comte de Sainte-Maure étoit en grande faveur auprès de
Monseigneur qui, d'après Saint-Simon, lui donna un jour jusqu'à
2,000 louis, à la prière de la princesse de Conty, pour payer ses
dettes de jeu. Voy. t. III, p. 197.
[146] Le maréchal de Luxembourg étoit mort le 4 janvier 1695, peu
regretté du Roi, qui ne l'aimoit point, dit Saint-Simon, et qui
lui refusa ce qu'il lui demanda à son lit de mort.
[147] Les éloges donnés au prince d'Orange et au prince de
Vaudemont, ennemis de la France, dénotent l'origine de ce libelle.
Guillaume Henri de Nassau, prince d'Orange, fils de Guillaume,
prince d'Orange, et de Marie d'Angleterre, laquelle étoit fille de
Charles Ier et de Henriette Marie de France, se distingua dans
toutes les guerres dirigées contre la France. Battu en 1672 à
Charleroy par le comte de Montal, en 1674 à Senef par le prince de
Condé, à Cassel en 1677 par Monsieur, en 1678 près de Mons, en
1691 à Leuse, en 1692 à Steinkerque, en 1693 encore à Steinkerque,
toujours par le maréchal de Luxembourg, il fut, à plusieurs
reprises, forcé de lever des siéges entrepris contre nos armées.
Il mourut le 19 mars 1703.
[148] Charles Henri, légitimé de Lorraine, prince de Vaudemont, né
en février 1649, étoit fils de Charles IV de Lorraine et de Mme de
Cantecroix, frère aîné de Mme de Lislebonne, dont il a été parlé
ailleurs. Il avoit épousé, le 27 avril 1669, Anne-Elisabeth de
Lorraine d'Elbeuf.
[149] Nous saisissons ici l'occasion de protester contre la
prétendue influence que Mme de Maintenon auroit eue dans la
conduite des affaires de l'État; sa situation auprès de Louis XIV,
qui voulut toujours être maître absolu, auroit été impossible si
elle eût voulu le diriger; les écrivains protestants eux-mêmes
(_Bulletin de la Société du protestantisme_) reconnoissent
aujourd'hui qu'elle n'eut aucune part à la révocation de l'Édit de
Nantes, où l'on ne fit que codifier des édits et ordonnances dont
beaucoup étoient antérieurs à son entrée à la Cour. Il suffit
d'ailleurs de lire ses oeuvres pour arriver à cette conviction
d'abord qu'elle n'étoit pas bigotte, ensuite qu'elle étoit à peine
assez catholique pour n'être pas protestante. En effet, elle
conseilloit à ses jeunes élèves de Saint-Louis de soulager leur
mère dans les soins du ménage plutôt que d'aller à la messe,
excepté le dimanche; ce jour-là même, elle les dispensoit,
lorsqu'elles seroient dans leurs familles, d'assister aux vêpres:
ce qui n'est pas d'une bigotte;--elle n'admettoit ni le culte de
la Vierge ni le culte des Saints: et ceci rappelle plutôt sa
première éducation, toute protestante, que les leçons du couvent.
POST-SCRIPTUM.--La feuille qui contient les premières pages de la
pièce qui précède étoit tirée, lorsqu'un mot, qui nous avoit
échappé dans le _Journal_ de Dangeau, est venu nous apprendre
qu'il existoit un abbé du Troncq, «neveu de Bontemps». La parenté
de Mlle du Troncq avec Bontemps nous étoit ainsi révélée, et, bien
que l'auteur du pamphlet soit le seul écrivain de l'époque qui ait
parlé de la passion tardive du Roi pour cette jeune fille, nous y
avons vu une preuve de plus qu'il étoit très-bien renseigné.
L'amourette elle-même est peut-être fausse, peut-être vraie; en
l'absence de renseignements qui confirment les dires du
pamphlétaire, nous n'osons ni la nier ni l'affirmer; mais il est
certain, et nos notes en font foi, que tous les détails groupés
autour du sujet sont d'une rigoureuse exactitude.