Mme DE MAINTENON.--Non, Monsieur; il y a tant d'honnêtes gens qui le
sont, que rien n'est plus à la mode. Combien avons-nous de princes, de
comtes et de ducs, qui ne se font pas un déshonneur de dire: ma mère fut
autrefois la maîtresse du Roi, ou celle du Dauphin, ou celle de
l'Empereur[137].
M. BONTEMS, _s'éclatant de rire_.--Sur ma foi, Madame, vous êtes
admirable en raisons convaincantes; les maris aux aigrettes n'ont qu'à
venir chez vous pour recevoir des consolations sur la démangeaison de
leur front; mais quant à moi, toute la plus belle rhétorique du monde ne
pourroit me persuader de bonheur de ce côté-là.
Mme DE MAINTENON.--Monsieur, changeons de thèse, et concluons
que mademoiselle du Tron ne se mariera jamais, ou bien elle fera son
époux de l'ordre des Chevaliers à la Crète[138].
M. BONTEMS.--Tant pis pour elle, Madame; je ne veux point me mêler des
affaires de Cour. Mais quittons la place, je vois venir monseigneur le
Dauphin avec madame la princesse de Conty.
Mme DE MAINTENON.--Mon Dieu, que je hais cette femme! Je vous prie,
Monsieur, de lui dire que je ne suis point à Meudon.
M. BONTEMS.--Je le ferai, Madame, si elle me le demande; mais de
l'humeur qu'elle est, vous savez qu'elle ne s'en souciera point du tout.
Mme DE MAINTENON.--Cela m'est fort indifférent; je me soucie aussi
peu d'elle qu'elle se soucie de moi. Adieu, je vous quitte; je la laisse
avec son Dauphin aller à la chasse entre deux toiles[139].
M. BONTEMS, _faisant un signe de croix_.--Ah! Madame, que dites-vous là?
la pauvre Princesse n'y pense pas.
Mme DE MAINTENON, _en riant_.--Je crois qu'elle n'y pense que quand
elle s'y trouve, ou quand la bête est dans ses filets.