[80] Doit-on lire _ɑboû-hou_ (son père)? ou bien _hou-ɑbdɑn_ (lui

esclave). Rien n’est distinct par ponctuation: _ɑbdɑn_ est-il

par _aïn_ ou _alef_?

[81] _râ-djou-lin_ est-il le duel, est-il le pluriel? voilà trois

équivoques.

[82] _lɑ hou_, encore une équivoque: ou peut croire _non ille_,

au lieu de _illi_ (_non lui_, au lieu de _à lui_).

ORTHOGRAPHE NOUVELLE.

_fɑ iɑqωlͧ zɑidͦͧ b’ ɐl i: ωɑ ʐɑlekͣ χɑṯɑͦⁿ_:

Nam dicit Zaïd per _ï_: et istud peccatum:

_hωͣ zɑndͦⁿ b’el_ n: _ωɑ hωͧ kωfiͦͧ, ɑsωɑdͦͧ, mωlͣⁿ_

ipse Zandus per _n_: et ipse Cuficus niger libertus

_libanͥ-asɑdͤⁿ: kanͣ abω-hͧ ăbdͣⁿ l’ roɠůlͤⁿ_

(fuit) Liban-Asadi: fuit pater ejus servus homini

_men hom: ïůq_a_lͦ l’hω fɑsafisͣ_.

ex illis: dicitur illi (nomen) Fasafes.

C’en est assez sur ce chapitre: tout lecteur touche au doigt et à l’œil

les vices nombreux de la vieille méthode; mieux il connaîtra le texte

arabe, mieux (j’ose le dire), il appréciera la combinaison de mes

moyens pour le figurer. Je demande la permission de l’appliquer encore

aux lectures vulgaires du _Pater Noster_ en arabe, et même en hébreu.

Je les puise dans la collection célèbre qu’en a faite le docteur

_Chamberlayne_ (Amsterdam, 1715), ouvrage surpassé sans doute par des

successeurs rivaux, quant au luxe typographique, mais non quant au

mérite du savoir.

Chamberlayne cite d’abord, page 8, une lecture qu’il dit venir d’un

moine _allemand_, élève de la propagande, lecture qui aurait passé

par les mains du savant français _La Croze_: ces circonstances sont

utiles pour apprécier l’orthographe. On va remarquer que cette lecture,

prise dans les missions de _Mésopotamie_ et de _Syrie_, ressemble

bien plus à la mienne que celle du docte _Erpenius_, sans doute parce

que le moine allemand et moi nous avons écrit d’après un même modèle

vivant qui a frappé notre oreille des mêmes sensations; tandis que le

_hollandais Erpenius_, opérant sur un modèle _mort_, c’est-à-dire sur

l’_arabe ancien_ et _littéral_, tombé en désuétude, comme le _grec_

et le _latin_, et comme eux défiguré par des grammairiens de diverses

nations, a copié et mêlé leurs signes orthographiques sans en connaître

les valeurs. (Voyez ci-à côté le tableau A, intitulé: _Texte arabe et

lecture vulgaire_, _Chamberlayne_, _page 8_.)

Maintenant si nous confrontons l’arabe ancien et littéral selon

Erpenius, page 7 de Chamberlayne, on va remarquer une bien plus grande

différence de lecture ou d’orthographe, et cependant les lettres et les

motions sont à peu de chose près les mêmes. (Voyez au _verso_, p. 200.)

PATER NOSTER EN ARABE VULGAIRE. TEXTE ARABE ET LECTURE VULGAIRE.

Lecture de VOLNEY. Voyez CHAMBERLAYNE, page 8.

‏ ابونا الّذى فى السّموات‎

_abuna elladhi fi[84] ssamwat._

_abω na èllɑȥi fi el sɑmɑωat_

père (à) nous lequel (es) dans les cieux

يتقدّس اسمك

_jetkaddas esmac._

_iɑtqɑddɑs esm-ɑk_

sanctifié (soit ou est) nom (à) toi

‏تاتى ملكوتك

_tati malacutac._

_tâṯî mɑlkωt-ɑk_

vienne règne (à) toi

‏تكون مشيتك كما فى السّما كذلك على الارض‎

_tacuri[85] machiatac, cama fi-ssama[86]

kedhalec ala[87] lardh_.

_tɑkωn mɑſit-ɑk kɑma kɑmɑ fi el sɑma keȥɑlec ălä èl arḏ_

soit (ou est) volonté (à) toi comme dans le ciel de même

sur la terre

‏ اعطنا خبزنا كفاتنا يوم بيوم‎

_ aatina chobzena kefatna iaum be iaum_.

_aăt-nɑ χobz-na kefat-na ïωm bïωm_

donne (à) nous pain (à) nous suffisant (à) nous jour par

jour

واغفر لنا ذنوبنا و خطايانا كما نغفر نحن لمن اسآلينا‎

_wogforlenadonubena[88] wachatiana, ama

nogfor nachna lemanaça[89] deina_.

_ωɑ eģfor lena ḑonωb-nɑ ωɑ χɑtɑïa-na kɑma neģfor nɑɦnɑ

lémɑn asa èlɑina_

et pardonne à nous fautes (à) nous et péchés (à) nous

comme nous pardonnons nous à qui a nui envers nous

‏و لا تدخّلنا فى التجاريب‎

_wala tadachchalna fi[90] hajarib_.

_ωɑ la tɑdɑχχel-na fi el teɠarîb_

et ne fais entrer nous dans les épreuves

لكن نجّنا من الشرير‎

_laken nejjina me[91] nnescherir_.

_lɑken nɑɠɠinɑ men èl ſɑrîr_.

mais délivre-nous du malin (esprit)[83]

[83] Dans le latin, le mot _malo_ laisse équivoque si c’est le

substantif _mal_, ou l’adjectif _malin_: cette équivoque n’a

point lieu en arabe, non plus qu’en français; le sens précis

est l’adjectif: délivrez-nous du _malin_, c’est-à-dire du

mauvais génie (_Daimon_, _Satan_). Il est vrai que l’arabe est

une traduction; mais le texte original, qui n’a pu être que le

syriaque, langue des apôtres, se sert de l’adjectif _mɑl di

bèſa_, du _malin_, et non pas _di biſ_ du _mal_. L’hébreu n’est

d’aucun poids, puisqu’il est lui-même une traduction tardive.

[84] Deux ss comme pour sâd et l’article _el_ supprimé.

[85] _tacuri_, au lieu du texte écrit _takon_.

[86] _kedhalec_; en ce mot, deux lettres diverses _k_ et _c_ pour

la même lettre arabe _kef_.

[87] Le texte dit _el ardh_, la terre. Comment deviner _lardh_?

[88] _donub-na_: le _d_ n’est point distinct de _zal_, et le _e_

ne peut avoir lieu.

[89] _deina_ au lieu de _eleina_, faute grave.

[90] Suppression de l’article _el_. _hajarib_ au lieu de

_tajarib_.

[91] Séparation vicieuse du mot _men_, et suppression de

l’article _el_.

Nº VII. Face à la page 170.

ARABE LITTÉRAL.

Lecture selon Volney.

_aba-na[92] ɐllɑẕi fi ɐl sɑmɑωati

l’ iůtqɑddɑsi asm-ů-kɑ

[93]l’ tati mɑlkωt-ů-kɑ

l’ tɑkωn mɑſitŭ-kɑ kɑma fi

ɐl soma-i ωɑ ălä ɐl ard-i

χobzɑ-na kɑfat-na aăti-na fi ɐl ïῶmi

ω aģfer l’ na χɑṯaïana kɑma

nɑģfer nɑɦn l’ mɑn aχtaɑ ălɑina

ωɑ la todχel-na ɐl tɑɠɠârebɑ

lɑken nɑɠɠi na men ɐl ſɑriri[94]._

[92] L’arabe _littéral_ donne la pleine valeur d’_a_ à l’alef,

que le vulgaire prononce _e_: il dit _al_, et non _el_.

[93] La lettre _l_, comme signe d’impératif, n’a point besoin du

_kesré_; l’apostrophe avertit et sauve les équivoques.

[94] Délivrez-nous du _malin_ (esprit), aucun texte oriental ne

dit: _délivrez-nous du mal_.

ARABE LITTÉRAL.

Lecture selon les Grammairiens européens.

(Chamberlayne, page 7.)

_abahna[95] lledhsi[96] phi’ssemavati[97]

liutekaddesi[98] smuka

litati melcoutuka[99]

litekun[100] meschjituka kema phi

’ssemai véalei’lardhi

chuhzena[101] kephaphena âthina phi’ ljieumi

vaghpher[102] lena chathajana kema

neghpheru nahhno li men achtaa ileina

vela tudchilna ’ttegsaraba

lekin neggina mine[103] ’schscheriri._

[95] _abahna_. Il n’existe ni aspiration dans la parole, ni signe

d’aspiration dans l’écrit.

[96] _lledhsi_ est tout barbare: _dhs_ pour la lettre _zal_.

[97] _ssemavati_, voilà le _v_ turk inconnu aux Arabes.

[98] _liute_, c’est un _scheva_ que cet _e_ muet, au lieu du

_djazm_, ou consonne close que veut le texte.

[99] Pourquoi tantôt _c_, tantôt _k_ quand c’est la même lettre

au texte?

[100] _litekun_: pourquoi _te_, quand le texte porte _ta_ par

_fat’ha_? pourquoi deux _ji_, quand il n’y en a qu’un seul?

toujours l’article _al_ supprimé; _phi-ssemai-vealei_, d’un

seul mot quand il y en a deux: _aïn_ n’est point distingué;

_lei_, au lieu de _lai_ par _fat’ha_; _lardhi_, d’un seul mot.

[101] _chuhze_, doit se dire _chuhza_: _kephaphe_, faute

semblable, et de plus il y a erreur totale dans le mot qui est

_kafat_, ou _kiafat_, et non _kafâf_: _âthina_; l’_aïn_ est

sauté; _phi’ ljieumi_, toujours l’article _el_ fondu dans le

mot; et _ïeum_ par _kesrè_, au lieu de _ïaum_.

[102] _ghph_ et _neghpheru-nahhn_, quel chaos de consonnes?

[103] _mine’ schscheriri_, au moins il fallait écrire _men e’

schscheriri_, pour faire sentir que par l’élision d’_l_ le

_sin_ était doublé.

Il devient inutile de multiplier des exemples qui ne seraient que la

répétition des mêmes règles et des mêmes censures; il suffit à mon but

d’avoir mis en évidence tout le désordre des méthodes actuelles, et

toute la supériorité de celle que je propose d’y substituer. Le lecteur

versé dans les langues orientales saura déduire de mes principes les

diverses applications qui leur conviennent: par exemple, il verra que

l’écriture persane et turke, imitées de l’arabe, ne donnent lieu à

aucune difficulté, et que, pour en faire la transcription, il suffit

d’assigner des représentans aux cinq lettres que ces deux langues ont

de plus que l’arabe. La commission de 1803 a déjà donné l’exemple de

cette opération: j’admets avec elle de figurer par notre _P_, la lettre

persane et turke qui porte trois points sous le _b_ arabe; de figurer

par notre _ja_ français la lettre qui porte trois points sur un _z_; de

rendre par l’ñ espagnol la lettre qui porte trois points dans le _kef_,

et qui s’appelle _sagir-noun_, petit _n_; d’exprimer par _g_ romain

l’autre _kef_, qui porte trois points sur sa tête, et qui se prononce

tantôt en _gué_, tantôt en _ga_: mais je n’admets point le _c_ italien,

ou le _ch_ anglais, pour exprimer le _tchim_ persan et turk, peint

par le _djim_ arabe, souligné de trois points: cette prononciation

est évidemment formée des deux consonnes _té_, _ché_; l’on ne peut la

peindre régulièrement par un signe unique, mais on peut capituler avec

cette difficulté, en frappant un poinçon qui portera notre _tſ_ liés

en un seul groupe; le tableau ci-dessous présente cette correspondance

établie:

پ p européen.

چ ts tché.

ژ ja français.

ڭ g gué mouillé.

ڭ ñ gné espagnol.

+---------------------------------------------------------+

| Note de transcription. |

| |

| Ce «gué mouillé» n'a pas de représentation UTF-8. Les |

| trois points sont décalés à droite dans l'original. |

+---------------------------------------------------------+

Je ne dis rien présentement des alfabets indiens ni de l’écriture

chinoise: il faudrait que mon oreille eût entendu ces langues de la

bouche des naturels, pour en apprécier et classer les sons: si je puis

juger du sanscrit et de ses dérivés par quelques mémoires insérés dans

les _Asiatik Researches_, leur système pourra exiger quelques expédiens

nouveaux et particuliers: par exemple, les consonnes frappées d’une

aspiration immédiate sont pour moi un cas nouveau que je ne conçois pas

nettement: n’y a-t-il aucun sentiment de voyelle entre le _b_ et l’_h_,

dans _bh_, ou y a-t-il un _a_ très-rapide, faisant _bàh_, comme je l’ai

entendu à Paris, des trois jongleurs indiens? voilà ce que je ne puis

éclaircir sans un plus ample informé.

A l’égard du chinois, les cinq tons ou accens qui donnent une valeur si

différente aux mêmes prononciations, ne sont point un obstacle radical

à notre transcription: on aurait le choix, ou d’écrire sur cinq

lignes, comme on écrit la musique, ou d’employer nos chiffres 1, 2, 3,

4, 5, à noter le ton de la lettre qui en serait frappée.

Un sujet d’un intérêt plus immédiat pour les lettrés européens, est

l’application de nos lettres à la lecture des langues mortes, telles

que l’hébreu, le syriaque, l’éthiopien, qui jusqu’ici ont été sous le

monopole d’un petit nombre d’érudits, pleins de partialité. Ce serait

une chose utile et curieuse de soumettre le système grammatical de ces

langues à l’examen de tout littérateur libre des préjugés de l’enfance

et de l’éducation; cette opération n’est pas aussi épineuse qu’on peut

le croire, car si l’on veut que la lecture se fasse selon la doctrine

rabbinique, avec les points-voyelles des massorètes, rien de si aisé

que d’exprimer ces _points_ par nos lettres correspondantes; si au

contraire l’on admet que l’écriture se fasse à l’ancienne manière

orientale, sans points-voyelles, il suffira d’exprimer les lettres

alfabétiques de l’hébreu et du syriaque par les nôtres, et déjà ce

travail se trouve fait, puisque la correspondance de ces deux alfabets

avec l’arabe est solidement établie par les orientaux eux-mêmes: il

est vrai que cette hypothèse partagera avec ceux-ci l’inconvénient

de présenter beaucoup de consonnes sans voyelles; mais ce ne sera

pas la faute de notre méthode, et l’on n’aura pas droit d’exiger

d’elle plus que les anciens Hébreux et les Phéniciens n’exigèrent de

la leur: si l’on dit qu’il restera beaucoup d’arbitraire, le tout

rejaillira sur ceux qui ont voulu le corriger ou le masquer par des

expédients apocryphes, eux-mêmes arbitraires. Non, jamais devant aucun

jury raisonnable l’on ne pourra _légitimer_ la lecture factice des

massorètes: si nous avions les procès-verbaux des assemblées de ces

docteurs, nous verrions, que nés, éduqués chez les divers peuples de

l’Europe et de l’Asie, chacun d’eux avait contracté des habitudes et

des opinions dont la différence devint la cause même de leur congrès de

conciliation; et dans cette lutte de tant d’amours-propres mondains et

théologiques, nous verrions que l’on ne parvint à un concordat que par

des capitulations étrangères au fond de la question, comme il arrive

toujours dans toutes les _assemblées délibérantes_: on peut le dire

sans témérité, la vraie lecture de l’ancien hébreu et du syriaque est

absolument perdue, parce que, dès le temps d’Alexandre, le fil de la

tradition authentique était déjà rompu; toutes les lectures actuelles

des écoles européennes sont fausses et ridicules: s’il existe un type

raisonnable, c’est à la langue arabe qu’il faut le demander, parce

qu’elle est de la même famille, et qu’ayant persisté dans les déserts,

à l’abri des invasions étrangères, elle a mieux conservé le caractère

original qui fut ou qui dut être celui de ses _sœurs_ depuis long-temps

éteintes. Si donc il fallait introduire des voyelles dans l’hébreu et

dans le syriaque, écrits textuellement, je ne verrais pas de meilleur

moyen que de les placer selon les règles arabes: ce serait le sujet

d’un travail trop étendu pour que j’en raisonne en ce moment: je me

borne à présenter pour échantillon la lecture du _Pater Noster_, écrit

d’une part selon l’orthographe vulgaire, dans le livre de Chamberlayne,

page 1re; et d’autre part selon mon système.

PATER NOSTER HÉBREU.

Lecture de Chamberlayne, page 1[104].

_abhinu[105] schebbaschschamájim[106].

jikkadhésch schemécha[107].

tabhó malchutécha.

jehi rezonéchá caaschér baschschamajim

vechén baárez.

lachménu dhebhár jom bejomó then

lánu hajjom.

uselách lánu eth chobhothénu caaschér

saláchnu lebhaalé chobhothénu.

véál tebhiénu lenissajon.

ki-im hazzilénu merá.

ki lechá hamalchuth ughebhurá

vechabódh leolám olamin._

_amen._

[104] Cet hébreu est une traduction faite par les Chrétiens.

[105] abhi-na, l’_h_ est sans motif, il n’y a pas d’aspiration.

[106] Quel étrange _pudding_ que ce mot de dix-neuf lettres pour

les six du texte! voilà le produit du _sch_ allemand allié aux

règles rabbiniques: et notez qu’ici le redoublement du _sch_ et

du _b_ n’a aucun motif en hébreu, mais qu’il est une imitation

de l’arabe, où il est ainsi _prononcé_. L’école juive serait

donc postérieure.

[107] scheme-_cha_, le _ch_ pour _k_, est un contre-sens, deux

lettres pour une; et _jota_ pour _k_, et tout le reste confus,

sans distinction d’un mot à l’autre. Faut-il s’étonner de

l’adage: _un vrai grimoire d’hébreu!_

אבינו שבשמים׃

יקדש שמך׃

תביא מלכותך׃

יהי רצונך כאשר בשמים׃

וכן בארץ׃

לחמנו דבר יום ביומו תן׃

לנו חיום׃

וסלח לנו את־חובותינו כאשר

סלחנו לבעלי חובותינו׃

ואל תביאנו לנסיון׃

כידאם הצילנו מרע׃

כי לך המלכות וגבורה

וכבוד לעולם עולמים׃

אמן׃

Face à la page 181.

PATER NOSTER HÉBREU.

Lecture de Volney.

_abinω ẛͥbͤẛͣmim[108] iͦqͣddͣẛ ẛͤm-kͣ_[109]

Pater noster qui in cœlis sanctificetur nomen tuum

_tͤbωa mͣlkωt-kͣ_

adveniat regnum tuum

_ïͤɦi rͦṣωn-kͣ k’aẛr bͤ-ẛͣmim ωa kͣn b’arṣ_

vivat voluntas tua ut qui in cœlis et sic in terra

_lͣɦm-nω dͣbr îωm b’iωmω tͣn l’nω hiωm[110]_

panem nostrum post diem in diem da nobis hoc die

_ωɑ sͦlͤɦ lͤnω at ɦωbωtinω k’ẛr_

et dimitte nobis debita nostra ut qui

_sͣlͣɦnω lͤbăli[111] ɦωbωtinω_

dimittimus super (eos qui) debent nobis

_ωɑ al tͤbia-nω lͤnͤsîωn_

et ne inducas nos in tentationem

_ki ɑm ɦͣṣîlnω mͤră_

sed quidem solve nos ab maligno

_kîlͤ kͣ hͤmͣlkωt ωɑ ɠͦbωrͣh_

quia tibi imperium et potentia

_ωɑ kͦbωd l’ăωlͣm ăωlͣmîm._

et gloria in sæculum sæculorum.

_ɑmͥn_.

[108] On voit par les mots latins qu’il y a trois mots dans _si

be sɑmim_: j’écris _be_, parce que _ba_ laisserait l’équivoque

d’_a-lef_: _e_ n’existant pas dans l’alfabet hébreu, on sent

qu’il y est hors de texte.

[109] sem-_kɑ_: les Hébreux ont pu prononcer comme l’arabe

vulgaire sem-ak: il semble que les rabbins ont emprunté leur

lecture du chaldaïque qui me paraît tenir beaucoup du _nahou_.

[110] Chamberlayne a écrit par erreur _ha_ dur par _he_ doux.

[111] Il est probable que l’Hébreu a prononcé _ala_ comme

l’Arabe, quoique écrit _ali_, etc., etc.

L’on peut se convaincre par cet échantillon qu’il serait facile

de transcrire le dictionnaire hébreu lui-même en entier, et de le

rendre lisible à tout lettré européen: pour base de l’opération, on

prendrait le Lexique de Buxtorf, ou plutôt celui de _Simonis_, et l’on

observerait les règles suivantes:

1º Transcrire les mots hébreux lettre pour lettre (selon mon tableau),

et si l’on voulait y joindre les points-voyelles, on placerait hors de

ligne leurs équivalens dont on serait convenu; le mieux, selon moi,

serait d’appliquer à l’hébreu les règles de la lecture arabe, bien plus

certaine que celle des massorètes;

2º On négligerait tout ce qui dans _Simonis_ ne tend point à

l’explication directe, par conséquent toutes les citations qui

remplissent plus des deux tiers de son livre: cela simplifierait

beaucoup le travail;

3º Sur la marge du livre transcripteur on noterait les pages du livre

transcrit, comme il se pratique dans les réimpressions d’éditions

anciennes; à ce moyen le lecteur pourrait sans cesse recourir à

l’original pour le consulter.

Ce travail exécuté conduirait naturellement à celui d’une grammaire

dressée sur les mêmes principes: on serait étonné de la simplicité

qu’elle prendrait, alors qu’on aurait écarté les règles factices

des massorètes, tant pour l’alfabet, que pour les déclinaisons et

conjugaisons, et qu’à leur baroque langage grammatical, l’on aurait

substitué celui de nos grammairiens modernes, bien plus clair par

lui-même, et qui, de plus, nous est familier.

Une semblable opération pratiquée sur le _syriaque_, le _chaldéen_,

l’_éthiopien_, etc., en ramenant toutes ces langues mortes à la

condition du grec et du latin, donnerait lieu à une foule de travaux

utiles et curieux sur leurs affinités, leurs différences, leur

origine. Par cette même méthode on pourrait transcrire le corps

entier des livres hébreux, imprimer le texte de la _Bible_, avec

autant de fidélité que d’économie: l’on ne saurait douter que si les

_sociétés bibliques_ appliquaient leur zèle et leurs talens à une telle

entreprise, conforme d’ailleurs à leur esprit d’_évangélisme_, elles

n’obtinssent un succès aussi rapide qu’éclatant... Mais désormais j’en

ai assez dit sur les _moyens_, c’est au temps d’amener les _réalités_;

j’ai la persuasion que cette nouvelle branche d’instruction, aidée de

la méthode de l’_enseignement mutuel_, avec qui elle sympathise, aura

d’ici à vingt ans produit des effets surprenans, et d’avance apercevant

ses heureux et immenses effets sur la diffusion des lumières et sur les

progrès de la civilisation, j’aime à inscrire au pied de ce livre:

_Exegi monumentum ære perennius,

Non omnis moriar!_

SIMPLIFICATION

DES

LANGUES ORIENTALES,

OU

MÉTHODE NOUVELLE ET FACILE

D’APPRENDRE LES LANGUES ARABE, PERSANE ET TURKE,

AVEC DES CARACTÈRES EUROPÉENS.

La diversité des langues est un mur de séparation entre les

hommes; et tel est l’effet de cette diversité, qu’elle rend

nulle la ressemblance parfaite d’organisation qu’ils tiennent

de la nature.

AUGUSTIN, _de la Cité de Dieu_.

DISCOURS

PRÉLIMINAIRE.

C’est un phénomène moral vraiment remarquable que la ligne tranchante

de contrastes qui existe et se maintient opiniâtrement depuis tant

de siècles entre les Asiatiques, surtout les Arabes, et les peuples

européens. Nous ne sommes éloignés d’Alger et de Tunis que de soixante

heures de navigation; quatorze jours seulement nous mènent en Égypte,

en Syrie, en Grèce; dix-huit à Constantinople: et cependant l’on

dirait que ces peuples habitent une autre planète; que, contemporains,

nous vivons distans de plusieurs siècles. Le vulgaire se contente de

voir pour raison de ces contrastes la différence des religions, des

mœurs, des usages; mais cette différence elle-même a ses causes; et

lorsqu’enfin las du joug des préjugés et de la routine, l’on recherche

avec soin ces causes radicales, on trouve que la plus puissante, que

l’unique peut-être consiste dans la différence des langues, par qui

s’est établie et par qui se maintient la difficulté des communications

entre les personnes. C’est parce que nous n’entendons pas les langues

de l’Asie, que depuis dix siècles nous fréquentons cette partie du

monde sans la connaître: c’est parce que nos ambassadeurs et nos

consuls n’y parlent que par interprètes, qu’ils y vivent toujours

étrangers, et n’y peuvent étendre nos relations ni protéger nos

intérêts: c’est parce que nos officiers envoyés à la Porte ne savaient

pas le turk, qu’ils n’ont pu opérer dans les armées les réformes que

désirait le divan même: c’est parce que nos facteurs ne savent pas

la langue de leurs échelles, qu’ils y vivent comme prisonniers, ne

se montrant point dans les marchés, vendant peu ou mal; de manière

que toute la masse de notre commerce est obligée de passer par

l’étroite filière de quelques censals[112], et de quelques drogmans.

Supposons tout-à-coup la facilité de communiquer établie; supposons

l’usage familier et commun des langues, et tout le commerce change

de face: les marchands se mêlent; des colporteurs pénètrent jusque

dans les villages; les marchandises se distribuent; la circulation

s’anime; l’industrie s’éveille; les esprits s’électrisent; les idées

se répandent, et bientôt, par ce contact général, s’établit entre

l’Asie et l’Europe une affinité morale, une communication d’usages,

de besoins, d’opinions, de mœurs, et enfin de lois qui, de l’Europe

jadis divisée, ont fait une espèce de grande république d’un caractère

uniforme ou du moins ressemblant.

[112] Noms des courtiers en levant.

Tel est le but vers lequel je me propose en cet ouvrage de faire un

premier pas, un pas fondamental. Par une opération d’un genre neuf, et

cependant simple, j’entreprends de faciliter les langues orientales;

de les débarrasser des entraves gratuites qu’une habitude routinière

leur a imposées; enfin, de les rendre accessibles, presque populaires,

en les ramenant à la condition des langues d’Europe dont elles ne

diffèrent point essentiellement. Le développement des idées qui ont

amené mon opération va mettre le lecteur en état de prononcer sur sa

valeur et sur sa fécondité.

Ce premier fait posé, que la différence du langage est l’unique ou

du moins la principale barrière élevée entre les peuples d’Asie et

d’Europe, trois questions se sont présentées:

1º Les langues orientales, et spécialement les langues arabe, persane

et turke, sont-elles réellement plus difficiles que les langues

d’Europe?

2º En quoi consiste leur difficulté principale?

3º Quel est le moyen d’en simplifier l’étude et la pratique?

A l’égard de la première question, il faut distinguer en deux classes

les difficultés d’une langue quelconque: difficulté de prononciation,

et difficulté de mécanisme ou de construction. Considéré sous le

premier rapport, il est vrai que l’arabe offre à nos oreilles des

prononciations dont la nouveauté les étonne: non qu’elles soient

réellement plus difficiles que les nôtres; mais tel est pour chaque

peuple, comme pour chaque individu, l’empire de l’habitude et de

l’amour-propre, qu’il regarde comme barbare tout son qui lui est

étranger. Ainsi nous nous récrions sur le _jota_ des Espagnols, sur

le _th_ des Anglais, sur le _c_ des Italiens; et à leur tour ils se

récrient sur notre _u_, sur notre _j_, et sur nos nasales _on_, _an_,

_in_, qui leur semblent aussi dures que désagréables: nous trouvons

doux notre _p_, notre _v_, notre _gné_; et les Arabes les trouvent

pénibles à prononcer. La vérité est que cette difficulté gît dans

l’habitude, et qu’une habitude contraire la sait effacer.

Quant au persan et au turk, cette difficulté est presque nulle, leur

prononciation étant presque aussi coulante et plus harmonieuse que

celle d’aucune langue d’Europe.

L'Alfabet européen appliqué aux langues asiatiques OEuvres de C.-F. Volney, tome VIII · 第 11 / 28 段