Remercie tes chers parents, tous les nôtres de leurs lettres si
empreintes d’une profonde tendresse et d’une non moins profonde douleur.
A quoi bon leur écrire? Parler de moi, de nos souffrances, hélas! nous
nous connaissons trop bien les uns les autres pour ne pas savoir
d’abord l’affection intense qui nous unit, ensuite la douleur profonde
qui emplit nos âmes. Mais pour tous, invariablement, toujours courage!
Comme le dit si bien M..., il y a un but à atteindre, devant lequel il
faut oublier toutes les douleurs présentes quelles qu’elles soient.
* * * * *
Le 20 mai 1897.
Ma chère Lucie,
Bien souvent j’ai pris la plume pour causer avec toi, détendre mon cœur
broyé et brisé auprès du tien...; mais chaque fois les cris de notre
douleur commune jaillissaient malgré moi.
A quoi bon? Devant un pareil martyre, devant de telles souffrances, le
silence s’impose pour moi.
Ce que je veux te répéter simplement, c’est ce cri toujours ardent,
invariable de mon âme: courage et courage! Devant le but à atteindre tu
ne dois compter ni avec le temps, ni avec les souffrances; il faut
attendre avec confiance qu’il soit atteint.
Je t’embrasse comme je t’aime, de toute la puissance de mon affection,
ainsi que nos chers et adorés enfants.
Ton dévoué,