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Le 5 octobre 1896.
Chère et bonne Lucie,
Je viens de recevoir à l’instant tes chères lettres du mois d’août,
ainsi que toutes celles de la famille, et c’est sous l’impression
profonde non seulement de toutes les souffrances que nous endurons tous,
mais de la douleur que je t’ai causée par ma lettre du 6 juillet, que je
t’écris.
Ah! chère Lucie, comme l’être humain est faible, comme il est parfois
lâche et égoïste. Ainsi que je te l’ai dit, je crois, j’étais à ce
moment en proie aux fièvres qui me brûlaient corps et cerveau, moi dont
l’esprit est déjà si frappé, dont les tortures sont déjà si grandes. Et
alors, dans cette détresse profonde de tout l’être, où l’on aurait
besoin d’une main amie, d’une figure sympathique, halluciné par la
fièvre, par la douleur, ne recevant pas ton courrier, il a fallu que je
te jette mes cris de douleur que je ne pouvais exhaler ailleurs.
Je me ressaisis d’ailleurs, je suis redevenu ce que j’étais, ce que je
resterai jusqu’au dernier souffle.
Comme je te l’ai dit dans ma lettre d’avant-hier, il faut que, forts de
nos consciences, nous nous élevions au-dessus de tout, mais avec cette
volonté ferme, inflexible de faire éclater mon innocence aux yeux de la
France entière.
Il faut que notre nom sorte de cette horrible aventure tel qu’il était
quand on l’y a fait entrer; il faut que nos enfants entrent dans la vie
la tête haute et fière.
Quant aux conseils que je puis te donner, que je t’ai développés dans
mes lettres précédentes, tu dois bien comprendre que les seuls conseils
que je puisse te donner sont ceux que me suggère mon cœur. Tu es, vous
êtes tous mieux placés, mieux conseillés, pour savoir ce que vous avez à
faire.
Je souhaite avec toi que cette situation atroce ne tarde pas trop à
s’éclaircir, que nos souffrances à tous aient bientôt un terme.
Quoiqu’il en soit, il faut avoir cette foi, qui fait diminuer toutes les
souffrances, surmonter toutes les douleurs, pour arriver à rendre à nos
enfants un nom sans tache, un nom respecté.
Je t’embrasse comme je t’aime, de toutes mes forces, de tout mon cœur,
ainsi que nos chers et adorés enfants.