Embrasse tes chers parents, tous les nôtres pour moi.
Je ne sais par quelle voie tu m’as envoyé les livres et les revues que
tu m’annonçais dans tes lettres du 25 août; mais, ce qu’il y a de
certain, c’est qu’ils ne sont pas encore arrivés à la Guyane.
* * * * *
Le 27 décembre 1895.
Ma chère Lucie,
Je n’ai pas encore reçu tes chères lettres du mois d’octobre! Ni le
courrier français du mois de novembre, ni le courrier anglais du mois de
décembre ne les ont apportées! Qu’est-ce que cela signifie? Qu’en
penser? Dans quel horrible cauchemar vis-je depuis tantôt quinze mois?
Enfin, souffrir, hélas! ma pauvre chérie, nous savons tous deux ce que
cela est, et peu importent d’ailleurs les souffrances, car quelles
qu’elles soient il te faut notre honneur, celui de nos enfants.
Je t’ai écrit longuement le 2 décembre; ajouter quelque chose à cette
lettre, comme d’ailleurs à toutes les précédentes, serait bien superflu,
n’est-ce pas? Nos pensées sont communes, nos cœurs ont toujours battu à
l’unisson, nos âmes vibrent aujourd’hui ensemble et veulent leur honneur
avec l’ardeur brûlante d’êtres honnêtes frappés dans ce qu’ils ont de
plus précieux.
J’attends avec une impatience fébrile de tes nouvelles. Je pense
qu’elles finiront bien par me parvenir, je dirais même que j’attends
presque chaque jour une nouvelle heureuse et j’espère apprendre enfin
quelque chose de certain, de positif, que la lumière est faite, tout au
moins en bonne voie de se faire, sur cette lugubre et triste histoire.
Laisse-moi te dire simplement aujourd’hui que ta pensée, celle de nos
chers enfants, me donnent seules encore la force de vivre ces longues
journées et ces interminables nuits. Je t’embrasse de toutes mes forces
comme je t’aime, ainsi que nos chers et adorés enfants.
Ton dévoué,