Baisers à tous.
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Le 20 novembre 1895.
Ma chère Lucie,
J’ai reçu le 11 tes chères et bonnes lettres du mois de septembre, ainsi
que toutes celles de la famille. Je n’ai pas besoin de te dire la joie
intense que j’ai éprouvée à te lire.
Merci de ton bon souvenir pour le jour de ma fête. Je ne veux pas
insister, car il ne s’agit plus de se laisser aller à des souvenirs
attendrissants; il nous faut maintenant, comme tu le dis si bien, la
réalité, la vérité.
Quand on souffre d’une manière si atroce et depuis si longtemps, les
énergies, les activités surtout doivent grandir avec les souffrances que
l’on endure. Forte de ta conscience, tu as le droit, je dis même le
devoir, de tout tenter, de tout oser, pour avoir la lumière sur cette
tragique histoire, pour nous faire rendre enfin notre honneur, celui de
nos enfants.
Comme je te l’ai dit, il ne s’agit plus d’attendre, dans une situation
aussi horrible qu’imméritée, qui nous jetterait tous par terre, un
événement heureux, beaucoup trop attendu déjà.
Tu es d’ailleurs en possession de mes lettres du mois d’octobre, tu dois
agir avec la force que donne l’innocence, avec la puissance que procure
un noble devoir à remplir.
Si je t’ai dit de demander de faire faire la lumière par tous les
moyens, même par les moyens héroïques, c’est qu’il y a des situations
qui sont trop fortes quand on ne les a pas méritées et qu’il faut en
finir.
D’ailleurs, nos âmes ne font qu’une, elles vibrent a l’unisson, et ce
que je t’ai dit a certainement fait tressaillir et vibrer la tienne.
J’attends donc maintenant la fin de cet horrible drame et je compte les
jours.
Merci des bonnes nouvelles que tu me donnes des enfants. Embrasse-les
longuement de ma part, en attendant que je puisse le faire moi-même.
Mes meilleurs baisers pour toi de ton dévoué,