ALFRED.

* * * * *

Le 2 Août.

(Huit heures du soir.)

Je venais de terminer cette lettre pour qu’elle parte encore demain pour

Cayenne, quand on m’a apporté ton courrier du mois d’avril, tes lettres

du mois de juin, ainsi que celles de toute la famille. Je viens de lire

rapidement tes lettres; j’y répondrai plus longuement par le prochain

courrier.

Je n’ai rien à changer à ce que je viens de t’écrire. Si épouvantable

que soit pour moi la situation morale qui m’est faite, si broyé que soit

mon cœur, je resterai debout jusqu’à mon dernier souffle, car je veux

mon honneur, le tien, celui de nos enfants.

Mes amis, je n’ai jamais douté d’eux. Ils me connaissent. Mais ce qu’il

faut, ce que je veux, c’est la lumière éclatante et telle que personne,

dans notre cher pays, ne puisse douter de mon honneur. C’est tout mon

honneur de soldat que je veux. Cette mission, je te la confie, je vous

la confie. Tu la mèneras à bien, je n’en ai nul doute.

Je t’embrasse, ainsi que nos chers enfants.

Ton dévoué,

Lettres d'un innocent · 第 115 / 205 题