On me remet ta lettre d’hier.
Je trouve que je gémis déjà assez par moi-même, sans que tu m’y engages
encore. Ah! Que c’est terrible, l’impuissance, quand on voudrait crier,
faire éclater sa complête innocence! Enfin, tout cela ne sert à
rien.--Il faut, comme je ne puis te le répéter assez, comme on a dû te
le répéter encore de ma part, chercher sans trève ni repos.
La volonté est un levier tel, qu’il soulève et brise tous les obstacles.
J’ai reçu hier une bonne lettre de ta sœur, aujourd’hui une lettre de ta
mère. Je n’ai, hélas, rien de particulier à leur dire; ma vie, tu la
connais, heure par heure, tu peux la leur décrire aussi complètement que
moi-même. Dis à ta mère qu’elle ne craigne rien; j’ai des faiblesses
nerveuses bien compréhensibles; mais l’âme est toujours là, elle veut la
vérité, elle veut son honneur et elle l’aura. Je ne démentirai donc pas
vos efforts.
Tôt ou tard, ma chérie, le bonheur nous reviendra, j’en ai l’intime
conviction. Le plus dur, c’est la patience qu’il faut avoir;
heureusement pour vous que vous avez un dérivatif puissant, l’action.
A demain, ma chérie, le plaisir de te voir, de causer avec toi, de
t’embrasser.
Mille baisers.
Ton dévoué mari,