Pardon, mon adorée, si dans mes lettres d’hier j’ai exhalé ma douleur,
étalé ma torture. Il fallait bien que je les confie à quelqu’un! Quel
cœur est plus préparé que le tien à recevoir le trop-plein du mien!
C’est ton amour qui m’a donné le courage de vivre; il faut que je le
sente vibrer près du mien. Montrons que nous sommes dignes l’un de
l’autre, que tu es une femme noble et sublime.
Courage donc, ma chérie. Ne pense pas trop à moi, tu as d’autres devoirs
à remplir. Tu te dois à nos chers enfants, à notre nom qu’il faut
réhabiliter. Pense donc à toutes les nobles missions qui t’incombent;
elles sont lourdes, mais je te sais capable de les entreprendre à
condition de ne pas te laisser abattre, à condition de conserver tes
forces.
Il faut donc lutter contre toi-même, rassembler toute ton énergie et ne
penser qu’à tes devoirs.
Quant à moi, ma chérie, tu sais si j’ai beaucoup souffert hier; plus
encore que tu ne peux te l’imaginer. Je te raconterai cela quelque
jour, quand nous serons de nouveau réunis et heureux.
Pour le moment, je ne souhaite qu’une chose. Puisque je vous suis
inutile ici, que, d’autre part, les recherches pour trouver le coupable
seront, je le crains, longues et minutieuses, c’est d’être envoyé le
plus tôt possible et dans les meilleures conditions possibles là-bas, et
d’y attendre avec toi que les recherches combinées de toutes nos
familles aient abouti. Le régime cellulaire m’épuise beaucoup et je ne
demande qu’une chose: c’est d’être expédié au plus tôt là-bas.
J’étais très navré ce matin de n’avoir pas encore reçu de lettres. A
deux heures, heureusement, M. le Directeur de la prison est venu
m’apporter un paquet de bonnes lettres qui m’a bien fait plaisir; elles
ont été le rayon de joie de ma triste cellule.
Veux-tu être assez bonne pour m’envoyer une couverture de voyage; il
fait, en effet, très froid dans nos cellules.
Tâche d’obtenir le plus tôt possible la permission de me voir.
Je t’embrasse mille fois,