5 janvier 1895, samedi 7 heures, soir.

Je viens d’avoir un moment de détente terrible, des pleurs entremêlés de

sanglots, tout le corps secoué par la fièvre. C’est la réaction des

horribles tortures de la journée, elle devait fatalement arriver; mais,

hélas, au lieu de pouvoir sangloter dans tes bras, au lieu de pouvoir

m’appuyer sur toi, mes sanglots ont résonné dans le vide de ma prison.

C’est fini, haut les cœurs! Je concentre toute mon énergie. Fort de ma

conscience pure et sans tache, je me dois à ma famille, je me dois à mon

nom. Je n’ai pas le droit de déserter tant qu’il me restera un souffle

de vie; je lutterai avec l’espoir prochain de voir la lumière se faire.

Donc, poursuivez vos recherches. Quant à moi, la seule chose que je

demande, c’est de partir au plus vite, de te retrouver là bas, de nous

installer, pendant que nos amis, nos familles, s’occuperont ici de

rechercher le véritable coupable, afin que nous puissions un jour

rentrer dans notre chère patrie, en martyrs qui ont supporté la plus

terrible, la plus émouvante des épreuves.

* * * * *

Samedi, 7 heures et demie.

C’est l’heure à laquelle il faut se coucher. Que vais-je devenir? Que

vais-je faire dans mon lit qui se compose d’une paillasse portée par des

tringles de fer. Les souffrances physiques ne sont rien, tu sais que je

ne les crains pas, mais mes tortures morales sont loin d’être finies. O

ma chérie, qu’ai-je fait le jour où je t’ai promis de vivre! Je croyais

vraiment avoir l’âme plus forte. Être résigné toujours quant on est

innocent, c’est facile à dire, mais dur à digérer.

Écris-moi bien vite, ma chérie, tâche de me voir, j’ai besoin de puiser

de nouvelles forces dans tes yeux chéris.

Mille bons baisers, ALFRED.

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Lettres d'un innocent · 第 52 / 205 题