Je viens d’avoir un moment de détente terrible, des pleurs entremêlés de
sanglots, tout le corps secoué par la fièvre. C’est la réaction des
horribles tortures de la journée, elle devait fatalement arriver; mais,
hélas, au lieu de pouvoir sangloter dans tes bras, au lieu de pouvoir
m’appuyer sur toi, mes sanglots ont résonné dans le vide de ma prison.
C’est fini, haut les cœurs! Je concentre toute mon énergie. Fort de ma
conscience pure et sans tache, je me dois à ma famille, je me dois à mon
nom. Je n’ai pas le droit de déserter tant qu’il me restera un souffle
de vie; je lutterai avec l’espoir prochain de voir la lumière se faire.
Donc, poursuivez vos recherches. Quant à moi, la seule chose que je
demande, c’est de partir au plus vite, de te retrouver là bas, de nous
installer, pendant que nos amis, nos familles, s’occuperont ici de
rechercher le véritable coupable, afin que nous puissions un jour
rentrer dans notre chère patrie, en martyrs qui ont supporté la plus
terrible, la plus émouvante des épreuves.
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Samedi, 7 heures et demie.
C’est l’heure à laquelle il faut se coucher. Que vais-je devenir? Que
vais-je faire dans mon lit qui se compose d’une paillasse portée par des
tringles de fer. Les souffrances physiques ne sont rien, tu sais que je
ne les crains pas, mais mes tortures morales sont loin d’être finies. O
ma chérie, qu’ai-je fait le jour où je t’ai promis de vivre! Je croyais
vraiment avoir l’âme plus forte. Être résigné toujours quant on est
innocent, c’est facile à dire, mais dur à digérer.
Écris-moi bien vite, ma chérie, tâche de me voir, j’ai besoin de puiser
de nouvelles forces dans tes yeux chéris.
Mille bons baisers, ALFRED.
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