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Vendredi, 15 décembre 1894.
Ma chère Lucie,
J’ai reçu ta bonne lettre ainsi que celle de maman, merci des sentiments
que celle-ci exprime à mon égard, sentiments dont je n’ai jamais douté
et que j’ai toujours mérités, je puis le dire hautement.
Enfin le jour de ma comparution approche, j’en finirai donc avec cette
torture morale. Ma confiance est absolue; quand on a la conscience pure
et tranquille, on peut se présenter partout la tête haute. J’aurai
affaire à des soldats qui m’entendront et me comprendront. La certitude
de mon innocence entrera dans leur cœur, comme elle a été toujours dans
celui de mes amis, de ceux qui m’ont connu intimement.
Ma vie tout entière en est le meilleur garant. Je ne parle pas des
calomnies infâmes et anonymes qu’on a débitées sur mon compte; elles ne
m’ont pas touché, je les méprise.
Embrasse bien nos chéris pour moi, et reçois pour toi les tendres
baisers de ton dévoué mari,