Il est naturel que l'esclave qui, tout à coup, devient libre, ne
sache ni user ni jouir de l'indépendance. Pareil à l'homme dont on
aurait, dès l'âge le plus tendre, lié tous les membres, et auquel
on dit subitement de marcher, il chancelle à chaque pas... La
liberté est entre ses mains une arme funeste, dont il blesse tout
ce qui l'entoure; et, le plus souvent, il est lui-même sa première
victime. Mais faut-il en conclure que l'esclavage, une fois établi
quelque part, doit être respecté? Non, sans doute. Seulement il
est juste de dire que la génération qui reçoit l'affranchissement
n'est point celle qui en jouit: le bienfait de la liberté n'est
recueilli que par les générations suivantes... Je ne reconnaîtrai
jamais ces prétendues lois de la nécessité, qui tendent à
justifier l'oppression et la tyrannie.