La race noire est méprisée en Amérique, parce que c'est une race
d'esclaves; elle est haïe, parce qu'elle aspire à la liberté.
Dans nos moeurs, comme dans nos lois, le nègre n'est pas un homme:
c'est une chose.
C'est une denrée dans le commerce, supérieure aux autres
marchandises; un nègre vaut dix acres de terre en bonne culture.
Il n'existe pour l'esclave ni naissance, ni mariage, ni décès.
L'enfant du nègre appartient au maître de celui-ci, comme les
fruits de la terre sont au propriétaire du sol. Les amours de
l'esclave ne laissent pas plus de traces dans la société civile
que ceux des plantes dans nos jardins; et, quand il meurt, on
songe seulement à le remplacer, comme on renouvelle un arbre
utile, que l'âge ou la tempête ont brisé [31].