OBSERVATIONS SUR LES DUELS AU PISTOLET

De tous les duels, le plus dangereux et le plus difficile, est, sans

contredit, le duel au pistolet.

En établissant les conditions de chacun de ces duels, il est sage et

nécessaire de se préoccuper d'une question importante, celle de

décider si les armes seront cannelées ou non cannelées. Il est de

toute évidence qu'une blessure d'une arme cannelée produit plus de

ravages, est plus difficile à guérir, que celle produite par une arme

non cannelée; souvent la vie d'un homme dépendra du choix de l'une de

ces armes.

Les règles du duel en permettent indifféremment l'usage. Toutefois,

cédant aux considérations ci-dessus énoncées, dans un but d'humanité

et de prudence, les témoins, lorsque l'insulte est peu grave et se

trouve classée, par exemple, dans l'article 21 du chapitre Ier,

doivent essayer d'obtenir l'usage de pistolets non cannelés. Mais, il

est plus difficile pour eux de réaliser ce louable désir, si l'insulté

se trouve dans le cas des articles 29 et 30 du chapitre Ier. Cela

devient même impossible dans le cas prévu par l'article 23 du chapitre

précité.

Le guidon des armes est souvent mobile, et doit être parfaitement

fixe, parce qu'il serait possible que la méchanceté, la trahison qui

forment l'avant-garde ordinaire des mauvaises passions, engageassent,

soit un témoin prévaricateur, soit un combattant qui se servirait de

ses armes, à déranger le guidon, soit par avance soit sur le terrain

même en profitant avec adresse du moment où on lui donne son pistolet,

pour pousser la mire et la régler ainsi approximativement, ce qui lui

donnerait un perfide avantage sur son adversaire.

Suivant la règle, à moins d'une convention contraire que nous

recommandons d'éviter, les armes doivent être complètement _inconnues_

aux deux champions; il est nécessaire, pour que cette prescription

essentielle soit loyalement observée, que les deux adversaires ne les

aient jamais vues et encore moins touchées, car il n'en faut pas

davantage à un tireur exercé pour adapter les pistolets à sa main,

pour en étudier les ressorts, la couche et la détente.

Il vaut encore mieux que les combattants ne connaissent pas même la

provenance des pistolets, s'ils ont été prêtés par quelque amateur au

lieu d'avoir été achetés _ad hoc_ chez un arquebusier.

Nous croyons devoir insister ici de nouveau pour que toutes les armes

soient remises par avance entre les mains des témoins, lesquels après

les avoir visitées, acceptées, les apportent sur le terrain et les

remettent aux champions au moment même du combat.

Cette prescription est d'une importance capitale, dans les duels au

pistolet, non seulement pour éviter toute fraude, mais plus encore

sous le point de vue du changement des armes.

Suivant l'article 10 du chapitre VIII, page 361, les témoins doivent

charger les armes les uns devant les autres. Quelquefois il arrive que

les témoins, d'un commun accord, confient à un seul le soin de charger

les armes, pensant obtenir ainsi l'unité de charge. Or, quelle mission

plus difficile et plus délicate que celle de charger un pistolet de

tir? Ainsi un coup de baguette donné en surplus sur une balle, ou même

sans être donné en surplus, appuyé avec une puissance de main trop

forte ou inégale, peut faire perdre au projectile sa forme sphérique,

ou bien influer sur la précision du tir. Quel est le témoin assez sûr

de lui-même pour répondre que l'émotion, un simple mouvement nerveux

ne l'empêcheront pas de charger plusieurs pistolets d'une manière

parfaitement égale, quand il n'en a pas l'habitude? Et en ce qui

touche l'amorce, le même témoin pourra-t-il répondre que la

précipitation du moment ne l'empêchera pas d'assujettir la capsule,

afin d'éviter qu'en ne s'enflammant que mollement ou point du tout,

elle ne donne pour résultat un _long feu_ ou un _raté_?

Sera-t-il bien temps de faire ces réflexions, par exemple, après la

funeste issue d'un duel au signal, après un meurtre involontaire, il

est vrai, mais qui n'est pas moins dû à l'inégalité des chances?

La conviction de l'importance capitale du chargement des pistolets est

tellement ancrée, tant chez MM. les arquebusiers que chez MM. les

amateurs, que si les uns cherchent à former et à retenir le plus

longtemps possible les bons chargeurs, les autres ne désirent pas

moins que, dans leurs délassements, le soin d'apprêter leurs armes

soit confié à un chargeur expérimenté.

D'après ce, nous insistons pour que dans les duels au pistolet, les

armes, après avoir été visitées et acceptées par les témoins, soient

réglées et chargées en leur présence par un arquebusier ou un

chargeur.

Cette opération terminée, les armes sont renfermées dans leurs boîtes,

sur les serrures desquelles seront apposés des scellés portant

l'empreinte du cachet de l'un des témoins de chaque partie.

Au moment du combat, on procède à la rupture des scellés et à

l'ouverture des boîtes, et les armes sont remises à chacun des

combattants suivant les règles établies.

Quelquefois, lorsque les règles du duel au pistolet convenu permettent

aux combattants de se servir de leurs propres armes, ils demandent à

les charger eux-mêmes, les témoins peuvent leur accorder cette faculté

aux conditions suivantes:

1º La mesure de la charge doit être déterminée entre les témoins;

2º Chacun des combattants doit charger devant les témoins adversaires.

Cette faculté doit leur être refusée si les armes adoptées pour le

duel leur sont étrangères.

Dans le cas où l'offensé ne jouirait pas du droit de choisir ses

distances, ou si elles étaient soumises à discussion, on peut

s'arrêter à la moyenne des distances prescrites pour chaque duel.

Toutefois les témoins ne doivent jamais consentir à ce qu'elles soient

rapprochées de plus de 12 mètres (15 pas) dans les duels ordinaires,

et de plus de 19 mètres (25 pas) dans le duel au signal. On doit en

outre, dans les duels à marche, réserver à chacun des combattants la

faculté d'avancer les 8 mètres (10 pas) prescrits dans ce genre de

duel.

En cas de dissidence entre les témoins, le sort décide entre les

distances choisies par chaque partie; les témoins peuvent convenir de

partager par moitié la différence entre les distances préférées.

Cet accord établi et les places étant marquées sur le terrain le plus

également uni et le plus favorable possible, les témoins doivent

éviter avec soin que l'un des combattants soit placé devant un objet,

arbre ou autre, qui l'encadre et aide à le viser, tandis que l'autre,

isolé dans l'espace, aurait par là même une place beaucoup trop

avantageuse. Inutile d'ajouter qu'aucun des combattants ne doit être

placé en face du soleil ou du vent.

En édictant les règles de ces duels, bien que nous nous soyons

scrupuleusement attaché à suivre les errements signalés par la

pratique et par l'expérience, il nous a été impossible d'éviter

certaines divergences d'opinion.

Dans certains cas, le droit de tirer le premier accordé à l'offensé

est sujet à discussion. Et d'abord quelques personnes prétendent que

ce droit de l'offensé est imprescriptible, quelle que soit la

distance, fût-elle même au-dessous de 12 mètres (15 pas).

D'autres soutiennent l'opinion opposée; elles n'entendent accorder à

l'offensé que le choix des armes, laissant à l'arbitrage du sort le

soin de déterminer la primauté de tir. L'article 11 du duel de pied

ferme peut se justifier par les considérations suivantes:

L'offensé classé dans le 1er degré (art. 28, chap. Ier) choisit

surtout son arme.

L'offensé avec insulte grave (désigné Art. 29, chap. Ier) n'a droit à

la primauté du tir que si les distances sont fixées à 27 mètres (35

pas).

Enfin l'offensé avec coups ou blessures (3e degré, art. 30, chap. Ier)

n'ayant le droit de primauté de tir que dans le cas où il fixerait la

distance à 19 mètres (25 pas).

L'article 11 du duel de pied ferme ne présente-t-il pas une moyenne

raisonnable pour donner, dans la limite du possible, une satisfaction

à ces opinions divergentes?

_Dans le duel au pistolet à marcher_, lorsqu'un des adversaires a fait

feu, celui qui aurait conservé son pistolet chargé peut avancer pour

riposter jusqu'à la limite tracée par le mouchoir; mais l'autre n'est

plus obligé d'avancer et doit seulement attendre le feu, en cherchant

à s'effacer le mieux possible.

La vitesse de la marche n'étant pas fixée, celui qui tire le premier

tire sur un but mobile, par conséquent a moins de facilité pour

ajuster. Ainsi, celui qui tire le dernier trouve sa compensation dans

l'avantage de viser sur un but fixe.

Lorsqu'il a été établi que le feu d'un champion doive être

_immédiatement_ suivi du feu de son adversaire, les témoins ne doivent

point souffrir le moindre retard.

Celui qui a subi le feu n'a que le temps strictement nécessaire pour

armer et pour tirer, c'est-à-dire une demi-seconde ou une seconde

(_Voir_ art. 13, _Duel au pistolet et au signal_, page 373). Le

moindre retard donne aux témoins le _droit_, leur impose même le

_devoir_ de faire _mettre arme bas_.

En pareille circonstance, l'usage d'une montre à précision et à

secondes leur est absolument nécessaire.

Dans le duel à marcher, si par suite d'une convention réciproque, il a

été admis que chacun des adversaires aurait une paire de pistolets à

sa disposition, et qu'il y ait un blessé, il est absolument nécessaire

pour égaliser la chance que le combat soit arrêté, car s'il en était

autrement le blessé serait encore soumis à la chance d'essuyer le

deuxième coup de feu de l'adversaire, à supposer qu'il l'ait

conservé, et de plus cette chance serait, dans ce cas, des plus

désavantageuses, puisque son adversaire, encore dans son état normal,

jouirait de toute la plénitude de la vigueur et du sang-froid, dont la

blessure aurait privé son adversaire.

L'égalité des chances se présente d'ailleurs, si le blessé a encore

ses deux coups à tirer.

Si donc l'action d'arrêter le combat produit un désavantage pour l'un

d'eux, c'est le fait du hasard, et cette règle établie n'en est pas

moins égale, puisque les deux adversaires ont la même fortune au

commencement du duel.

Au surplus, cette règle porte en elle-même un cachet d'honnêteté et de

moralité incontestable. En effet, serait-il possible de voir sans

indignation un homme intact faire feu sur un homme déjà mutilé par une

balle, et serait-il admissible d'autre part que celui qui reste

intact, reçût successivement, à une distance parfois très rapprochée,

deux coups susceptibles de lui donner la mort sans qu'il lui fût

possible d'éteindre ce feu avec l'arme qui lui resterait? En résumé,

ce duel a l'avantage de ne présenter que l'éventualité d'une victime à

regretter.

* * * * *

_Dans le duel à lignes parallèles_, quoique ce soit à marcher, il est

impossible d'éloigner les distances de plus de 27 mètres (35 pas)

parce que les témoins marchent presque toujours en face de leur ami,

et le combat étant à feu croisé, ils seraient trop exposés. Ils

doivent nécessairement se placer derrière et à la droite de leur

partie adverse, afin d'être, autant que possible, défilés contre le

feu de leur ami.

Ils se rapprochent en suivant progressivement la marche des

combattants qui finissent en avançant par se trouver côte à côte à une

distance de 19 mètres (25 pas), ou de 12 mètres (15 pas), suivant que

les lignes ont été plus ou moins rapprochées.

* * * * *

_Dans le duel au signal ou au commandement_, l'intervalle des coups à

frapper avant de commencer le feu doit être réglé; sans cette

précaution le témoin d'un habile tireur donnerait ce signal très

lentement afin de permettre à son client de profiter de ses avantages.

Par contre, le témoin du plus faible donnerait le signal très vite,

afin de paralyser les moyens du plus adroit. Ce duel n'étant bon qu'à

égaliser les chances entre l'adresse et l'inexpérience, il est aussi

juste que nécessaire de régler les intervalles du signal.

Il est juste encore que le droit de le donner appartienne au témoin de

l'insulté, comme il est dit à l'article 8 du présent duel.

La règle essentielle et inflexible est, nous le répétons, de tirer au

troisième coup frappé et tirer simultanément! _Simultanément!_ Oui!

Ici la situation est de toute gravité. Pour tous les deux, elle décide

de la vie et de l'honneur, et pour tirer avant, pour tirer après le

signal, on n'admet ni l'excuse de l'émotion ni aucune excuse

imaginable.

Dans ce duel, la responsabilité des témoins est des plus grave. Aussi

exige-t-il de leur part la plus scrupuleuse attention. Heureux les

témoins qui par leur vigilance et par leur fermeté, parviennent à

obtenir la complète précision, la parfaite régularité d'exécution dans

la conduite d'un duel au commandement.

Il est parfaitement logique que dans les règles des divers duels au

pistolet, le blessé n'ait pas même limite de temps pour faire feu. La

raison en est évidente; comme dans le duel _de pied ferme_ par

exemple, on tire l'un après l'autre, en prenant tout le temps

nécessaire pour viser avant le premier feu; qu'on accorde une minute à

celui qui n'aurait pas tiré, pour le faire, quand bien même il ne

serait pas blessé; n'est-il pas on ne peut plus juste de lui accorder

le double de temps, s'il est blessé?

* * * * *

_Dans le duel à marcher_, la marche n'étant pas interrompue, et celui

qui est blessé et tombé perdant l'avantage de marcher jusqu'à la

limite indiquée, il est donc aussi équitable que nécessaire de lui

accorder une minute de plus pour compenser le dommage qu'il éprouve de

ne pouvoir plus diminuer la distance qui le sépare de son adversaire.

Il n'en est plus de même dans le duel à marche interrompue, car au

premier coup tiré le champion reste en place.

Le blessé ne perdant plus l'avantage d'avancer, il n'y a donc plus

nécessité de lui accorder aucune compensation, et une minute doit

paraître plus que suffisante pour tirer, s'il lui reste une force en

mesure d'obéir à sa volonté.

Dans les duels au pistolet, nous conseillerons toujours aux témoins de

s'arrêter aux plus simples, car il est beaucoup plus facile pour eux

de les surveiller, d'obtenir la stricte exécution des conventions, et

par là même de dégager leur responsabilité.

Nouveau Code du Duel: Histoire, Législation, Droit Contemporain · 第 131 / 208 题