SUR LES ARTICLES 18, 19, 20 ET 21.

Sur une riposte du tout au tout portée dans un combat mené avec une

égale vigueur de part et d'autre, où les coups se succèdent avec une

précipitation proportionnelle à l'ardeur croissante des combattants,

ne peut-il point arriver, et n'arrive-t-il pas assez souvent qu'on

n'ait pas eu le temps de s'apercevoir que son adversaire est désarmé?

C'est dans le but d'éclairer cette situation que nous avons introduit

dans l'article 19, le mot _visiblement_. Sans doute tout combattant

pour lequel il a pu être visible que son adversaire est désarmé, doit,

sans attendre la voix des témoins, rompre en garde et s'arrêter; si

les témoins ont pu voir que l'épée était sortie de la main avant la

riposte, le combattant armé est sensé s'en être aperçu, et s'il a

touché son ennemi, il a commis une violation des règles du duel. Si

l'on se refusait à admettre cette supposition, on arriverait à frapper

son adversaire quand son épée serait à terre. Ici tout dépend de la

vigilance et de la sûreté de coup d'œil des témoins, le temps et la

position doivent leur fournir les bases nécessaires pour établir leur

jugement sur cette importante question.

Nous le répétons, tout combattant qui a blessé son adversaire doit,

selon les règles de la délicatesse du point d'honneur, rompre en

restant en garde et s'arrêter; mais il arrive souvent que l'animation

du combat empêche pendant quelques instants de sentir une blessure;

d'ailleurs, le combat n'est réellement arrêté, selon les règles du

duel, que par le commandement des témoins, ou en cas de désarmement.

Ceci s'explique parfaitement. Emporté par l'amour-propre et par son

ardeur, souvent le blessé continue peut-être avec plus de vigueur, au

moins pour le moment, et celui qui a porté le coup croit n'avoir pas

touché.

Il ne suffit pas que les témoins crient d'arrêter, mais il faut que

leur voix soit toujours entendue et obéie, et qu'ils aient les moyens

de dégager leur responsabilité à cet égard. C'est dans ce but que,

dans le chapitre IV, nous avons établi les articles 38 et 39.

Au moment où les témoins crient d'arrêter, les deux témoins les plus

proches s'avancent vers les combattants, les font rompre, et se

tiennent à leur côté presque face à face, en baissant le bout de leur

arme, et invitant les adversaires à baisser la pointe de leur épée.

Pendant ce temps-là les deux autres témoins peuvent conférer et aviser

sans craindre le moindre inconvénient.

Cette méthode que nous avons vu pratiquer dans différentes affaires

auxquelles nous avons assisté, soit comme acteur, soit comme témoin,

nous a paru excellente pour garantir de toute violation des conditions

du duel.

Sauf la condition d'une blessure sérieuse, ou surtout d'un duel à

outrance, le combattant blessé peut ne pas recommencer s'il le juge

convenable; mais s'il y consent, ses témoins doivent juger s'il leur

convient d'assumer la responsabilité de le lui permettre, et dans le

cas de l'affirmative, ils doivent ne pas être plus de dix minutes

avant de le faire mettre en garde.

Nouveau Code du Duel: Histoire, Législation, Droit Contemporain · 第 120 / 208 题