SUR LES ARTICLES 16 ET 17.

Toute rencontre a pour but de venger une offense ou de donner

réparation de l'offense. Comme nous l'avons déjà fait observer, il est

plus sage, il est plus équitable de reconnaître ses torts, de les

réparer; l'on s'épargne ainsi des regrets; car si l'on compromet sa

vie pour expier un tort, on met également en jeu la vie d'un innocent.

Mais il est un tort bien plus grave, une injustice plus criante que

celle d'invoquer les liens de parenté, d'amitié, de confraternité dans

une association, pour prétendre tirer vengeance de l'homme d'honneur

qui a donné satisfaction par les armes ou qui l'a reçue, si les

chances du combat lui ont été favorables.

Beaucoup trop souvent, on a vu des parents, des amis, des collègues

prétendre tirer vengeance immédiate du sang répandu, annoncer par

avance leur prétention. N'a-t-on pas vu des témoins se porter une

double provocation?

Quand bien même la force morale d'un homme ne se laisserait point

abattre par de pareilles attaques, ne serait-il pas juste de lui

accorder le droit de ressusciter l'ancien usage des _seconds_, des

_tiers_, des _quarts_? Chacun pourrait compléter son monde, et

combattre en nombre pair. Cette injuste prétention tendrait à

perpétuer une querelle à l'infini, à régulariser la _vendetta_!!!

Ici les lois de l'honneur sont en parfait accord avec les lois

civiles; le payement éteint la dette, la réparation éteint l'offense.

Vouloir déroger à ces principes d'une justice reconnue, c'est demander

la vie d'un homme honorable au nom des rancunes et des passions qui

pouvaient commander naguère dans les mœurs des siècles de barbarie,

mais qui, fort heureusement, ne sont plus en rapport avec la

civilisation moderne. (_Voir_ chapitre V, exemple no 2.)

Il est bien entendu qu'un père répond de sa fille, un frère de sa

sœur, un mari de sa femme, etc., un cavalier répond également des

dames qu'il accompagne.

Réciproquement, le droit leur est acquis de demander raison de toute

injure ou même impolitesse qui pourrait être commise envers des femmes

que le droit naturel ou social oblige à protéger.

La femme jouit d'une considération et de prérogatives très étendues

dans notre société civilisée. Les plus nobles et les plus délicats

sentiments du cœur, les conseils d'une éducation distinguée, le tact,

obligent à n'en jamais abuser, afin d'éviter de compromettre les

objets de sa tendresse, en se mettant elle-même sur la sellette.

Rien n'est plus vrai que le proverbe:

_La femme la mieux louée est celle dont il n'est jamais parlé._

Nous avons été scandalisé d'un mot prononcé par un homme pourtant bien

placé dans la société, en parlant de sa femme, très inconsidérée dans

ses discours: «La femme ça ne compte pas! (_sic_)»

Celui qui prononçait de telles paroles ne s'exposait-il pas à la

présomption de ne point compter lui-même pour beaucoup sur un terrain

donné?

Nouveau Code du Duel: Histoire, Législation, Droit Contemporain · 第 74 / 208 题