Toute rencontre a pour but de venger une offense ou de donner
réparation de l'offense. Comme nous l'avons déjà fait observer, il est
plus sage, il est plus équitable de reconnaître ses torts, de les
réparer; l'on s'épargne ainsi des regrets; car si l'on compromet sa
vie pour expier un tort, on met également en jeu la vie d'un innocent.
Mais il est un tort bien plus grave, une injustice plus criante que
celle d'invoquer les liens de parenté, d'amitié, de confraternité dans
une association, pour prétendre tirer vengeance de l'homme d'honneur
qui a donné satisfaction par les armes ou qui l'a reçue, si les
chances du combat lui ont été favorables.
Beaucoup trop souvent, on a vu des parents, des amis, des collègues
prétendre tirer vengeance immédiate du sang répandu, annoncer par
avance leur prétention. N'a-t-on pas vu des témoins se porter une
double provocation?
Quand bien même la force morale d'un homme ne se laisserait point
abattre par de pareilles attaques, ne serait-il pas juste de lui
accorder le droit de ressusciter l'ancien usage des _seconds_, des
_tiers_, des _quarts_? Chacun pourrait compléter son monde, et
combattre en nombre pair. Cette injuste prétention tendrait à
perpétuer une querelle à l'infini, à régulariser la _vendetta_!!!
Ici les lois de l'honneur sont en parfait accord avec les lois
civiles; le payement éteint la dette, la réparation éteint l'offense.
Vouloir déroger à ces principes d'une justice reconnue, c'est demander
la vie d'un homme honorable au nom des rancunes et des passions qui
pouvaient commander naguère dans les mœurs des siècles de barbarie,
mais qui, fort heureusement, ne sont plus en rapport avec la
civilisation moderne. (_Voir_ chapitre V, exemple no 2.)
Il est bien entendu qu'un père répond de sa fille, un frère de sa
sœur, un mari de sa femme, etc., un cavalier répond également des
dames qu'il accompagne.
Réciproquement, le droit leur est acquis de demander raison de toute
injure ou même impolitesse qui pourrait être commise envers des femmes
que le droit naturel ou social oblige à protéger.
La femme jouit d'une considération et de prérogatives très étendues
dans notre société civilisée. Les plus nobles et les plus délicats
sentiments du cœur, les conseils d'une éducation distinguée, le tact,
obligent à n'en jamais abuser, afin d'éviter de compromettre les
objets de sa tendresse, en se mettant elle-même sur la sellette.
Rien n'est plus vrai que le proverbe:
_La femme la mieux louée est celle dont il n'est jamais parlé._
Nous avons été scandalisé d'un mot prononcé par un homme pourtant bien
placé dans la société, en parlant de sa femme, très inconsidérée dans
ses discours: «La femme ça ne compte pas! (_sic_)»
Celui qui prononçait de telles paroles ne s'exposait-il pas à la
présomption de ne point compter lui-même pour beaucoup sur un terrain
donné?