DÉFINITION DU DUEL

_Duel_, du mot latin _duellum_, fait lui-même de deux, _duo_: _combat

entre deux personnes_.

Le duel est un combat singulier que se livrent volontairement deux ou

plusieurs personnes pour un intérêt privé, d'après une convention

antérieure et en suite d'un défi ou appel en forme de cartel, motivé

par une offense.

Reprenons chacune de ces conditions en particulier:

_Volontairement._ Ceci n'a pas besoin d'être démontré. Si le combat

n'était pas volontaire de part et d'autre, il y aurait attaque plus ou

moins déloyale d'un côté, légitime défense de l'autre, mais il n'y

aurait point de duel.

_Pour un intérêt privé._ Les temps anciens nous ont offert des

exemples de combats singuliers, destinés à vider une querelle

publique, mais ce n'étaient pas là des duels dans l'acception que l'on

donne maintenant à ce mot.

_Il faut que le duel ait été précédé d'une convention_, c'est-à-dire

que l'on soit convenu de se battre, et que le lieu, l'heure et les

conditions du combat aient été déterminés d'un commun accord, et avec

l'assistance de tiers appelés _témoins_.

Cet accord constitue l'un des éléments caractéristiques du duel.

Ainsi: que dans une rixe deux personnes en viennent aux voies de fait,

et que de la lutte il résulte la mort de l'un d'eux, ou des blessures

plus ou moins graves, c'est là un délit ordinaire que répriment les

lois pénales chez tous les peuples civilisés, mais ce n'est point un

duel.

_La convention procède de l'acceptation d'un défi, appel ou cartel. Le

défi ou cartel est motivé par une offense._

Ces deux dernières conditions ne nécessitent pas d'explications.

Le duel _sans témoins_ ne peut être considéré comme duel. Il est hors

la loi du point d'honneur, et ne peut figurer dans le _Code du duel_.

Nous proscrivons d'une manière absolue le duel _entre femmes_, et

cela, sans nous préoccuper de provoquer l'hilarité de nos lecteurs.

Sans remonter trop loin dans l'histoire des duels, nos lecteurs, tant

sur les bords de la Tamise que sur ceux de la Seine, ne peuvent

ignorer les exploits de la dame de Chatan Gay de Muret, qui finit dans

une rencontre; de madame de Saint-Balmont et enfin, sous le dernier

règne, de la danseuse Maupin? Ponson du Terrail, de regrettable

mémoire, raconterait mieux que nous l'intéressante et romanesque

rencontre qui eut lieu sous la Régence, entre mesdames de Polignac et

de Nesle. Irritée de l'abandon du bel et volage duc de Richelieu,

madame de Polignac s'en prend à madame de Nesle, et la provoque en

combat singulier.

Arrivées dans une clairière du bois de Boulogne, les deux amazones

descendent de leurs carrosses, et après s'être courtoisement adressé

le salut d'usage dans la bonne compagnie, échangent un coup de

pistolet. Blessée à la poitrine, madame de Nesle, pendant qu'on la

pansait sur le terrain même, s'écrie que celui qu'elle aimait «était

digne qu'on versât pour lui un sang encore plus beau.»

Nous sommes d'avis que les dames ne sauraient mieux faire que de

conserver le plus pur, le plus beau sang, pour inoculer à leurs fils

ces nobles sentiments d'honneur, de délicatesse, de bravoure et de

dévouement envers la patrie! Nous dirons donc:

_Les femmes ne sont admissibles ni comme acteur, ni comme témoin, dans

les rencontres._

Nous ne contestons point à tout témoin soupçonneux le droit d'employer

les moyens ordinaires des commandants de recrutement pour s'assurer,

avant d'accorder son assistance, que le champion «_habet quod habere

debet_.»

Que si quelque amazone de la deuxième portion du XIXe siècle,

parvenait à traverser tous les obstacles, nous l'adressons à M. le

procureur général Dupin, dont l'inflexibilité ne pourra manquer de se

laisser tant soit peu désarmer par les beaux yeux du plus gracieux, du

plus charmant produit de la création!

Nouveau Code du Duel: Histoire, Législation, Droit Contemporain · 第 44 / 208 题