XVI

Drelin! din! din! faisait la sonnette d'une porte derrière laquelle se

tenaient immobiles et souriants un jeune homme et une ravissante femme

blonde d'une vingtaine d'années.

Drelin! din! recommença la sonnette.

Pendant ce carillon, la gentille blonde se pencha à l'oreille du jeune

homme et lui souffla:

--Gontran, ce n'est pas ton oncle, M. Fraimoulu, qui sonne?

--A quoi le reconnais-tu, mignonne?

--Quand ton oncle a monté nos cinq étages, sa respiration exécute un

bruit de trompette qui le trahit.

--Pour plus de sûreté, faisons usage de notre judas, proposa Gontran qui

jugeait que deux certitudes valent mieux qu'une.

Ce disant, il avait retiré une cheville plantée dans un trou qui, allant

toujours se rétrécissant, permettait au regard, par un orifice à peu

près imperceptible sur le carré, de voir qui sonnait.

--Non, ce n'est pas mon oncle. Celui-ci n'a pas la tournure ni la

chevelure grisonnante de mon cher parent, déclara Gontran au bout d'un

court examen.

--Alors, qui est-ce? demanda la jeune femme après un soupir de

satisfaction qui prouva combien elle avait redouté que ce fût Fraimoulu.

--Là-dessus, je ne saurais te renseigner, ma chérie, car notre

particulier ne montre que son dos... Il faut attendre qu'il me tourne

son visage.

Et tout aussitôt:

--Ah! voici sa figure! annonça Gontran.

--Eh bien? demanda la blonde.

--Non seulement je ne connais pas ce visiteur-là, mais il ne me souvient

pas avoir jamais vu sa tête.

Et Gontran quitta son trou en disant:

--Je crois que nous pouvons nous risquer à ouvrir.

La blonde l'arrêta vivement.

--Non, non, dit-elle avec frayeur. Si cet inconnu était un espion envoyé

par ton oncle?

--Oh! oh! fit en riant Gontran, sais-tu ma bonne Henriette, que tu fais

un ogre de mon oncle qui, pour moi, n'a qu'un tort à ton égard... celui

de ne pas te connaître, car il t'aimerait?

--Un vilain homme qui veut nous séparer! prononça la blonde avec des

larmes dans les yeux.

--Nous séparer! Tu, tu, tu! Est-ce que je ne suis pas là pour m'y

opposer, ma bellotte? dit gentiment le jeune homme en étanchant les

larmes sous un baiser.

Pendant ce dialogue à voix basse, le sonneur, de l'autre côté, s'était

impatienté.

Drelin! din! din! répéta la sonnette avec un vacarme beaucoup plus

accentué.

Immédiatement après, on entendit une voix mécontente qui grognait:

--Que le diable étrangle le portier qui m'a fait inutilement grimper

cinq étages!

--Voyons un peu la mine qu'il fait en maudissant le concierge, dit

Gontran qui remit son oeil au trou.

Après quoi, tout bas à Henriette, qui s'était rapprochée pour qu'il lui

communiquât ses observations:

--C'est un jeune homme, annonça-t-il... Le voici qui écrit au crayon

sur un feuillet qu'il a arraché de son carnet... il plie le papier...

Maintenant, il se baisse pour le glisser sous la porte... Voilà qui est

fait.

Puis, retenant la blonde qui s'élançait déjà pour ramasser le papier:

--Minute! chérie, dit-il; attendons au moins que ce monsieur soit parti.

Ce fut seulement quand le bruit des pas s'était éteint dans la descente

de l'escalier que Gontran prit le papier.

Il le lut à haute voix:

«_Venu pour proposer une bonne affaire à M. Gontran Lambert.--Je

repasserai demain._

»_Signé:_ FRÉDÉRIC BAZART.»

Ce nom éveilla la mémoire de Gontran.

--Frédéric Bazart! répéta-t-il. N'est-ce pas ainsi que tous les

journaux, qui ont rendu compte du double crime, ont appelé celui qu'on

accusait d'avoir tué l'entrepreneur Bazart et sa femme?

A ces mots, la belle blonde se mit à trembler et telle était la peur

bleue que lui inspirait l'oncle Fraimoulu, qu'elle bégaya:

--Est-ce que ton oncle, pour nous séparer, songerait à me faire

assassiner?

La conquête d'une cuisinière I Seul contre trois belles-mères · 第 23 / 40 题