XVII

Seigneur, je peigne mes cheveux, je les peigne en

pleurant, parce que vous me laissez seule, et que

vous vous en allez dans les montagnes.

_La Dame au Comte_, romance.

Éthel, cependant, avait déjà compté quatre jours longs et monotones

depuis qu’elle errait seule dans le sombre jardin du donjon de

Slesvig; seule dans l’oratoire, témoin de tant de pleurs et confident

de tant de vœux; seule dans la longue galerie où, une fois, elle

n’avait pas entendu sonner minuit. Son vieux père l’accompagnait

quelquefois, mais elle n’en était pas moins seule, car le véritable

compagnon de sa vie était absent.

Malheureuse jeune fille! Qu’avait fait cette âme jeune et pure pour

être déjà livrée à tant d’infortune? Enlevée au monde, aux honneurs,

aux richesses, aux joies de la jeunesse, aux triomphes de la beauté,

elle était encore au berceau qu’elle était déjà dans un cachot;

captive près d’un père captif, elle avait grandi en le voyant dépérir;

et pour comble de douleurs, pour qu’elle n’ignorât aucun esclavage,

l’amour était venu la trouver dans sa prison.

Encore si elle eût pu avoir son Ordener auprès d’elle, que lui eût

fait la liberté? Eût-elle su seulement s’il existait un monde dont on

la séparait? Et d’ailleurs, son monde, son ciel, n’eussent-ils pas été

avec elle dans cet étroit donjon, sous ces noires tours hérissées de

soldats, et vers lesquelles le passant n’en aurait pas moins jeté un

regard de pitié?

Mais, hélas! pour la seconde fois, son Ordener était absent; et, au

lieu de couler près de lui des heures bien courtes, mais toujours

renaissantes, dans de saintes caresses et de chastes embrassements,

elle passait les nuits et les jours à pleurer son absence et à prier

pour ses dangers. Car une vierge n’a que sa prière et ses larmes.

Quelquefois elle enviait ses ailes à l’hirondelle libre qui venait lui

demander quelque nourriture à travers les barreaux de sa prison.

Quelquefois elle laissait fuir sa pensée sur le nuage qu’un vent

rapide enfonçait dans le nord du ciel; puis tout à coup elle

détournait sa tête et voilait ses yeux, comme si elle eût craint de

voir apparaître le gigantesque brigand et commencer le combat inégal

sur l’une des montagnes lointaines dont le sommet bleuâtre rampait à

l’horizon ainsi qu’une nuée immobile.

Oh! qu’il est cruel d’aimer alors qu’on est séparé de l'être qu’on

aime! Bien peu de cœurs ont connu cette douleur dans toute son

étendue, parce que bien peu de cœurs ont connu l’amour dans toute sa

profondeur. Alors, étranger en quelque sorte à sa propre existence, on

se crée pour soi-même une solitude morne, un vide immense, et, pour

l'être absent, je ne sais quel monde effrayant de périls, de monstres

et de déceptions; les diverses facultés qui composaient notre nature

se changent et se perdent en un désir infini de l'être qui nous

manque; tout ce qui nous environne est hors de notre vie. Cependant on

respire, on marche, on agit, mais sans la pensée. Comme une planète

égarée qui aurait perdu son soleil, le corps se meut au hasard; l'âme

est ailleurs.

Han d'Islande · 第 33 / 93 题