PREMIÈRE ÉDITION

L’auteur de cet ouvrage, depuis le jour où il en a écrit la première

page, jusqu’au jour où il a pu tracer le bienheureux mot FIN au bas de

la dernière, a été le jouet de la plus ridicule illusion. S’étant

imaginé qu’une composition en quatre volumes valait la peine d'être

méditée, il a perdu son temps à chercher une idée fondamentale, à la

développer bien ou mal dans un plan bon ou mauvais, à disposer des

scènes, à combiner des effets, à étudier des mœurs de son mieux; en

un mot, il a pris son ouvrage au sérieux.

Ce n’est que tout à l’heure, au moment où, selon l’usage des auteurs

de terminer par où le lecteur commence, il allait élaborer une longue

préface, qui fût comme le bouclier de son œuvre, et contînt, avec

l’exposé des principes moraux et littéraires sur lesquels repose sa

conception, un précis plus ou moins rapide des divers événements

historiques qu’elle embrasse, et un tableau plus ou moins complet du

pays qu’elle parcourt; ce n’est que tout à l’heure, disons-nous, qu’il

s’est aperçu de sa méprise, qu’il a reconnu toute l’insignifiance et

toute la frivolité du genre à propos duquel il avait si gravement

noirci tant de papier, et qu’il a senti combien il s’était, pour ainsi

dire, mystifié lui-même, en se persuadant que ce roman pourrait bien,

jusqu’à un certain point, être une production littéraire, et que ces

quatre volumes formaient un livre.

Il se résout donc sagement, après avoir fait amende honorable, à ne

rien dire dans cette espèce de préface, que monsieur l’éditeur aura

soin en conséquence d’imprimer en gros caractères. Il n’informera pas

même le lecteur de son nom ou de ses prénoms, ni s’il est jeune ou

vieux, marié ou célibataire, ni s’il a fait des élégies ou des fables,

des odes ou des satires, ni s’il veut faire des tragédies, des drames

ou des comédies, ni s’il jouit du patriciat littéraire dans quelque

académie, ni s’il a une tribune dans un journal quelconque; toutes

choses, cependant, fort intéressantes à savoir. Il se bornera

seulement à faire remarquer que la partie pittoresque de son roman a

été l’objet d’un soin particulier; qu’on y rencontre fréquemment des

K, des Y, des H et des W, quoiqu’il n’ait jamais employé ces

caractères romantiques qu’avec une extrême sobriété, témoin le nom

historique de _Guldenlew_, que plusieurs chroniqueurs écrivent

_Guldenloëwe_, ce qu’il n’a pas osé se permettre; qu’on y trouve

également de nombreuses diphtongues variées avec beaucoup de goût et

d’élégance; et qu’enfin tous les chapitres sont précédés d’épigraphes

étranges et mystérieuses, qui ajoutent singulièrement à l’intérêt et

donnent plus de physionomie à chaque partie de la composition.

Janvier 1823.

Han d'Islande · 第 3 / 93 题