LA COMTESSE DIANE

Celui de mes amis dont je rapporte quelquefois ici les propos, voyant

sur ma table un de ces mignons recueils de «pensées» et de «maximes» que

publie l'éditeur Ollendorff, eut une moue dédaigneuse d'homme

supérieur--cette moue de Pococurante qui faisait dire à Candide: «Quel

grand génie que ce Pococurante! Rien ne peut lui plaire,»--et, sans

prendre seulement la peine de feuilleter le petit volume, il me tint à

peu près ce discours:

«Jamais on n'a écrit autant de _Pensées_ que dans ces derniers temps:

_Petit bréviaire du Parisien_, _Roses de Noël_, _Maximes de la vie_,

_Sagesse de poche_, sans compter les nouvelles maximes de _La

Brochefoucauld_ dans la _Vie parisienne_. D'où vient cette

abondance?[74]

[Note 74: _Maximes de la vie_.--Ollendorff.]

«Elle est bien surprenante au premier abord; car, songez un peu à ce

que doit être un livre de _Pensées_! Du triple extrait de sagesse, de

science et d'expérience. Il y faut, à chaque ligne, de la profondeur, de

la finesse, de la délicatesse ou de l'esprit. Par la forme même de son

livre, par la disposition typographique qui, isolant chaque pensée, nous

la présente comme souverainement importante et nous la propose pour

sujet de méditation, l'auteur semble prendre envers nous cet engagement

que chacun de ces brefs alinéas supposera et résumera une masse

considérable d'observations particulières, en contiendra tout le suc,

sera l'équivalent d'un roman, d'une comédie, tout au moins d'un sermon

ou d'une chronique. Il s'oblige à nous donner de l'exquis tout le temps.

Des phrases ainsi mises en vedette, et auxquelles il attache visiblement

tant de prix, n'ont pas le droit d'être insignifiantes ou banales.

«Il est donc furieusement honorable pour notre temps qu'un genre si

difficile y fleurisse: apparemment, si nous écrivons tant de _Pensées_,

c'est que, tard venus dans le monde et à une époque où l'observation est

plus et mieux pratiquée qu'elle ne l'a jamais été, nous sommes un tas de

moralistes très forts qui avons fait le tour des choses, qui sommes

allés partout, et qui en revenons surchargés d'expérience... Mais je me

méfie, comme dit M. Sarcey, et j'ai peur que cette floraison de maximes

ne s'explique encore d'une autre façon.

«Il se pourrait qu'elles fussent charmantes sans être bien neuves,

qu'elles ajoutassent peu de chose au vieux trésor des anciens

moralistes, qu'elles n'eussent guère d'autre valeur que celle d'un

exercice élégant. Une époque avancée, comme celle où nous nous agitons

stérilement, est sans doute une époque de grande expérience, mais aussi

d'habileté extrême en tout genre. Nos contemporains sont adroits comme

des singes. Or, les «maximes et réflexions», c'est un genre connu, qui a

ses procédés. Une pensée, cela s'élabore intérieurement, mais cela se

fabrique aussi par l'extérieur. Les moralistes ont laissé des moules:

ces moules peuvent produire des pensées indéfiniment, car tout ce qu'on

y coule devient pensée. Les _Maximes_ de La Rochefoucauld ne sont plus

ainsi qu'un jeu de société, et c'est pourquoi les femmes, avec leur

faculté d'imitation, leur merveilleuse souplesse d'esprit, y ont maintes

fois excellé. Jeu assez difficile, il faut le reconnaître, mais qui

s'apprend enfin. Les moyens de réussir à ce jeu, il ne serait pas

impossible, je crois, de les formuler, et ce serait même un joli sujet

pour un chroniqueur, qui intitulerait cela: _La Rochefoucauld dévoilé_

ou les _principales manières d'écrire des pensées sans en avoir_.

«D'abord un moraliste, cela est plus ou moins pessimiste, cela n'a pas

d'illusions sur les hommes ni sur les mobiles de leurs actes. Il s'agit

ordinairement, pour lui, de démêler la part d'égoïsme cachée partout,

même dans les vertus. Un bon traité de psychologie classique, qui nous

donne la liste complète des passions et affections bonnes ou mauvaises,

est très commode pour imaginer des «cas». Et le mobile égoïste, on le

trouve toujours, en s'appliquant. La Rochefoucauld a déjà fait ce petit

travail; mais on peut le recommencer; et il y a mille façons de répéter

les mêmes choses en d'autres termes.

«Certains sujets sont inépuisables: la vanité, l'orgueil, l'imagination,

l'amitié, l'amour, les femmes, etc. Les «piperies» de l'imagination se

renouvellent en partie avec les âges. Toutes les oppositions entre

l'amitié et l'amour n'ont pas encore été exprimées. On n'aura jamais dit

de combien de façons l'amour peut être égoïste ou désintéressé, ni de

combien de façons il peut modifier nos autres sentiments. Et sur les

femmes on peut dire tout ce qu'on voudra: tout sera également vrai.

«C'est aussi une mine très riche que les «erreurs de l'opinion».

Quelqu'un qui piocherait la classification de ces erreurs telle que

Bacon l'a établie, et qui s'efforcerait de trouver, pour chaque

catégorie, quelques cas particuliers, arriverait sans trop de peine à un

résultat dont il se saurait beaucoup de gré.

«On peut encore passer en revue les auteurs dramatiques et les

romanciers et libeller sous forme de maximes les vérités qui ressortent

de quelques-unes de leurs œuvres--ou bien rajeunir les proverbes--ou

bien s'emparer d'une pensée célèbre et en prendre le contre-pied: ce

sera presque aussi vrai et cela paraîtra plus piquant.

«Mais surtout il faut feuilleter le dictionnaire et avoir dans la tête

un certain nombre de tours de phrase; car ce sont les mots eux-mêmes et

les tours de phrase connus qui suggèrent le plus de pensées».

«Voici d'abord une formule d'un assez grand usage. Il s'agit de trouver

quatre sentiments, passions, vices, vertus, qualités, défauts, etc.,

dont les deux premiers soient entre eux dans le même rapport que les

deux derniers. Le schème ordinaire est celui-ci: «... _est à... ce

que... est à_...» Il est évident que, dès qu'on a les deux premiers

mots, on parvient presque toujours à trouver les deux autres. Par

exemple... (mais il va sans dire que mes exemples n'ont aucun prix: je

les improvise et ils valent exactement ce qu'ils me coûtent), on me

donne _pudeur_ et _innocence_. Voyons un peu: _La pudeur est à

l'innocence_... mettons: _ce que la modestie est à la vertu;_ ou bien:

_ce que le duvet est à la pêche_; ou bien _ce qu'un léger voile est à la

beauté_. Et alors la «proportion» se corse d'une image.--Autre exemple.

Je prends _mélancolie_ et _tristesse_; je songe tout de suite à _rire_

et _gaieté_, et j'écris: _La mélancolie n'est pas plus de la tristesse

que le rire n'est de la gaieté_. Cela ne veut rien dire, mais on ne s'en

douterait pas.

«Nous appellerons cela la pensée _algébrique_».

«La préoccupation de faire des antithèses suggère aussi beaucoup de

pensées. Il est rare que la réunion de mots exprimant des idées

contraires n'ait pas l'air de signifier quelque chose. _L'amitié naît

des confidences_... voilà qui n'est pas difficile à trouver. Cherchez

l'antithèse, et vous obtiendrez cette maxime, qui vous a un air fin et

qui en vaut une autre: _L'amitié naît des confidences, et elle en

meurt_.

«Ou bien le mot _larme_ vous vient à l'esprit, et il suscite

immédiatement le mot _sourire_. Vous marmottez: _Il y a des larmes...,

il y a des larmes_..., et, comme vous ne voulez rien dire de commun,

vous trouvez d'abord, je suppose: _Il y a des larmes qui remercient_. La

pensée est faite; vous n'avez qu'à ajouter: _et des sourires qui

reprochent_. À moins que vous ne préfériez _des larmes qui disent au

revoir et des sourires qui disent adieu_, ou _des larmes qui rient et

des sourires qui pleurent_. Cela n'est point de première force; mais à

la dixième tentative je trouverais peut-être mieux, et d'ailleurs je ne

m'occupe ici que du procédé.

«Nous appellerons cela la pensée _antithétique_.»

«D'autres fois on s'applique à ébouriffer ses contemporains; on

contredit brusquement, sans crier gare, le sens commun et les

impressions les plus naturelles. Par exemple, on s'écrie tout à coup:

_Il n'est pire orgueil que l'humilité chrétienne_, ou encore: _La vertu

est le plus odieux des calculs parce qu'il est le plus sûr_. Presque

toujours ces boutades ont un air profond. Quand elles risquent d'être

trop impertinentes, on ajoute: _souvent_, _quelquefois_; _il est des

cas_...

«Nous appellerons cela la pensée _paradoxale_.»

«Après le genre tranchant, fendant, le genre suave, poétique, idéaliste.

On avise quelque sentiment ou quelque façon d'agir particulièrement

honorable, et on tâche d'en donner quelque raison ou d'en tirer quelque

remarque qui témoigne à la fois de notre esprit et de notre cœur. À

cette catégorie se rapportent toutes les réflexions sur ce thème, qu'il

est meilleur d'aimer que d'être aimé. On dira fort bien: _Celui que

j'aime ne me doit rien, puisque je l'aime_! Beaucoup de pensées de cette

espèce commencent ainsi: _Il y a une douceur secrète... Il y a je ne

sais quel charme... Il y a un plaisir délicat_... Par exemple: _Il y a

un plaisir délicat, pour un bel homme, à respecter la femme de son ami_.

Comme ce genre supporte et même suppose une psychologie très fine on ne

craindra pas, au besoin, d'allonger un peu la pensée, en la

tarabuscotant. On dira: _L'opinion publique, en flétrissant l'homme qui

est l'obligé de sa maîtresse, ne laisse-t-elle pas entendre que la femme

nous fait, en se donnant, un don complet auquel elle ne saurait ajouter

sans le diminuer par là même_!

«Nous appellerons cela la pensée _genre Vauvenargues_ ou _genre

Joubert_». Celles que je viens de produire sont du Joubert-Jocrisse ou

du Vauvenargues-Guibollard; mais, encore une fois, je n'ai voulu

qu'indiquer le tour et le ton.

«Ou bien on prend des vertus proches voisines ou des vices parents, et

l'on s'évertue à saisir les nuances qui les distinguent. Soit: _orgueil,

vanité, amour-propre, fatuité_. On écrit bravement: _L'orgueil est

viril, la vanité est féminine, l'amour-propre est humain_.--_La fatuité

est la vanité de l'homme dans ses rapports avec la femme_.

--_Il y a un moindre abîme entre la modestie et l'orgueil qu'entre

l'orgueil et la vanité_, etc.

«Nous appellerons cela la pensée _définition_».

«On peut être plus banal encore sans en avoir l'air. On prend la

réflexion la plus vulgaire et on lui donne, par une image imprévue, une

apparence de nouveauté.

Notre imagination dépasse ordinairement ce que nous apporte la réalité,»

voilà certes une pensée qui n'a rien de rare. Eh bien, travaillons

là-dessus. Nous nous rappelons que l'imagination est «la folle du

_logis_»: c'est une première indication. Creusons ce mot _logis_ et nous

ne tarderons pas à écrire: _L'imagination est une maîtresse d'auberge

qui a toujours plus de chambres que de clients_.

«Nous appellerons cela la pensée _pittoresque_».

«Enfin il y a telle idée plate et incolore, telle banalité honteuse, tel

truisme misérable, qu'un tour sentencieux réussit à déguiser en pensée.

Exemple: _Attendre est peut-être le dernier mot de la politique_».

«Nous appellerons cela la pensée _à la Royer-Collard_.

«Pour conclure, les «pensées et maximes» sont un genre épuisé et un

genre futile».

«Un genre épuisé; car ce ne sont jamais que des observations plus ou

moins générales, des remarques explicatives sur des collections de

faits. Or les faits peuvent bien changer et, en partie, l'extérieur de

la vie humaine, mais non point les instincts et les sentiments

primordiaux à la constatation desquels se ramène tout l'effort du

faiseur de maximes. Et ces observations générales, il y a beau temps

qu'elles ont été faites: on ne peut qu'en varier la forme (il est vrai

qu'on le peut indéfiniment et qu'on y peut mettre sa marque

personnelle)».

«Un genre futile; car, pourvu qu'on ait un peu lu, qu'on ait une

teinture de philosophie et une expérience telle quelle de la vie et des

passions humaines, toutes les pensées qui nous viennent sont

nécessairement vraies. Cela est aisé à comprendre. Il n'y a pas de loi

universelle des actes et des sentiments humains: dès lors on est bien

sûr que toute maxime trouvera son application dans la réalité, car elle

constatera forcément ou ce qui arrive presque toujours ou ce qui arrive

quelquefois: si elle ne vise pas la règle, elle visera l'exception. Dans

le premier cas, le lecteur dira: «Comme c'est vrai!» et dans le second

cas: «Tiens! tiens! c'est vrai tout de même»--à moins qu'il ne se

contente de dire, dans le premier cas: «Hum! si on veut!» et dans le

second: «Dame! c'est bien possible!»

«Pourtant la plupart des maximes, quand elles ne sont pas tout à fait

misérables, semblent tout de suite piquantes et ingénieuses--justement

parce qu'elles ont un petit air d'oracle, parce qu'on nous les jette à

la tête sans explications et sans preuves, parce qu'elles sont, pour

ainsi dire, coupées de leurs racines. On se laisse séduire à ce qu'elles

ont quelquefois d'imprévu et d'indémontré. On a tort, car à le bien

prendre, ce qui est intéressant, c'est ce qu'elles suppriment et

sous-entendent, c'est le particulier, ce sont les observations spéciales

que le moraliste est censé avoir faites sur des réalités concrètes et

bien vivantes. Ce qui est intéressant, c'est une nouvelle, un roman, une

comédie de mœurs, un portrait, une chronique, un article de journal;

mais un recueil de «pensées» n'a de valeur qu'à la condition que toutes

se rapportent à un même point de vue, ou reflètent une même philosophie,

ou tendent à nous faire connaître la personne même du moraliste: et

alors il faut que cette personne ne soit point la première venue. C'est

le cas pour Pascal, La Rochefoucauld, La Bruyère, Joubert.

«Maintenant il est très vrai que, même quand les pensées ne sont qu'un

jeu d'esprit, il faut encore beaucoup d'esprit pour y réussir

agréablement.»

Je ne retiens que cet aveu de mon ami Pococurante La preuve qu'il faut,

en effet, déjà beaucoup d'esprit pour écrire des maximes qui soient

simplement agréables et piquantes, c'est que toutes celles qu'il vient

d'improviser avec une prétentieuse négligence ne valent pas le diable.

Il prétend nous démontrer que ce genre littéraire a peut-être bien ses

procédés, comme les autres: belle découverte! Le reste de sa

dissertation revient à dire qu'un livre de maximes vaut exactement ce

que vaut l'esprit de l'auteur: nous n'avions pas besoin du secours de

ses lumières pour nous en aviser.

Le fait est que l'on parcourt avec un plaisir très vif les _Maximes de

la vie_ de la comtesse Diane. Le charme de ce petit livre, c'est qu'il

est franchement féminin: il a la grâce, la légèreté et, dans son manque

apparent d'unité, un joli caprice. Sa principale matière, c'est l'homme

_dans la société_: il est plein de ces remarques que l'on sent bien

venir d'une femme, qu'elle a dû faire dans quelque salon, au courant

d'une causerie. Une femme dont presque toute la vie se passe dans le

monde, en réceptions et en conversations, une femme entourée et

courtisée et dont la présence seule met les vanités en éveil et aussi

les désirs et les tendresses, ne doit-elle pas, avec son intelligence

plus rapide et sa sensibilité plus délicate, recueillir dans la comédie

mondaine de plus fines impressions que nous, mieux saisir certaines

faiblesses ou certains ridicules, démêler en elle et autour d'elle, de

plus rares complications ou de plus subtiles nuances de sentiments? Sur

l'amour, sur le mariage et sur les défauts qui se trahissent surtout

dans les relations mondaines, son expérience peut aller plus loin que la

nôtre. On s'en aperçoit çà et là dans ce petit bréviaire.

Et ce qui ferait reconnaître encore (si on ne le savait) qu'il a été

écrit par une femme, c'est l'aimable étourderie avec laquelle elle pille

souvent, sans le savoir, les classiques du genre et invente de nouveau

ce qui a été dit longtemps avant elle.

On dit qu'on voudrait mourir; oui, on le voudrait..., mais on ne le

veut pas.

Quel dommage que La Rochefoucauld ait déjà dit: «Le soleil ni la mort ne

se peuvent regarder fixement!»

L'intelligence sert à tout, surtout à mettre en œuvre la bonté;

les sots veulent être bons, mais ne savent pas.

Quel dommage que La Rochefoucauld ait déjà dit: «Le sot n'a pas assez

d'étoffe pour être bon!»

Mais qu'importe? Si La Rochefoucauld était venu après la comtesse Diane,

elle l'aurait dit avant lui, voilà tout, car elle est, Dieu merci, assez

riche de son fonds! Les trois quarts au moins de ses maximes sont d'une

qualité tout à fait rare. Il n'y faut pas, au reste, chercher de plan

concerté: c'est le plus ravissant désordre. Désordre prémédité; car vous

trouverez, par exemple, pages 8 et 50, 20 et 36, 6 et 161, 73 et 80, 72

et 90, la même pensée sous des formes différentes: l'auteur, n'ayant le

courage de sacrifier aucune de ses rédactions, a voulu sans doute

dissimuler les redites en les séparant.

Je prends au hasard dans cette poignée de maximes aussi capricieusement

éparses qu'une poignée de jonchets, quelques-unes de celles que j'aime

le mieux et qui rentrent le moins dans les catégories prévues par mon

ami Pococurante:

Je ne crains pas Dieu s'il sait tout.

La calomnie est comme la fausse monnaie; bien des gens qui ne

voudraient pas l'avoir émise la font circuler sans scrupule.

Tout être aimé qui n'est pas heureux paraît ingrat.

Celui qui arrange un mariage sacrifie d'ordinaire une de ses

connaissances à un de ses amis.

On est tenté de croire qu'on fait bien dès qu'on se sacrifie. Comme

l'égoïsme, l'abnégation a son aveuglement.

La vraie séparation est celle qui ne fait pas souffrir.

Ce qu'on dit à l'être à qui on dit tout n'est pas la moitié de ce

qu'on lui cache.

Quand on aime, on se sent moins d'esprit; quand on est aimé, on en

a davantage.

Pour bien donner comme pour bien recevoir, il n'y a qu'à laisser

voir son bonheur.

Il faut qu'un homme soit bien aimable pour qu'on lui pardonne de

n'être pas celui qu'on attendait.

La plus efficace des consolations est d'avoir à consoler.

Les belles dents rendent gaie.

La charité du pauvre, c'est de vouloir du bien au riche.

L'indulgence qui excuse le mal est moins rare que la bienveillance

qui ne le suppose même pas; parce qu'on se fait moins d'honneur en

ne soupçonnant rien qu'en pardonnant tout.

La morale nous défend de céder à la tentation et ne nous console

pas toujours d'y avoir résisté.

Mais tout finirait par y passer. Vous jugez bien qu'on ne fabrique pas

ces pensées-là avec des procédés et des formules. Grâce, finesse et

bonté, indulgence sans illusions, philosophie douce qui rappelle, avec

quelque chose de plus sain et de plus tendre, celle de quelques femmes

du siècle dernier, une sagacité qu'on ne trompe pas, mais qui pardonne

parce qu'elle comprend, une intelligence très pénétrante et passablement

désenchantée, mais consolée par un très bon cœur..., ai-je dit tout ce

qu'on trouve dans les _Maximes_ de la comtesse Diane? J'y mettrais

volontiers ce sous-titre, en arrangeant un peu la phrase de Nicole: «Des

sentiments qu'il faut avoir et des choses qu'il est bon de connaître

pour vivre en paix avec les hommes.» Et j'y ajouterais comme épigraphe,

le mot de Mme de Sévigné, qui résume en effet un grand nombre de ces

_Maximes_: «Rien n'est bon que d'avoir une belle et bonne âme.» Quand

cette belle et bonne âme a par surcroît autant d'esprit que la comtesse

Diane, c'est un délice.

Les Contemporains, 2ème Série Etudes et Portraits Littéraires · 第 42 / 66 题