«Leconte de Lisle, prononcera M. Homais, est complètement dépourvu de
sensibilité. Je n'approuve pas, monsieur, que le poète s'isole et se
désintéresse de son siècle. En a-t-il même le droit? Je me le demande.
Au reste, j'ai peu lu cet auteur.--J'ai vu ses _Erynnies_ à l'_Odéon_,
continue M. Homais avec un fin sourire; Clytemnestre s'appelait
_Klutaïmnêstra_, et c'était fort ennuyeux.»
D'autre part, interrogez les poètes, pas tous, mais les meilleurs
d'entre les jeunes, et quelques curieux çà et là. Assurément ils ne vous
diront point de mal de Victor Hugo, pour la raison qu'Allah est Allah;
mais on sait que dans tous les temples il y a des saints plus
amoureusement chômés que le titulaire du maître-autel; et je crois bien
que parmi ces saints de chapelle M. Leconte de Lisle est le premier.
C'est qu'il offre à ses dévots des œuvres parfaites, où les gens du
métier trouvent un plaisir sans mélange: presque jamais un sentiment
personnel au poète n'y éclate dont la sincérité, l'originalité ou
l'expression puisse être contestée, qui semble, suivant les jours,
insuffisant ou démesuré, ni qui détourne l'attention des mystères
savants de la forme.