=DÉCLARATION=
Le 26 décembre 1910, les soussignés : Sheikh Araouta, fils aîné
d’Araouta, chef des Kel Araouan, habitant Araouan ; Mohammed Ould
Mocktar, notable Bérabich ; Béré, Kel Araouan, chamelier ; Boubakar
Diallo, habitant Tombouctou, interprète, se sont présentés, accompagnés
de M. A. Bonnel de Mézières, explorateur, chevalier de la Légion
d’honneur, chargé de mission par le gouvernement général de l’Afrique
Occidentale française et le gouvernement du Haut-Sénégal et Niger,
devant M. le lieutenant d’infanterie coloniale L. Marc, commandant le
cercle de Tombouctou, remplissant les fonctions d’officier d’état civil,
pour lui faire les déclarations suivantes :
« Chargé par M. F. J. Clozel, gouverneur du Haut-Sénégal et Niger, dit
M. Bonnel de Mézières, de rechercher les restes du major Laing, de
l’armée britannique, assassiné entre Tombouctou et Araouan en 1826 dans
des circonstances imparfaitement connues, j’ai procédé à mon enquête de
la façon suivante :
« Je recherchai d’abord dans le tarikh d’Araouan, qui fut mis à ma
disposition par Sheikh Araouta, le récit de cet événement. Le tarikh en
faisait mention et indiquait le lieu nommé Sahab et l’arbre athilé comme
ayant été l’endroit où avait été commis le crime. C’était également à
cet endroit, disait on, que les caisses et objets divers de la victime
avaient été brûlés et enterrés.
« Cette indication précieuse était néanmoins incomplète, car il fallait
connaître exactement l’emplacement de cet arbre.
« Dans ce but, je me suis mis en rapport avec Mohammed Ould Mocktar,
notable Bérabich habitant habituellement Araouan, et qui, neveu
d’Ahmadou Labeida, à l’époque chef des Bérabich, et auteur du meurtre,
avait été élevé par lui et devait être au courant de cette affaire.
« Mohammed Ould Mocktar me confirma les récits du tarikh, me dit en
effet que les deux ou trois caisses qu’avait le major Laing furent
brûlées ou jetées dans un trou contenant du feu auprès de l’arbre, et
qu’il était peut-être possible d’en trouver encore des restes, mais que
le corps avait été laissé sans sépulture.
« Toutefois, il ajouta qu’on devait probablement pouvoir recueillir
quelques ossements, car, peu de temps après le crime, un Bérabich nommé
Brahim Ould Oumar Ould Salah, des Oulad Sliman, passant par l’athilé,
vit des débris humains qui étaient mangés par les oiseaux. Ignorant ce
qui s’était passé, il enterra ces débris auprès de l’arbre. Mohammed
Ould Mocktar me déclara en outre qu’il connaissait fort bien cet arbre,
car un jour, quittant Tombouctou en compagnie de Ahmed Labeida et Himmid
son fils, de Feradji Ould Eli Ould Abdallah, Himmid demanda à son père
de lui montrer l’arbre athilé. Ils s’y rendirent. Mohammed Ould Mocktar
me déclara qu’il était certain de pouvoir le retrouver.
« Muni de ces renseignements et guidé par Mohammed Ould Mocktar, nous
sommes arrivés, le 21 décembre, à l’endroit nommé Sahab, situé entre
Laouessi et Agonégifal, à environ 50 kilomètres au nord de Tombouctou.
Le jour même, nous commencions nos recherches et une fosse fut creusée
sur le côté ouest de l’arbre. Le lendemain matin 22, vers neuf heures et
demie, le travailleur Béré mit à jour, à environ 0 m. 50 du pied de
l’arbre et à une profondeur de 1 m. 25, dans une couche d’argile voisine
du sable, des morceaux de crâne, une section de vertèbre et différents
ossements.
« Malgré nos recherches dans un rayon d’environ un mètre autour de cette
place, nous ne pûmes rien découvrir d’autre et il est permis de penser
que, conformément aux indications données, nous ne pouvions espérer
trouver davantage. Nous étions donc probablement en présence des restes
du major Laing.
« J’ai donc l’honneur de venir, accompagné des différentes personnes qui
m’ont aidé dans ces recherches ou qui ont été témoins de la découverte,
vous remettre officiellement ces différents ossements, et vous certifier
que ce sont bien ceux découverts le 22 décembre dernier au lieu nommé
Sahab et au pied de l’athilé. »
En foi de quoi nous avons signé la présente déclaration en double
expédition, dont lecture et traduction ont été données à chacun de nous.
L’extrait du tarikh d’Araouan ayant trait à l’assassinat du major Laing
accompagne cette déclaration. »
Tombouctou, le 26 décembre 1910.