Quand tout fut consumé, on enfouit sous le sable les cendres du foyer.
Les serviteurs de Labeida s’arrangèrent cependant pour avoir une part de
butin. Ils ne craignirent pas d’être empoisonnés par l’or de leur
victime, et gardèrent pour eux les quelques pièces de monnaie qu’ils
trouvèrent dans l’une des caisses. On dit même qu’Ahmadou Labeida
accepta pour sa part une breloque en or ayant appartenu à Laing et qui
figure un petit coq. Ce bijou serait encore entre les mains de Mehemed
ould Mehemed, le petit-fils de l’assassin, dont nous parlons plus loin.
Pour que l’insulte fût complète, les cadavres de Laing et de son
serviteur furent abandonnés sans sépulture au pied de l’athilé, et les
oiseaux en firent leur proie. Quelques jours plus tard, un Bérabich
nommé Brahim ould Oumar ould Salah, de la tribu des Ouled Sliman,
passant auprès de l’athilé, vit des débris humains dont les oiseaux de
proie becquetaient les lambeaux ; sans savoir ce qui s’était passé, il
les enterra au pied de l’arbre. Cet homme apprit plus tard à qui il
avait ainsi rendu les derniers devoirs et il s’écria : « J’ai cru
enterrer les restes d’un musulman. Si j’avais su que c’étaient ceux d’un
chrétien, je les aurais laissés tels quels ».
Ainsi périt, à l’âge de 32 ans, un des hommes les plus merveilleusement
doués pour l’exploration africaine qu’ait connu le XIXe siècle.
Convaincu de la noblesse de son rôle, se regardant comme le représentant
de la civilisation européenne, Laing, par son respect de lui même,
commandait le respect et l’admiration des indigènes. Parmi tant de
vaillants qui ont donné leur vie pour la cause africaine, une place
d’honneur doit être réservée au conquérant de Tombouctou, qui fut un
héros et un martyr.
[Illustration : PLANCHE XI