La Pentecôte fut chez les Hébreux, aussi bien que chez les peuplades

indo-européennes, une fête agricole. C’est au moment béni, attendu,

espéré longuement, où la faucille coupe les derniers chaumes, où, sur

les rousses javelles, s’entasse l’herbe dorée, objet de tant de

sollicitudes et d’amour. Les influences mauvaises, les Esprits

dévastateurs du blé, sont à présent, vaincus. C’est le moment d’allumer

les feux qui portent au Soleil, dans les brèves nuits du solstice, un

hommage de gratitude exaltée. Et voici le bûcher de la Saint-Jean. Que

l’on y brûle des pommes de pin, puisque le jeune Athis, qui n’est autre

que le Soleil invaincu, se réjouit de la résine parfumée! Et que l’on

prodigue aussi les plantes d’Adonis, guirlandes odorantes de roses, de

fenouil! Mais, avant tout, que l’on mette au feu, que l’on brûle vif, ce

petit renard, si friand de la vigne, ce Démon à quatre pattes en qui

s’incarnent les mauvais Esprits, hostiles à la moisson. _Capite nobis

vulpes parvulas quæ demoliuntur vineas_ (_Cant._) Ils se cachent dans la

dernière gerbe. Aussi convient-il de procéder aux rites magiques propres

à garantir les fruits de la terre et les récoltes à venir. Aux fêtes de

Cérès, Rome lâchait dans le cirque des «chiennes rouges» que l’on jetait

ensuite, dans le feu. Le Moyen Age en usait de même avec les Albigeois,

dans lesquels se retrouvaient, d’après l’Inquisition, les renards du

_Cantique_. Mais le Travail s’est rendu victorieux des forces adverses.

L’homme, par ses vertus, a mérité que la grêle épargnât les champs

patrimoniaux. La chaleur des jours, la rosée amicale des nuits ont accru

cette goutte de lait qui devient plus tard, la poudre nourricière. Les

Esprits tutélaires ont défendu l’épi. Ceux qui dérobaient encore leur

méchanceté sous la peau du renard maléfique, brûlent, à présent, sur le

bûcher joyeux. Ils n’inquiéteront plus, désormais, l’Ame du Froment qui

reviendra, l’an prochain, souriante et rajeunie, avec Eurydice et les

premières fleurs.

La Pentecôte n’est que tard devenue fête du Paraclet. Avant d’apporter

les dons du Saint-Esprit, les _Charismes_ (discernement, éloquence) les

Langues de Feu restèrent longtemps ces flammes vives du Soleil qui font

naître la vie et la beauté. La Visitation de l’Esprit! De l’Esprit, sans

doute, mais de l’Esprit évoqué par Faust, au soir de Pâques,

l’_Erdgeist_, Maître du Monde et Roi des secrètes profondeurs.

Dans la piété moderne, le Saint-Esprit occupe un rang distingué encore

que subalterne. Il reçoit des ouailles bien pensantes un tribut annuel

d’hommages, corrects mais sans enthousiasme. De ses mauvaises

fréquentations avec tant d’hérésiarques, avec les Patarins du

Montsalvat, les sectateurs de la Colombe et toutes les sortes de

Manichéens, il reste au Paraclet je ne sais quel renom d’indépendance et

de libre pensée, inquiétant pour les personnes pieuses. On peut dire que

c’est le parent pauvre de la Trinité.

Quoi qu’il en soit, la Pentecôte, deuxième Pâque, passage du Printemps à

l’Été, de l’Amour à la Génération, du Travail à la Richesse, occupe,

entre les fêtes, un rang d’élection.

Dans le Christianisme ésotérique, figuration de l’Homme Universel, elle

représente l’acquisition définitive de la Vérité par l’Esprit humain.

Elle occupe une place dans les «doubles majeurs» institués, au nombre de

quatre, par l’Église afin de représenter les diverses étapes que l’homme

traverse, de la naissance à la mort: Noël, principe de la fixation des

êtres, Pâques, glorification de l’amour et du sang, de la vie;

Ascension, triomphe de l’Esprit et du fluide nerveux. La Pentecôte se

célèbre en ornements rouges (quelquefois rouge et or), tandis que la

Saint-Jean, qui vient après, la Saint-Jean, fête des vieillards (pour

qui, dit M. Georges Lanoë, il n’est plus de fête, sinon de regarder

vivre la jeunesse, de bénir ses travaux et ses jeux) se doit célébrer en

ornements violets rehaussés d’argent. Ceux de Pâques étaient blancs,

afin d’accréditer la résurrection de l’Agneau: _beati qui lavant stolas

in sanguine Agni_. A présent, les jours diminuent. Les grandes

cérémonies agricoles et religieuses ont pris fin. L’herbe desséchée

exhale ses derniers parfums, sous le rateau des faneuses. Le blé

s’amoncelle en graines d’or sur l’aire ensoleillée. Il ne reste plus que

le raisin à presser dans la cuve. L’homme a passé la première partie de

son existence à préparer la vieillesse. Opulent ou misérable, inconnu ou

glorieux, solitaire ou comblé d’enfants, toutes les vendanges sont à

présent faites pour lui.

Désormais, assis au tournant suprême de la route il n’a plus d’autre

soin que d’attendre la mort.

Les religions se transforment, naissent, vivent et meurent, comme tous

les organismes, individuels ou collectifs. Mais, derrière la façade

pompeuse ou ridicule, temple, synagogue, mosquée ou cathédrale, s’érige

l’Église éternelle. Depuis qu’elle existe, l’Humanité y célèbre la fête

éternelle du Travail, de l’Espérance et de l’Amour. Lorsque la moisson

est faite, quand les «renards sont dans la dernière gerbe», le Paysan,

qui nourrit le Monde, s’assied au bord du domaine fécondé par son

labeur. Il écoute dans les aromes et les chansons du soir, tandis que

palpite au ciel vert la première étoile, monter l’hymne antérieur à tous

les cultes, cet hymne que la Terre chante au Soleil créateur, dans les

nuits amoureuses de l’Été.

P. 39.--«Le poète s’attriste et pleure.»

Madame Ackermann. _L’Amour et la Mort_.

P. 47.--«Tels, autrefois, les saints architectes de Dvaravati...»

_La Cité du bonheur_. Décret de Brahma, dans l’assemblée des Dévas. _Cf.

Hariwansa, le divin Hari_ (né à l’heure de la victoire) _Haritas,

Charites_, les Cavales du Soleil, jaunes d’aurore, les Grâces. Krishna

fonde la cité _Dvaravati_, demeure du Bonheur, où les architectes

divins, _viçwakarman_, sont conduits par l’oiseau Garoud’ha, cette Huppe

de _Nephélococcigye_ et de Balkis, la reine qui pose au roi Salomon des

énigmes. Campanella nomme son utopie, avec une profonde intuition des

mythes qu’il ignore, _Cité du Soleil_. La Ville aux portes. Les Portes

où, dans tout l’Orient, se rend la justice. Allégorie et symbolisme

_chrysodéniques_ (terminologie de Novikow): «L’or emplit la maison où

retentissent des accents de joie.»

TABLE

Pages

Dédicace I

Les Saisons et les Jours 1

Deux Paysages:

I. Ardennes 51

II. Pyrénées 65

Appendice 81

Achevé d’imprimer

le huit février mil neuf cent dix-sept

pour

G. CRÈS & Cie

par

G. Clouzot, à Niort.

Les saisons & les jours · 第 3 / 3 段