Edicts de Pacification._

HENRY par la grace de Dieu Roy de France & de Nauarre, A tous presents

& aduenir, Salut. Entre les graces infinies qu'il a pleu à Dieu nous

departir, celle est bien des plus insignes & remarquables, de nous

auoir donné la vertu & la force de ne ceder aux effroyables troubles,

confusions, & desordres, qui se trouuerent à nostre aduenement à ce

Royaume, qui estoit diuisé en tant de parts & de factions, que la

plus legitime en estoit quasi la moindre; & de nous estre neantmoins

tellement roidis contre cette tourmente, que nous l'ayons en fin

surmontee, & touchions maintenant le port de salut & repos de cest

Estat. De quoi à luy seul en soit la gloire toute entiere, & à nous la

grace & obligation, qu'il se soit voulu seruir de nostre labeur pour

parfaire ce bon œuure: auquel il a esté visible à tous, si nous auons

porté ce qui estoit non seulement de nostre debuoir & pouuoir, mais

quelque chose de plus, qui n'eust peut estre pas esté en autre temps

bien conuenable à la dignité que nous tenons, que nous n'auons pas eu

craincte d'y exposer, puis que nous y auons tant de fois & si librement

exposé nostre propre vie. Et en ceste grande concurrence de si grands

& perilleux affaires, ne se pouuans tous composer tout à la fois, &

en mesme temps, il nous y a fallu tenir cest ordre, d'entreprendre

premierement ceux qui ne se pouuoient terminer que par la force, &

plustost remettre & suspendre, pour quelque temps, les autres, qui se

debuoient & pouuoient traitter par la raison & la Iustice: comme les

differends generaux d'entre nos bons subiects, & les maux particuliers

des plus saines parties de l'Estat, que nous estimions pouuoir bien plus

aisément guarir, aprés en auoir osté la cause principale, qui estoit

en la continuation de la guerre ciuile. En quoy nous estant (par la

grace de Dieu) bien & heureusement succedé, & les armes & hostilitez

estans du tout cessees, en tout le dedans du Royaume, nous esperons

qu'il nous succedera aussi bien aux autres affaires, qui restent à

y composer, & que par ce moyen nous paruiendrons à l'establissement

d'vne bonne Paix & tranquille repos, qui a tousiours esté le but

de tous nos vœux & intentions, & le prix que nous desirons de tant

de peines & trauaux, ausquels nous auons passé ce cours de nostre

aage. Entre lesdits affaires, ausquels il a fallu donner patience, &

l'vn des principaux, ont esté les plaintes que nous auons receues de

plusieurs de nos Prouinces & Villes Catholiques, de ce que l'exercice

de la Religion Catholique n'estoit pas vniuersellement restably, comme

il est porté par les Edicts cy-deuant faits pour la Pacification des

troubles à l'occasion de la Religion. Comme aussi les supplications

& remonstrances, qui nous ont esté faictes par nos subiects de la

Religion pretenduë reformee, tant sur l'inexecution de ce qui leur

est accordé par lesdicts Edicts, que sur ce qu'ils desireroient y

estre adiousté pour l'exercice de leurdite Religion, la liberté

de leurs consciences, & la seureté de leurs personnes & fortunes:

presumans auoir iuste subiect d'en auoir nouuelles & plus grandes

apprehensions, à cause de ces derniers troubles & mouuemens, dont le

principal pretexte & fondement a esté sur leur ruine. A quoy pour ne

nous charger de trop d'affaires tout à la fois, & aussi que la fureur

des armes ne compatit point à l'establissement des loix, pour bonnes

qu'elles puissent estre, nous auons tousiours differé de temps en temps

de pouruoir. Mais maintenant qu'il plaist à Dieu commencer à nous faire

iouyr de quelque meilleur repos, nous auons estimé ne le pouuoir mieux

employer qu'à vacquer à ce qui peut concerner la gloire de son Sainct

Nom & Seruice, & à pouruoir qu'il puisse estre adoré & prié par tous

nos subiects: & s'il ne luy a pleu permettre que ce soit pour encore en

vne mesme forme & Religion, que ce soit au moins d'vne mesme intention,

& auec telle reigle, qu'il n'y ait point pour cela de trouble ou de

tumulte entr'eux: & que nous & ce Royaume puissions tousiours meriter

& conseruer le tiltre glorieux de Tres-Chrestien, qui a esté par tant

de merites & dés si long temps acquis: & par mesme moyen oster la cause

du mal & trouble, qui peut aduenir sur le faict de la Religion, qui

est tousiours le plus glissant & penetrant de tous les autres. Pour

cette occasion ayant recogneu cest affaire de tres-grande importance &

digne de tres-bonne consideration, aprés auoir reprins les cahiers des

plaintes de nos subiects Catholiques, ayant aussi permis à nosdicts

subiects de ladite Religion pretenduë reformee de s'assembler par

Deputez, pour dresser les leurs, & mettre ensemble toutes leursdites

remonstrances, & sur ce faict conferer auec eux par diuerses fois,

& reueu les Edicts precedens, Nous auons iugé necessaire, de donner

maintenant sur le tout à tous nosdits subiects vne Loy generale,

claire, nette & absoluë, par laquelle ils soient reiglez sur tous les

differends qui sont cy-deuant sur ce suruenus entre eux, & y pourront

encore suruenir cy aprés, & dont les vns & les autres ayent sujet de

se contenter, selon que la qualité du temps le peut porter: n'estans

pour nostre regard entrez en ceste deliberation, que pour le seul zele

que nous auons au seruice de Dieu, & qu'il se puisse d'oresnauant faire

& rendre par tous nosdicts subiects, & establir entre eux vne bonne

& perdurable Paix. Sur quoy nous implorons & attendons de sa diuine

bonté la mesme protection & faueur, qu'il a tousjours visiblement

departie à ce Royaume, depuis sa naissance, & pendant tout ce long

aage qu'il a attainct, & qu'elle face la grace à nosdits subiects

de bien comprendre, qu'en l'obseruation de ceste nostre Ordonnance

consiste (aprés ce qui est de leur deuoir enuers Dieu & enuers nous) le

principal fondement de leur vnion & concorde, tranquillité & repos, &

du restablissement de tout cest Estat en sa premiere splendeur, opulence

& force. Comme de nostre part nous promettons de la faire exactement

obseruer, sans souffrir qu'il y soit aucunement contreuenu. POVR CES

CAVSES, Ayans auec l'aduis des Princes de nostre sang, autres Princes

& Officiers de la Couronne,& autres grands & notables personnages

de nostre Conseil d'Estat estans prés de nous, bien & diligemment

poisé & consideré tout cest affaire; AVONS par cest Edict perpetuel &

irreuocable, dit, declaré & ordonné, disons, declarons & ordonnons.

Edict du Roy, & Declaration sur les precedents Edicts de Pacification · 第 101 / 194 题