La scène qu’on vient de lire, où Paphnuce recommande Thaïs pénitente

aux soins de la supérieure d’un couvent de femmes, ne retrace en rien

les usages monastiques du IVe siècle. Mais cet entretien nous offre

en échange un exemple curieux des formules de pieuse courtoisie, avec

lesquelles devaient s’aborder et converser un abbé et une abbesse dans

le siècle et dans la patrie des Othons.

Note 74, Page 353.

Il pourra paraître singulier que je traduise _ecce tres mensurni_

par _il y a trois ans_; mais, ainsi que j’en ai fait la remarque dans

les notes latines, le mot _mensurnus_ signifie dans Hrotsvitha, _la

révolution complète de douze mois_. Cela est surtout évident dans le

présent passage de _Paphnuce_. Un peu plus bas, en effet (p. 354),

Hrotsvitha explique _ecce tres mensurni_, par _ante hoc triennium_.

Note 75, Page 357.

En reportant notre pensée sur la scène à laquelle il est fait ici

allusion, nous ne pouvons nous empêcher de remarquer que ce mélange

de _douces remontrances_ et d’énergiques conseils se rapporte avec

beaucoup plus de vérité à la conversion de Marie par Abraham. C’est

seulement, comme nous le verrons tout à l’heure, en assistant la

pécheresse agonisante, que Paphnuce montrera envers elle toute sa

tendresse de cœur.

Note 76, Page 359.

Hrotsvitha me paraît s’être plutôt rappelé ici le sens que les paroles

de saint Matthieu: «Ubi sunt duo vel tres congregati in nomine meo, ibi

sum in medio eorum.» _Evangil._, cap. XVIII, v. 20.—Il est presque

impossible de signaler tous les emprunts que notre auteur fait au

Nouveau et à l’Ancien Testament. Par exemple, un peu plus loin (p.

362), on lit: _Si Deus iniquitates observabit, nemo sustinebit._ C’est

une allusion au verset 3 du psaume CXXIX: «Si iniquitates observaveris,

Domine; Domine, quis sustinebit?»

Note 77, Page 367.

On voit que notre auteur suivait les opinions de saint Augustin sur la

grâce.

Note 78, Page 367.

Cette théologie miséricordieuse, qui se retrouve dans toutes les pièces

de Hrotsvitha, prouve que la barbarie des mœurs n’avait pas pénétré

dans les doctrines.

Note 79, Page 371.

Voilà une belle et consolante prière, et qui aurait été bien digne

d’être prononcée au chevet des agonisantes dans les monastères de

femmes.

SAPIENCE.

Note 80, Page 375.

Au lieu du nom d’Hadrien, le manuscrit porte ici le nom de Dioclétien.

J’ai pensé qu’il ne fallait voir dans cette variante qu’une faute de

copiste, et j’ai rétabli dans l’argument le premier nom qu’on lit

dans tout le cours de la pièce. Cependant, cette leçon acquiert un

certain intérêt, quand on voit dans la dissertation préliminaire des

Bollandistes «qu’on ne sait pas bien si le martyre des trois sœurs

Foi, Espérance et Charité a eu lieu à Rome ou à Nicomédie, ni même

si cet événement s’est passé du temps d’Hadrien ou sous le règne de

Dioclétien.»

Note 81, Page 375.

Les noms significatifs des principaux acteurs de ce drame m’avaient

d’abord induit à croire que _Foi, Espérance et Charité, filles de

Sapience_, étaient une pièce allégorique du genre de nos anciennes

_moralités_, plutôt que la mise en action d’une légende. Je m’étais

trompé. Un assez grand nombre d’auteurs grecs et latins ont mentionné

l’histoire de cette mère intrépide et de ses trois jeunes filles. Les

Bollandistes, à la date du 1er août (_Acta Sanctor._, August. t. I, p.

16), donnent une notice des écrivains qui ont parlé de ces courageuses

héroïnes, et regrettent que, hors leur martyre, on ignore ce qui

les concerne. En effet, tous les agiographes, sauf le déclamateur

Métaphraste, n’ont accordé qu’un très-petit nombre de lignes à cette

histoire. Hrotsvitha a eu rarement moins de secours. Il faut encore

remarquer qu’elle a un soin particulier de faire parler chaque

personnage suivant le caractère que son nom suppose.

Note 82, Page 377.

C’est le titre que les légendes donnent à Antiochus.

Note 83, Page 383.

N’y a-t-il pas là un souvenir lointain de l’ancienne formule _Caveant

consules_?

Note 84, Page 385.

Ce commandement est tiré de saint Marc, chapitre XIII, v. 11, et de

saint Luc, chapitre XII, v. 11 et 12.—Il est juste de faire observer

que si Hrotsvitha se montre versée dans la lecture d’Horace et de

Virgile, elle ne l’est pas moins dans celle de l’Écriture Sainte.

Note 85, Page 389.

Cette circonstance semble prouver que la légende de Sapience ou de

Sophie et de ses filles est d’origine hellénique.

Note 86, Page 391.

Hrotsvitha retombe ici dans une de ces digressions pédantesques où

elle aime tant à se jeter en écolière émerveillée de son savoir de

fraîche date. Ce ne sont pas cette fois des lambeaux de philosophie

scolastique, comme dans _Callimaque_, ni une exposition technique de

la science musicale, comme dans _Paphnuce_. Nous allons assister, bon

gré, mal gré, à une leçon sur la théorie des nombres. Il semble que

Hrotsvitha ait eu à cœur de prouver sa compétence dans presque toutes

les branches du _trivium_ et du _quadrivium_. Elle a, d’ailleurs,

laissé percer cette ambition dans la préface de ses comédies, sous une

formule modestement orgueilleuse: «Pour que ma négligence, a-t-elle

dit, n’anéantisse pas en moi les dons de Dieu, toutes les fois que,

par hasard, j’ai pu recueillir quelques fils ou légers débris du vieux

manteau de la philosophie, j’ai eu grand soin de les insérer dans

le tissu de mon ouvrage (_Épître à certains savants_, p. 13).» Il

est impossible de tenir plus exactement ses résolutions. La savante

religieuse ne laisse, en effet, échapper aucune occasion de se parer

du bonnet doctoral, ou plutôt elle s’en affuble, comme ici, sans même

avoir pour excuse la moindre apparence d’occasion.

Note 87, Page 395.

Toute cette théorie des nombres se trouve dans Boëce, qui lui-même

l’avait prise ailleurs. Il n’y a pas jusqu’à ces quatre nombres

parfaits cités pour exemple, qui ne soient dans Boëce (_Arithm._, lib.

I, cap. 20).—Un jeune mathématicien de Franche-Comté, M. Grillet,

me communique sur ce passage la note suivante. «Les nombres parfaits

dans l’ordre où l’on vient de les lire (6, 28, 496, 8128) sortent de

la formule 2ⁿ (2ⁿ⁺¹-1) laquelle donne des nombres parfaits, toutes les

fois que (2ⁿ⁺¹-1) est un nombre premier. On conçoit, d’ailleurs, que

les arithméticiens du moyen âge se soient arrêtés à ces quatre nombres,

car le plus petit que la formule fournit ensuite est 33,550336, pour n

= 12.»

Note 88, Page 397.

Il est nécessaire d’interpréter ici la définition de la dénomination.

Quand on dit qu’un nombre est la moitié, le tiers, etc., d’un autre

nombre, cela signifie que le premier entre exactement deux fois,

trois fois dans le second. Ce sont ces nombres de fois que Hrotsvitha

considère, quand elle dit plus haut que la dénomination des parties est

pairement paire, paire ou impaire.

Note 89, Page 403.

Encore une sorte de réminiscence mythologique.

Note 90, Page 439.

On voit par la lecture des agiographes que le seul instrument qui eût

action sur les martyrs et qui pût leur donner sûrement la mort, c’était

l’épée. Tous les Actes nous montrent les saints confesseurs insensibles

aux autres supplices.

Note 91, Page 449.

C’est ici une allusion aux paroles de saint Matthieu, plutôt qu’une

citation textuelle. Voy. _Evang._, cap. XIX, v. 29.

Note 92, Page 449.

Ce dénoûment me paraît avoir un frappant caractère de solennité et de

grandeur. Cette vieille mère éplorée, cette Hécube calme et chrétienne,

qui, après avoir enterré de ses mains ses trois filles offertes au

ciel, se retire à l’écart et n’émet qu’un vœu, celui de mourir après

une courte et fervente prière, et qui meurt comme elle l’a souhaité, me

semble rappeler un autre grand et noble type de maternité courageuse,

la vénérable duchesse Oda, qui consacra cinq de ses filles à Dieu, en

vit mourir quatre et, ne devançant la dernière que de peu de mois,

descendit, en priant, dans la tombe. Hrotsvitha, dans son poëme sur

la fondation du monastère de Gandersheim, a rappelé avec émotion la

glorieuse vieillesse d’Oda et les tombeaux de la mère et des filles:

Oda nimis felix, nostri spes et dominatrix,

Quum decies denos septem quoque vixerat annos,

Vitam fine bono consummans transit ad astra,

Exspectans spe felici tempus redeundi

Flatus, atque resurgendi de pulvere pleni

Corporis in tumulo, quod nunc sub tegmine duro

Juxta natarum requiescit busta suarum.

.....................................

Christina.........................

Jungitur in lucis patria pacisque perennis

Ejus germanis.......................

Quas matri cunctas in cœlo consociatas,

Alme Pater, tecum præsta gaudere per ævum.

Je me figure que Hrotsvitha et ses compagnes, en attendant la

béatification de leur digne fondatrice, aimaient à la glorifier par

anticipation, sous le nom et sous les traits de Sapience.

FIN.

TABLE DES MATIÈRES.

HROTSVITHA, son temps, sa vie et ses ouvrages Pages I-LXIV

Prologue 3

Préface des comédies 5

Épître à certains savants 9

GALLICANUS (1re partie) 15

GALLICANUS (2e partie) 85

DULCITIUS 111

CALLIMAQUE 157

ABRAHAM 215

PAPHNUCE 281

SAPIENCE 373

Notes et éclaircissements 451–481

FIN DE LA TABLE DES MATIÈRES.

ERRATA.

Pages 4, ligne 17, hujus modi, _lisez_ hujusmodi.

8, ligne 4, uvat, _lisez_ juvat.

12, note _a_, energeiam, _lisez_ energeian.

13, ligne 9, soin de l’insérer, _lisez_ soin de les insérer.

19, note _b_, nullibi, _lisez_ nusquam.

20, ligne 14, idipsum, _lisez_ id ipsum.

50, note _b_, uncis inclusa, _lisez_ parenthesi inclusa.

51, note _b_, quid sit agendum in scena a ludentibus, _lisez_

quid sit ludentibus agendum in scena.

51, note _b_, pagin. 40, _lisez_ pagin. 42.

83, ligne 6, et me faire, _lisez_ et de me faire.

86, note _a_, congrunt, _lisez_ congruunt.

201, ligne 17, qui avez, _lisez_ qui aviez.

201, ligne 27, biens de la mort, _lisez_ liens de la mort.

210, lignes 18 et 19, commandatum, _lisez_ commendatum.

446, ligne 14, jucundase renitas, _lisez_ jucunda serenitas.

477, ligne 14, eu a lieu, _lisez_ a eu lieu.

480, ligne 27, de peu d’années, _lisez_ de peu de mois.

— Note de transcription détaillée —

Cette version électronique comporte les corrections suivantes:

* p. xiii, continuation de la note, «Tangmar» corrigé en «Thangmar»,

et «Leukfeld» corrigé en «Leuckfeld»;

* p. liii, «le» corrigé en «la» («la prudente nonne»);

* p. 196, «Tœdet» corrigé en «Tædet» (2 fois);

* p. 395, note 367, «omissit» corrigé en «omisit»;

* p. 458, «quelle emploie» corrigé en «qu’elle emploie».

Les errata à la fin du livre ont été appliqués.

End of Project Gutenberg's Théâtre de Hrotsvitha, by unknown Hrotsvitha

Théâtre de Hrotsvitha religieuse allemande du dixième siècle, traduit pour la première fois en français avec le texte latin revu sur le manuscrit de Munich · 第 20 / 20 段