TOMBEAUX ET SÉPULTURES.

Dans cette église ont été inhumés:

Louis de Luxembourg, comte de Saint-Pol, connétable de France,

décapité en place de Grève le 19 décembre 1475.

Derrière le choeur et à côté du grand autel, Pierre Filhol,

archevêque d'Aix, lieutenant général du roi au gouvernement de

Paris, mort en 1540. (Sa statue étoit couchée sur son

tombeau)[578].

[Note 578: Ce monument ne se trouve point au Musée des

Petits-Augustins.]

Albert Pio, prince de Carpi, mort à Paris en 1535. (Il étoit

représenté en bronze, à demi couché sur son tombeau)[579].

[Note 579: Cette sculpture, exécutée par _Paul Ponce_, a

dans le style quelque chose d'un peu barbare; mais on y

remarque une belle pose, une draperie large et bien jetée,

le caractère ferme et hardi de l'école de Michel-Ange. Au

total c'est un bon ouvrage.]

Alexandre de Hales, religieux de cet ordre, dit le docteur

irréfragable et maître de saint Thomas et de saint Bonaventure,

mort en 1245.

Jean de La Haye, du même ordre, prédicateur ordinaire d'Anne

d'Autriche, mort en 1661.

Bernard de Beon et du Massé, seigneur de Bouteville, conseiller

et lieutenant du roi, etc., mort en 1607.

André Thevet, cosmographe de quatre rois, mort en 1590.

François de Belleforêt, écrivain du seizième siècle, mort en

1583.

Dans une chapelle, Gilles-le-Maître, premier président au

parlement de Paris, mort en 1562. (On voyoit sa statue sur son

tombeau)[580].

[Note 580: Ce monument n'est point aux Petits-Augustins.]

Dans la chapelle de Gondi, don Antoine, prétendu roi de Portugal,

mort en 1595.

Don Diego Bothelh, seigneur portugais qui s'étoit attaché à sa

fortune, mort en 1607.

Dans la chapelle des Longueil, plusieurs membres de cette

famille, entre autres Antoine de Longueil, évêque de

Saint-Pol-de-Léon, mort en 1500. (Sa statue étoit couchée sur une

tombe placée dans l'épaisseur du mur)[581].

[Note 581: Cette statue a été détruite.]

Dans la chapelle des Besançon, plusieurs magistrats de ce nom et

des familles de Bullion et de Lamoignon, qui en descendent. (Dans

cette chapelle on voyoit sur un tombeau de marbre noir le buste

de M. de Bullion, surintendant des finances, mort en 1640)[582].

[Note 582: Ce buste, exécuté par _Anguier_, n'est pas

dépourvu de mérite. (Déposé aux Petits-Augustins.)]

Dans la chapelle des Briçonnet, plusieurs membres de cette

famille illustre dans la magistrature. (Quatre bustes chargés

d'inscriptions offroient les images de quatre d'entre eux[583],

et à l'un des piliers on voyoit un squelette qui tenoit entre

ses mains l'épitaphe de Catherine Briçonnet, épouse d'Adrien du

Drac, morte en 1680.)

[Note 583: Ces bustes, qui sont tous de la plus mauvaise

exécution, se voient dans le même Musée. Le squelette et

l'épitaphe n'existent plus.]

Vis-à-vis la chapelle du Saint-Sépulcre, Jean de Rouen, savant

professeur de langues anciennes, mort en 1615.

Dans la chapelle Sainte-Élisabeth, Claude-Françoise de Pouilly,

marquise d'Esne, etc., femme d'Alexandre, marquis de Redon, etc.,

morte en 1672.

Dans la chapelle des Gougenot, plusieurs membres de cette

famille, et entre autres l'abbé Gougenot, prieur de Maintenay,

associé libre de l'académie de peinture et sculpture, mort en

1767[584].

[Note 584: Ce buste est également déposé aux

Petits-Augustins, ainsi qu'un médaillon ovale représentant

le père et la mère de ce personnage.]

Plusieurs autres familles distinguées, telles que celles des

Aîmeret, des Riantz-Villeray, des Hardi-la-Trousse, des La

Palu-Bouligneux, des Vertamon, des Faucon-de-Ris, etc., avoient

leurs sépultures dans cette église.

Dans la salle du chapitre:

Sous une tombe plate, Nicolas de Lyre, docteur en théologie,

religieux Cordelier, et l'un des plus savants hommes de son

siècle, mort en 1340.

Le couvent des Cordeliers occupoit un très-vaste emplacement, mais se

composoit d'un mélange de bâtiments anciens et sans symétrie, et de

bâtiments modernes et réguliers. Le cloître étoit le plus vaste et le

plus beau qu'il y eût à Paris. Le réfectoire, les dortoirs méritoient

d'être vus. La bibliothèque, composée d'environ vingt-quatre mille

volumes, étoit répartie en deux grandes pièces et trois cabinets. On y

conservoit des manuscrits précieux donnés à cette maison par saint

Louis, qui, comme on sait, légua ses livres, par égale portion, à ces

pères et aux Jacobins de la rue Saint-Jacques. Ils possédoient aussi

une collection de manuscrits grecs qui leur avoit été donnée par Marie

de Médicis.

Deux confréries fameuses, celle du tiers ordre de Saint-François et

celle du Saint-Sépulcre avoient été établies ou transportées dans

l'église de ce couvent: saint Louis fut de la dernière, laquelle

existoit avant l'arrivée des Cordeliers à Paris. C'étoit aussi dans

une des salles de leur maison que se tenoient régulièrement, deux fois

par an, les assemblées des chevaliers de l'ordre royal de

Saint-Michel.

Ce monastère servoit de collége aux jeunes religieux de l'ordre qui

venoient à Paris étudier la théologie. Parmi le grand nombre de ceux

qui s'y sont illustrés, on distingue Alexandre de _Hales_, saint

_Bonaventure_, Nicolas _de Lyre_, Jean _Duns_, dit _Scot_, surnommé le

_docteur subtil_, etc. Cet ordre a aussi donné à l'église quelques

papes et plusieurs cardinaux[585].

[Note 585: En 1502 le cardinal d'Amboise avoit jugé à propos

d'introduire la réforme dans plusieurs couvents dont les

désordres causoient du scandale et commençoient même à

donner de l'inquiétude. Les Cordeliers et les Jacobins

surtout attirèrent son attention; mais ces derniers,

auxquels il fit d'abord signifier l'ordre du pape,

refusèrent d'obéir. Le cardinal, indigné, envoya une troupe

de gens-d'armes avec ordre de chasser du couvent tous les

Jacobins réfractaires. Ceux-ci se barricadèrent, et,

soutenus de quelques écoliers, se défendirent assez

long-temps. Forcés néanmoins de céder dans cette première

attaque, ils osèrent revenir avec un renfort de douze cents

écoliers, qui les remit en possession de leur couvent, d'où

on ne put les chasser qu'en formant un nouveau siége. Les

Jacobins de la réforme de Hollande vinrent les remplacer.

L'aventure des Cordeliers a un caractère encore plus

singulier: ils refusoient également la réforme que des

Cordeliers observantins, placés dans leur maison, vouloient

leur donner, lorsque le cardinal jugea à propos de leur

envoyer deux évêques qui avoient déjà été chargés de la

réforme des Jacobins. Avertis de leur visite, ces religieux

exposent le saint Sacrement sur l'autel, et commencent à

chanter des psaumes, des hymnes, des cantiques, fatiguent

les deux prélats, qui d'abord n'osent les interrompre,

redoublent leurs chants lorsque ceux-ci veulent leur imposer

silence, et les forcent enfin à sortir de leur église. Les

réformateurs revinrent le lendemain, accompagnés du prévôt

de Paris, de plusieurs autres magistrats et de cent archers,

avec ordre de chasser les Cordeliers, s'ils faisoient la

moindre résistance. On les trouva, comme la veille,

rassemblés dans leur église, où ils essayèrent encore de

recommencer leurs chants scandaleux; mais on les fit taire,

et la réforme se fit. Ils obtinrent seulement qu'elle ne fût

point faite par les Cordeliers observantins, mais par

dix-huit Cordeliers pris dans divers couvents. Dans le

siècle suivant, où ils eurent encore besoin d'être rappelés

à l'observation de leur règle, on tenta vainement de faire

entrer chez eux des Récollets. Ils s'y refusèrent

obstinément, et les obligèrent à se retirer en se réformant

eux-mêmes.]

Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 6/8) · 第 157 / 241 题