Dans cette église avoient été inhumés:
Robert Gaguin, historien du quinzième siècle, vingtième général
de l'ordre, mort en 1501[547].
[Note 547: Sa tête, conservée dans un vase de faïence, étoit
déposée à la bibliothèque du couvent.]
Jean de Sacro Bosco, célèbre mathématicien.
François Balduni, savant jurisconsulte.
Sur la droite du cloître de cette maison, à côté d'une petite
statue de la Vierge, on trouvoit une tombe plate sur laquelle
étoient représentés deux hommes enveloppés dans des suaires.
Autour de la tombe étoit gravée l'épitaphe suivante:
_Hìc subtùs Jacent Leodegarius_ du Moussel _de Normaniâ, et
Olivarius_ Bourgeois _de Britanniâ oriundi, clerici
scholares, quondam ducti ad justitiam sæcularem, ubi
obierunt, restituti honorificè, et hìc sepulti. Anno Domini
1408 die 16 mensis maii_[548].
[Note 548: Sur une table de bronze encastrée dans la
muraille, une inscription françoise, gravée en relief,
offroit ce qui suit:
«Ci-dessous gisent Léger du Moussel et Olivier
Bourgeois, jadis clercs-écoliers, étudiants en
l'Université de Paris, exécutés à la justice du roi
notre sire, par le prévôt de Paris, l'an 1407, le
vingt-sixième jour d'octobre, pour certains cas à eux
imposés; lesquels, à la poursuite de l'Université,
furent restitués et amenés au parvis Notre-Dame, et
rendus à l'évêque de Paris, comme clercs, et au recteur
et député de l'Université, comme suppôts d'icelle, à
très-grande solennité, et de là en ce lieu-ci furent
amenés, pour être mis en sépulture, l'an 1408, le
seizième jour de mai, et furent lesdits prévôts et son
lieutenant démis de leurs offices, à ladite poursuite,
comme plus à plein appert par lettres-patentes et
instruments sur ce cas. Priez Dieu qu'il leur pardonne
leurs péchés. Amen.»
Ces deux écoliers étoient coupables de meurtres et de vols
sur le grand chemin. Le prévôt de Paris, Guillaume de
Tignonville, les fit arrêter. L'Université les réclama,
prétendant que cette affaire devoit être portée devant la
justice ecclésiastique. Le prévôt, sans s'embarrasser de ces
oppositions, fit pendre les deux criminels. L'Université
cessa aussitôt tous ses exercices; et pendant plus de quatre
mois il n'y eut dans Paris ni leçons ni sermons, pas même le
jour de Pâques. Comme le conseil du roi ne se laissoit point
ébranler, elle protesta qu'elle abandonneroit le royaume, et
iroit s'établir dans les pays étrangers, où l'on
respecteroit ses priviléges: cette menace fit impression. Le
prévôt fut condamné à détacher du gibet les deux écoliers.
Après les avoir baisés sur la bouche, il les fit mettre sur
un chariot couvert de drap noir, et marcha à la suite
accompagné de ses sergents et archers, des curés de Paris et
des religieux. Ils furent ainsi conduits, comme le dit
l'inscription, d'abord au parvis Notre-Dame, de là aux
Mathurins, où le recteur les reçut de ses mains, et les fit
inhumer honorablement. Le prévôt de Paris fut destitué de sa
charge; mais ayant été nommé par le roi premier président de
la chambre des comptes, moyennant le pardon qu'il vint
demander à l'Université, il obtint qu'elle ne s'opposeroit
point à son installation. (SAINTE-FOIX.)]
La bibliothèque de ces chanoines réguliers étoit composée de cinq à
six mille volumes, parmi lesquels il se trouvoit quelques manuscrits
précieux[549].
[Note 549: L'église des Mathurins a été entièrement démolie.
Les bâtiments sont habités par des particuliers.]