Sur le maître-autel, trois tableaux, représentant, l'un,
Jésus-Christ au milieu des docteurs; les deux autres, saint
Charlemagne et saint Louis; par _Restout_.
_Collége des Cholets_ (rue des Cholets).
Nos historiens, qui varient beaucoup entre eux sur la date de la
fondation de ce collége, s'accordent tous à dire que le cardinal Jean
Cholet, légat en France, avoit légué, par son testament, en 1289, une
somme de 6000 liv., pour fournir aux frais de la croisade publiée
contre Pierre d'Aragon; qu'étant mort le 2 août 1292, et la guerre
étant terminée, ses exécuteurs testamentaires employèrent cette somme
à l'établissement d'un collége. Il est assez difficile de croire qu'en
1289 Jean Cholet ait destiné une somme quelconque au succès d'une
expédition contre un prince qui étoit mort quatre ans avant la date de
ce testament; quoi qu'il en soit, une partie de ses biens fut
effectivement employée à cette fondation. Jean de Bulles, archidiacre
du Grand-Caux dans l'église de Rouen, et l'un des exécuteurs du
testament de cette Éminence, offrit la maison où il demeuroit,
vis-à-vis la chapelle Saint-Symphorien, et même en céda gratuitement
la moitié, ce qui lui mérita d'être considéré comme second fondateur
de ce collége. Il faut, suivant Jaillot, fixer cet événement à l'année
1291. On joignit bientôt à cette première acquisition celle d'une
maison voisine, et les droits d'indemnité en furent payés à l'abbaye
Sainte-Geneviève en 1295, seconde date qui a induit en erreur le plus
grand nombre de ceux qui ont parlé de cette fondation.
Ce collége avoit été fondé seulement pour seize boursiers
théologiens; mais les exécuteurs testamentaires étant morts, le
cardinal Le Moine, qui leur fut substitué, confirma les statuts,
ajouta quatre boursiers dont l'emploi étoit de célébrer l'office
divin, et fit acheter une maison adjacente pour y placer vingt
boursiers grammairiens. Tous ces boursiers devoient être pris dans les
diocèses d'Amiens et de Beauvais.
Quoique le cardinal eût nommé quatre chapelains, cependant il n'y
avoit point de chapelle dans ce collége, et l'office se faisoit dans
celle de Saint-Symphorien. Ce fut seulement en 1504 que, du
consentement de l'évêque et de l'abbé de Sainte-Geneviève, on en fit
bâtir une qui fut dédiée sous l'invocation de sainte Cécile, en
mémoire du fondateur, cardinal, prêtre du titre de sainte Cécile. Le
collége des Cholets, qui étoit sans exercice, fut réuni, en 1763, à
celui de l'Université[410].
[Note 410: Ce collége, dont il reste encore des parties,
offre sur sa façade des sculptures gothiques qui n'ont point
encore été remarquées, et qui sont au nombre des plus
élégantes et des plus délicates qu'il y ait à Paris. Ses
portes, tellement basses qu'elles excèdent à peine la
hauteur d'un homme, présentent encore une singularité
très-remarquable[410-A].]
[Note 410-A: _Voy._ pl. 166.]
_Collége et communauté de Sainte-Barbe_ (rue de Reims).
Ce sont deux établissements différents formés dans le même lieu, mais
dans des temps divers. Plusieurs de nos historiens se sont trompés sur
la date de la fondation du collége, qu'ils font moins ancienne qu'elle
ne l'est de plus de cent ans. L'abbé Lebeuf, qui la place avec raison
en 1430, prétend que ce collége n'entra en plein exercice que vers
1500. Cependant, si l'on en croit D. Félibien[411], Jean Hubert,
docteur en droit canon, qui le fonda sur un emplacement pris à cens de
l'abbaye Sainte-Geneviève[412], y plaça dès le principe des
professeurs amovibles: on en a compté jusqu'à quatorze, dont neuf
enseignoient les humanités, quatre la philosophie, et un la langue
grecque. Toutefois on ne trouve point qu'il eût de dotation dès son
origine; et on le considéroit moins alors comme un collége proprement
dit que comme une maison louée par des professeurs qui donnoient des
leçons générales dans les salles, et recevoient dans les chambres
quelques élèves auxquels ils accordoient des soins particuliers. Cet
établissement portoit dès-lors le nom de _Sainte-Barbe_.
[Note 411: Hist. de Paris, t. II, pag. 1047.]
[Note 412: Ce territoire, d'abord planté de vignes, avoit
depuis été occupé par l'hôtel et les jardins des évêques de
Châlons, et par un hôtel contigu appelé le _Château-Fêtu_.]
Il arriva, en 1556, que Robert Dugast, aussi docteur régent en droit
canon, ayant acquis les quatre cinquièmes de cette maison, forma le
projet d'y établir un collége régulier. Par l'acte de cette fondation,
daté de cette même année, il institua un principal, un chapelain et un
procureur, tous les trois prêtres ou sur le point de l'être, et qui
devoient être des diocèses d'Évreux, de Rouen, de Paris ou d'Autun. La
nomination des boursiers, qui étoient au nombre de quatre, fut
réservée au plus ancien conseiller-clerc du parlement, au chancelier
de l'église et université de Paris, et au doyen des professeurs en
droit. Les biens qu'il affecta à cet établissement furent amortis par
des lettres de Henri II, données dans la même année 1556.
Il paroît certain qu'il y eut dans ce collége un plein exercice,
lequel y subsista jusqu'à ces temps malheureux de nos guerres de
religion, où tant d'institutions furent altérées ou détruites. Il fut
alors interrompu, et les leçons n'y ont jamais été rétablies. La
mauvaise situation des affaires de ce collége le força même, dans le
siècle suivant, de vendre à l'Université une partie de son
emplacement, pour acquitter les dettes qu'il avoit contractées. Par
cet acte, qui est de 1687, cette compagnie s'engagea à lui payer la
somme de 48,750 livres, tant pour le libérer de ses créanciers, que
pour lui procurer les moyens de bâtir une chapelle[413].
[Note 413: Elle fut construite en 1694, et bénite la même
année.]
Ce fut vers ce temps-là que se forma la communauté annexée depuis à ce
collége. Un docteur de Sorbonne, nommé Germain Gillot, avoit sacrifié
une partie considérable de sa fortune pour fournir à la subsistance
d'un certain nombre d'étudiants qu'il faisoit élever dans différents
colléges. M. Thomas Durieux, aussi docteur de Sorbonne, l'un des
élèves de M. Gillot, et son successeur dans cet acte de charité,
voyant l'Université devenir propriétaire de la plus grande partie du
collége de Sainte-Barbe, profita de cette occasion pour en louer les
bâtiments, ainsi que ceux qui étoient restés à ce collége, et y
rassembla en 1588 tout son petit troupeau sous le nom de _Communauté
de Sainte-Barbe_. Depuis, ayant été nommé principal du collége du
Plessis, cet homme respectable se trouva dans une situation à donner
des soins encore plus assidus à ses enfants d'adoption, qui venoient
prendre des leçons dans ce collége, et qui n'ont point cessé d'y être
reçus jusque dans les derniers temps.
L'institution de Sainte-Barbe se faisoit tellement remarquer par la
sévérité de sa discipline et par le succès de ses études, que, dans
le siècle dernier, elle attira l'attention du monarque. Louis XV
voulant en 1730 donner à ce collége des marques éclatantes d'une
protection spéciale, daigna s'attribuer la nomination à la
supériorité, qu'il réunit avec la principalité du collége du Plessis,
sous l'inspection particulière de l'archevêque de Paris. Au moment de
la révolution, la communauté de Sainte-Barbe étoit encore composée,
indépendamment des anciens boursiers, de trente-six théologiens,
auxquels étoient attachés un supérieur local et trois maîtres chargés
des conférences; de quarante-huit philosophes, sous un supérieur local
et quatre maîtres; enfin de cent douze humanistes, conduits par douze
maîtres particuliers.
Saint Ignace de Loyola, qu'on nommoit alors _Inigo_, avoit fait ses
études dans ce collége. On y a vu professer plusieurs hommes célèbres,
entre autres, Jean-François Fernel, premier médecin de Henri II, et
George Buchanan, poëte et historien.
_Le collége de Coqueret_ (rue Chartière).
Il y a une telle obscurité répandue sur l'origine de ce collége, qu'il
étoit impossible d'assurer même qu'il ait jamais existé. Du
Breul[414], copié par Piganiol et autres, nous apprend seulement que
Nicole Cocquerel (ou plutôt Coqueret) avoit tenu de petites écoles
dans la basse-cour de l'hôtel de Bourgogne; qu'il vendit ce lieu à
Simon Dugast; et que celui-ci eut pour successeur dans la principalité
du collége Robert Dugast, son neveu, fondateur du collége de
Sainte-Barbe. Ce récit, qui souffre lui-même beaucoup de
difficultés[415], n'est pas suffisant sans doute pour éclaircir
l'histoire d'un établissement dans lequel on ne voit, pendant
plusieurs siècles, ni principal ni boursiers. Dès 1571 la maison avoit
été saisie: elle fut depuis judiciairement vendue une seconde fois, et
n'a point cessé d'appartenir à des particuliers. À la fin du siècle
dernier, il n'en restoit plus qu'un petit bâtiment rue Chartière, dans
lequel s'étoit établie une manufacture de carton.
[Note 414: Liv. II, p. 732.]
[Note 415: Le testament du sieur Coqueret est de 1463, et le
collége de Sainte-Barbe ne fut fondé qu'en 1556.]
_Collége de Reims_ (rue des Sept-Voies).
Ce collége doit son origine à Gui de Roye, archevêque de Reims, qui en
ordonna la fondation par son testament, en 1409, année de sa
mort[416]. On voit par cet acte que l'intention de ce prélat étoit
d'y mettre, par préférence, des sujets nés dans les terres affectées à
la mense archiépiscopale de Reims, dans sa terre de Roye, ou dans
celle de Murel. Cette disposition testamentaire, contestée d'abord par
ses héritiers, fut maintenue par une transaction qu'ils passèrent avec
les écoliers de Reims[417], alors étudiants à Paris, et qui étoient
destinés à remplir les bourses. Ceux-ci firent en conséquence
l'acquisition de l'hôtel de Bourgogne, qui leur fut vendu le 12 mai
1412 par Philippe, comte de Nevers et de Rhétel. En 1414 on institua
un maître particulier, un chapelain et un procureur dans ce collége.
Les troubles qui agitèrent Paris quelques années après pensèrent
l'anéantir presqu'au moment où il venoit d'être établi; en 1418 il fut
pillé, presque détruit, et demeura désert jusqu'en 1443, que Charles
VII le rétablit, et y annexa le collége de Rhétel qui tomboit en
ruines.
[Note 416: Il périt malheureusement à Voltri, en allant au
concile de Pise, le 8 juin de cette même année.]
[Note 417: À la tête de leurs noms on lit celui du fameux
Jean _Gerson_, chancelier de l'Université.]
Ce collége de Rhétel n'étoit ni voisin de celui de Reims, ni contigu,
comme l'ont dit plusieurs auteurs: il étoit situé dans la rue des
Poirées. Gaultier de Launoi l'avoit créé pour les écoliers du
Rhételois, et Jeanne de Bresle y avoit fondé depuis quatre bourses
pour des écoliers du comté de Porcien. Lors de l'union, presque tout
le revenu de ce collége étoit dissipé; alors il n'y avoit même plus de
boursiers.
Cette union soutint pendant quelque temps le collége de Reims, dont
l'administration supérieure passa entre les mains de l'archevêque.
Toutefois il tomba successivement dans un état si misérable, qu'en
1699 il étoit déjà sans boursiers, et qu'en 1720 il n'y restoit que
deux officiers. M. le cardinal de Mailli, archevêque de Reims,
entreprit alors de le rétablir, et chargea de ce soin M. Le Gendre,
chanoine de Notre-Dame, qui dressa des statuts, établit dans ce
collége un principal, un chapelain, et trouva le moyen d'y réunir huit
boursiers pris dans les lieux désignés par les fondateurs. En 1745 on
en reconstruisit la façade, et en 1763 il fut réuni à celui de
l'Université.
_Collége de la Merci_ (même rue).
Presque tous nos historiens ont placé l'érection de ce collége en
1520. Jaillot lui donne cinq ans de plus d'ancienneté. Il dit que
Nicolas Barrière, bachelier en théologie, et procureur général de
l'ordre de la Merci, désirant procurer aux religieux de son ordre la
facilité d'étudier à Paris, traita avec Alain d'Albret, comte de
Dreux, d'une place et d'une masure qui faisoient partie de son hôtel,
et que le contrat en fut passé à Dreux le 15 mai 1515[418]. Cet
établissement n'eut pas une longue durée; car dès 1611 il n'y avoit
plus dans la maison qu'un seul religieux, et la chapelle abandonnée
étoit entièrement découverte. Ce collége, dans le siècle dernier,
n'étoit plus qu'un hospice de la maison de cet ordre établie rue du
Chaume[419].
[Note 418: Hist. univ., t. VI, p. 72.]
[Note 419: _Voy._ t. II, 2e part., p. 993.]
_Collége de Fortet_ (même rue).
Pierre Fortet, chanoine de l'église de Paris, avoit ordonné, par son
testament du 12 août 1391, la fondation d'un collége où il y auroit un
principal et huit boursiers[420], et destiné pour l'emplacement de
cette institution une maison appelée _les Caves_, située au bout de la
rue des Cordiers; mais il ne voulut point que ce projet fût réalisé de
son vivant, et mourut en 1394, laissant ce soin à ses exécuteurs
testamentaires.
[Note 420: Quatre devoient être d'Aurillac, sa patrie, ou du
diocèse de Saint-Flour; et quatre de la ville de Paris.]
Ceux-ci offrirent au chapitre Notre-Dame la commission de remplir la
volonté du testateur: le chapitre l'accepta, et ne trouvant pas la
maison léguée propre à établir un collége, il acquit, en 1397, de M.
de Listenoi, seigneur de Montaigu, une maison qu'il possédoit rue des
Sept-Voies, et la fit disposer telle qu'elle devoit être pour une
semblable institution. On nomma le principal, les boursiers, et on
leur donna des statuts le 10 avril de la même année.
Aux bourses fondées originairement dans ce collége plusieurs
particuliers en ajoutèrent successivement onze nouvelles. Dès l'an
1560 les bâtiments en avoient été reconstruits: on l'augmenta encore
depuis, en y joignant l'hôtel des évêques de Nevers et celui de
Marli-le-Châtel[421].
[Note 421: C'est dans le collége de Fortet que furent tenues
les premières assemblées de la Ligue. (_Voy._ prem. part. de
ce volume, pag. 271.)]
La chapelle étoit sous l'invocation de saint Geraud, en son vivant
seigneur d'Aurillac[422].
[Note 422: Les bâtiments de ce collége forment maintenant
plusieurs maisons particulières.]
_Collége de Montaigu_ (même rue).
Il est redevable de sa fondation à la maison des Aycelin, plus connue
sous le nom de Montaigu, illustre par son ancienneté et par les
dignités qui furent la preuve et la récompense de ses services. Gilles
Aycelin, archevêque de Rouen et garde des sceaux, en fut le premier
fondateur. Propriétaire de plusieurs maisons dans les rues des
Sept-Voies et de Saint-Symphorien, il chargea, par son testament du 13
décembre 1314, Albert Aycelin, évêque de Clermont, son héritier, de
loger de pauvres écoliers dans une partie de ces bâtiments, et de
louer ou de vendre les autres pour fournir à leur subsistance.
L'évêque de Clermont se conforma aux volontés de son oncle, et soutint
cet établissement jusqu'à sa mort, arrivée en 1328. Gilles et Pierre
Aycelin ses frères furent alors chargés de le diriger; mais les
circonstances où ils se trouvoient[423] ne leur permirent point de
s'en occuper, et ce collége resta pendant près de quarante ans privé
de chef et de protecteur. Cependant les biens destinés à la fondation
se dissipoient, les bâtiments tomboient en ruines, lorsque Pierre
Aycelin, qui, de prieur de Saint-Martin-des-Champs, étoit devenu
successivement évêque de Nevers, de Laon, cardinal et ministre d'état,
voulut, par ses bienfaits, relever cette institution d'une ruine qui
sembloit inévitable, et fonda six boursiers, dont deux devoient être
prêtres, et les quatre autres clercs étudiants en droit canon ou en
théologie.
[Note 423: Pierre étoit entré dans l'ordre de Saint-Benoît,
et Gilles étoit alors employé dans des négociations
importantes.]
Cette fondation, portée dans le testament du cardinal de Laon, daté
du 7 novembre 1387, fut d'abord attaquée par Louis Aycelin de Montaigu
de Listenoi son neveu; mais il ne tarda pas à se rétracter, ce qu'il
fit à la sollicitation de son oncle maternel, Bernard de La Tour,
évêque de Langres, et du cardinal de Thérouenne, et consentit à
l'exécution des volontés du testateur, sous la condition que ce
collége porteroit le nom de Montaigu, que les armes de cette maison
seroient placées sur la porte principale, et que les boursiers,
suivant l'intention du cardinal de Laon, seroient pris, de préférence,
dans le diocèse de cette ville.
Les statuts, dressés en 1402 par Philippe de Montaigu, évêque d'Évreux
et de Laon, et l'un des exécuteurs testamentaires du cardinal,
soumirent ce collége à l'autorité du chapitre de Notre-Dame, et d'un
des descendants du fondateur; mais, soit que l'inspection en eût été
négligée, soit que la modicité des revenus n'eût pas permis de faire
les dépenses nécessaires pour les réparations, avant la fin du siècle
les bâtiments menaçoient, pour la seconde fois, d'une ruine prochaine,
et il ne restoit plus aucune ressource pour les réparer.
Tel étoit l'état déplorable de ce collége, auquel, dit un
historien[424], il restoit à peine 11 sous de rente, lorsque le
chapitre Notre-Dame en donna, en 1483, la principauté au célèbre Jean
Standonc[425]. Il parvint, par son zèle et par des travaux assidus, à
soutenir cet établissement, ou, pour mieux dire, il en fut le second
fondateur. Un projet grand et utile se présenta d'abord à sa pensée:
ce fut d'y former une société d'ecclésiastiques capables de remplir
toutes les fonctions du saint ministère, d'instruire la jeunesse et
d'annoncer les vérités de l'évangile par toute la terre. Ses
ressources étoient loin d'égaler son dévouement et sa charité: il en
trouva dans la pieuse libéralité de l'amiral de Graville et du vicomte
de Rochechouart. Les offres que ces deux seigneurs firent au chapitre
de Notre-Dame, de rétablir les bâtiments, de faire construire une
chapelle, d'y fonder deux chapelains, et d'entretenir douze boursiers,
furent acceptées avec reconnoissance, et ratifiées par un acte du 16
avril 1494; l'année suivante, le service divin fut célébré dans la
nouvelle chapelle qu'on venoit de faire construire.
[Note 424: M. Crévier.]
[Note 425: _Voy._ t. II, 2e part., pag. 907.]
Ces boursiers devoient faire un corps séparé de ceux qui formoient le
collége: car Jean Standonc n'avoit voulu créer cette communauté qu'en
faveur des pauvres; et en effet les réglements qu'il fit annoncent
l'extrême pauvreté et la vie austère de ceux qui la composoient. Dans
les commencements, ils alloient aux Chartreux recevoir avec les
indigents le pain que ces religieux faisoient distribuer à la porte de
leur monastère; la nourriture qu'on leur donna ensuite consistoit en
pain, légumes, oeufs ou harengs, le tout en très-petite quantité. Ils
ne mangeoient jamais de viande, ne buvoient point de vin. Leur
habillement se composoit d'une cape de drap brun très-grossier, fermée
par devant, et d'un camail fermé devant et derrière; ce qui les fit
appeler les _pauvres capettes de Montaigu_.
Il paroît, par les réglements, qu'il y avoit alors dans cette
communauté quatre-vingt-quatre pauvres écoliers, en l'honneur des
douze apôtres et des soixante-douze disciples, de plus le maître,
appelé le _père_ ou _ministre des pauvres_, le procureur et deux
correcteurs. Ces officiers devoient être présentés par le prieur des
Chartreux, et constitués par le grand-pénitencier de l'église de
Paris.
L'austérité de ces statuts fut adoucie depuis, principalement par un
nouveau réglement homologué au parlement en 1744, en vertu duquel les
boursiers furent dispensés de réciter certains offices, et obtinrent
la permission de faire gras à midi seulement: le soir, ils ne
prenoient qu'une collation très-frugale.
Le collége de Montaigu s'augmenta depuis considérablement par les
libéralités de plusieurs personnes, et par les acquisitions que ces dons
lui permirent de faire des hôtels ou colléges du Mont-Saint-Michel, de
Vezelai, etc., et de celui des évêques d'Auxerre. Ce collége étoit de
plein exercice; et dans les derniers temps le nombre des bourses
s'élevoit à près de soixante[426].
[Note 426: Ce collége est maintenant changé en maison
d'arrêt.]
_Le collége d'Hubant_ ou _de l'Ave-Maria_ (rue de la
Montagne-Sainte-Geneviève).
Ce collége fut fondé, en 1336, par Jean de Hubant, conseiller du roi,
dans une maison qu'il avoit achetée du monarque lui-même dès 1327. Il
y établit et fonda quatre bourses en faveur de quatre pauvres
étudiants, affectant à leur entretien une maison située rue des
Poirées, une autre sise au cloître Sainte-Geneviève, et la troisième
partie des dîmes du territoire de Sormillier. L'abbé, le prieur de
Sainte-Geneviève et le grand-maître du collége de Navarre furent
nommés pour faire exécuter cette fondation.
Jaillot pense qu'elle fut faite dans la maison de la rue
Sainte-Geneviève, où ce collége resta établi jusqu'au moment de sa
réunion. Cependant le censier de Sainte-Geneviève de 1380 n'en parle
point à l'article de cette rue; mais à celui de la rue des
_Almandiers_ on lit: «Les écoliers de Hubant, pour leur maison à
l'Image-Notre-Dame......... tenant d'un côté à Jean de Chevreuse,
d'autre, au jardin du comte de Blois.» On voit par le même censier
qu'ils avoient deux autres maisons joignant celle-ci, et une troisième
vis-à-vis. Quant au nom de l'_Image-Notre-Dame_ que portoit celle que
nous venons de citer, il lui fut donné parce qu'au-dessus de la porte
il y avoit une figure de la Vierge, aux pieds de laquelle étoient
écrits ces deux premiers mots de la salutation angélique, _Ave Maria_;
cette inscription ne tarda pas à devenir le nom du collége, et fit
presque oublier celui du fondateur.
Ce collége avoit été réuni à celui de l'Université.
_Collége des Grassins_ (rue des Amandiers).
Il doit son origine à M. Pierre Grassin, sieur d'Ablon, conseiller au
parlement: ce magistrat laissa, par son testament du 16 octobre 1569,
une somme de 30,000 livres, laquelle devoit être employée selon la
disposition de M. Thierri Grassin, son frère et son exécuteur
testamentaire, et par le conseil de M. Le Cirier, évêque d'Avranches,
à fonder un collége de pauvres; ou s'il le trouvoit plus convenable, à
bâtir sur l'eau une maison pour les pauvres malades. En cas que son
fils vînt à mourir sans enfants, la somme destinée à cette fondation
devoit être doublée. Celui-ci ne survécut pas long-temps à son père,
et augmenta la fondation de 1200 liv. L'exécuteur testamentaire,
Thierri Grassin, s'étant décidé à faire bâtir un collége, acheta, le
26 avril 1571, de M. de Mesmes, une partie de l'hôtel d'Albret,
consistant en une grande maison et deux petites contiguës à la
première. Les 1er et 15 mai suivants, il acheta encore quatre autres
maisons voisines. À ces acquisitions, qui remplissoient les intentions
des fondateurs, il ajouta ses propres bienfaits, et acheva de
consolider cet établissement en lui léguant sa bibliothèque, et
environ 3,000 livres de rente.
Les bâtiments de ce collége ne furent achevés qu'en 1574, quoique la
première acquisition pût en faire remonter l'origine jusqu'en 1571,
date qu'a donnée de préférence l'abbé Lebeuf. La chapelle fut bénite
en 1578, sous l'invocation de la Vierge.
En 1696 on transporta, comme nous l'avons déjà dit, dans ce collége la
fondation faite quelques années auparavant dans celui des Lombards, en
faveur des pauvres étudiants irlandois. Ils y restèrent jusqu'en
1710, qu'un arrêt du parlement les fit retourner dans leur premier
domicile.
La fondation primitive du collége des Grassins avoit été faite pour un
principal, un chapelain, six grands boursiers et douze petits: vers la
fin du dix-septième siècle, le mauvais état du temporel de cette
maison mit dans la nécessité de suspendre douze de ces bourses,
jusqu'au moment où l'acquittement des dettes permettroit de les
rétablir. Ce moment fut accéléré par les libéralités de M. Pierre
Grassin, seigneur d'Arci, directeur général des monnoies de France,
libéralités qui furent assez grandes pour rendre à ce collége toute
son ancienne splendeur. Les bourses, destinées de préférence aux
pauvres écoliers de Sens et des environs, étoient à la collation de
l'archevêque de cette ville[427].
[Note 427: Ce collége, dont la chapelle existe encore, est
maintenant habité par des particuliers.]