Au milieu du choeur, deux statues en cuivre sur un tombeau de
marbre représentant Miles de Dormans, évêque de Meaux et
archevêque de Sens, mort en 1405; et un autre évêque inconnu.
Six statues en pierre, représentant:
Jean de Dormans, chancelier de l'église de Beauvais, mort en
1380.
Bernard de Dormans, chambellan de Charles V, mort en 1381.
Renaud de Dormans, chanoine de Paris, maître des requêtes de
l'hôtel, etc., mort en 1380.
Jeanne Baube, femme de Guillaume de Dormans, et mère des trois
personnages dont nous venons de parler, morte en 1405.
Jeanne de Dormans sa fille, mariée à Pierre de Rochefort et à
Philibert de Paillart, morte en 1407.
Yde de Dormans, sa seconde fille, mariée à Robert de Nesle, morte
en 1379[395].
[Note 395: Deux de ces statues avoient été déposées au Musée
des Petits-Augustins.]
Plusieurs savants et saints personnages ont professé dans ce collége.
Saint François Xavier y donna des leçons de philosophie en 1531. Le
cardinal Arnauld d'Ossat fut aussi du nombre de ses professeurs; et
dans le siècle dernier l'administration en fut successivement remplie
par deux hommes très-recommandables, le célèbre M. Rollin et M.
Coffin.
_Collége de Presles_ (rue des Carmes).
Nous avons déjà parlé de la fondation de ce collége à l'article du
collége de Laon[396]. Nous avons dit comment les boursiers de ces deux
établissements, réunis dans la même maison, ayant jugé à propos de se
séparer, cette séparation, arrivée en 1333, produisit deux colléges
particuliers. Ce changement fut autorisé par le pape Clément VI; et
Philippe-le-Long, qui le confirma, voulut en même temps gratifier le
collége dont nous parlons de vingt-quatre arpents de bois dans les
forêts du Loup et de la Muette. Raoul de Presles, qui en étoit
fondateur, traita alors avec Gui de Laon du logement que les deux
colléges avoient d'abord occupé, en lui faisant un contrat de 24 liv.
de rente, et à ce moyen resta dans l'établissement, tandis que les
boursiers de l'autre collége alloient se loger au clos Bruneau. Mais,
quelque temps après, le collége de Beauvais, qui venoit d'être fondé
dans la rue voisine, sur un terrain contigu à celui du collége de
Presles, eut besoin à son tour de quelques bâtiments pour les écoles
publiques qui s'y tenoient. On entra dans des arrangements nouveaux,
au moyen desquels les cours publics furent partagés: il y eut quatre
classes et quatre professeurs dans chacun des deux colléges, ce qui
subsista jusqu'en 1699, que l'exercice entier des classes fut cédé au
collége de Beauvais.
[Note 396: _Voy._ prem. part. de ce volume, p. 600.]
Le collége de Presles, fondé pour de pauvres écoliers du diocèse de
Soissons, étoit composé de treize boursiers et de deux chapelains
choisis parmi eux. Les chapelains devoient être nommés par les
boursiers, et ceux-ci par la communauté. En 1704 on réduisit le nombre
des boursiers à huit; et en 1763 ce collége fut réuni à celui de
l'Université.
_Collége de Tréguier_ (place Cambrai).
Une inscription qu'on lisoit sur la porte de ce collége portoit qu'il
avoit été fondé en 1400, et Sauval, ainsi que ses copistes, avoient
adopté cette date, qui ne pouvoit être que celle d'une reconstruction,
car il est certain qu'il doit son origine à Guillaume de Coatmohan,
grand-chantre de l'église de Tréguier, qui, par son testament du 20
avril 1325, le fonda pour huit boursiers, pris dans sa famille ou dans
le diocèse de Tréguier. Les statuts que l'on fit pour ce collége en
1411 lui donnèrent de la réputation, et déterminèrent Olivier Doujon,
docteur en droit, à y fonder, l'année suivante, six bourses nouvelles.
Enfin, en 1575, ce collége fut considérablement augmenté par l'union
qui lui fut faite du collége de Karembert. Celui-ci, qui portoit aussi
le nom de Laon, parce qu'il avoit été crée pour des sujets de ce
diocèse, étoit situé près de Saint-Hilaire. Du reste, nous ignorons
par qui et à quelle époque il avoit été établi. Un M. de Kergroades,
qui paroît avoir été parent du fondateur, et dont le consentement fut
nécessaire pour opérer cette union, ne le donna qu'en se réservant la
nomination des deux seules bourses qui y subsistoient encore. Ceci
dura jusqu'en 1610, que le roi fit acheter le collége de Tréguier,
pour élever le collége Royal sur son emplacement.
_Le collége de Cambrai_ ou _des Trois-Évêques_ (même place).
Il faut rectifier ce qui a été dit de ce collége par la plupart des
historiens de Paris, qui le présentent comme ayant eu à la fois trois
fondateurs. La vérité est qu'il fut institué en 1348, par une
disposition testamentaire de Guillaume d'Auxonne, évêque de Cambrai,
et ensuite d'Autun. Ce prélat, possesseur d'une maison et de jardins
situés dans cet endroit, avoit formé le projet d'y fonder un collége,
et d'affecter à cet établissement cette portion de ses biens: il
chargea de l'exécution de ce projet Hugues de Pomare, évêque de
Langres, par son testament du 13 octobre 1344; mais celui-ci mourut
avant d'avoir pu remplir ses intentions. Il arriva en même temps que
Hugues d'Arci, évêque de Laon, et depuis archevêque de Reims, mourut
aussi sans avoir pu exécuter une fondation semblable qu'il s'étoit
également proposée. Alors les exécuteurs testamentaires de ces trois
prélats imaginèrent de se réunir, et instituèrent le collége dont nous
parlons ici: c'est pour cette raison qu'il est souvent nommé collége
_des Trois-Évêques_. L'acte qui contient cette donation est rapporté
par Félibien sous la date de 1348[397]. Mais la manière dont il est
conçu semble prouver que ce collége renfermoit déjà des étudiants, et
par conséquent que le premier établissement étoit antérieur.
[Note 397: Hist. de Par., t. III, p. 431.]
La maison et les jardins que Guillaume d'Auxonne avoit laissés étoient
plus que suffisants pour loger les boursiers; on prit sur les biens
des autres fondateurs ce qui étoit nécessaire pour fournir à leur
subsistance, ce qui produisit un fonds de 200 liv. de rente. On voit
par les statuts que ce collége étoit composé d'un maître, d'un
chapelain faisant l'office de procureur, et de sept boursiers. Ceux-ci
étoient à la nomination du chancelier de l'église de Paris, auquel le
chapelain, nommé lui-même par les anciens boursiers, les présentoit.
En 1612, le roi ayant voulu faire l'acquisition du collége de Cambrai
pour la construction des bâtiments du collége Royal, les commissaires
de sa majesté passèrent un acte portant qu'après l'achèvement de cet
édifice, le principal et les boursiers du collége détruit y seroient
logés; que la chapelle qu'on y bâtiroit deviendroit leur propriété;
qu'il seroit fait un fonds de 1000 liv. de rente pour leurs dommages
et intérêts; enfin qu'on n'abattroit les constructions que jusqu'à la
grande porte, de manière qu'ils pussent continuer à y loger jusqu'à ce
que le bâtiment qu'on leur destinoit fût en état de les recevoir.
Cette portion d'édifice fut conservée plus long-temps qu'on ne l'avoit
cru, parce qu'alors le collége Royal ne fut pas fini, et les boursiers
de celui de Cambrai ne cessèrent point d'y demeurer jusqu'à leur
réunion au collége de Louis-le-Grand.
Deux professeurs de la faculté de droit et le professeur de droit
françois, dont la chaire avoit été fondée en 1680 par Louis XIV,
donnèrent des leçons dans le collége de Cambrai jusqu'à la
construction des nouvelles écoles près de Sainte-Geneviève.
_Collége-Royal_ (même place).
On a déjà pu voir dans cet ouvrage à quel dessein et dans quelles
circonstances François Ier fonda cet établissement si digne d'un grand
monarque. Il en avoit conçu l'idée dès le commencement de son règne, et
son intention étoit de le placer à l'hôtel de Nesle (aujourd'hui le
collége Mazarin); mais la guerre et les événements qui la suivirent en
firent d'abord remettre l'exécution, et d'autres projets succédèrent
ensuite à ceux-ci. En rapprochant et en conciliant les dates diverses
que nos historiens ont données à cette fondation, on trouve que le roi,
après avoir manifesté, en 1529, ses intentions pour la construction de
ce collége, fixa, dès 1530, le nombre et les honoraires des professeurs
qu'il nomma et institua l'année suivante. Cette fondation, vraiment
royale, devoit répondre à la magnificence d'un prince qui mettoit en
tout de la noblesse et de la grandeur: douze professeurs en langue
hébraïque, grecque et latine, devoient recevoir par an 200 écus d'or
pour honoraires, être logés dans ce collége, et y donner des leçons
gratuites à six cents écoliers. Les circonstances n'ayant pas permis de
construire les édifices projetés, les professeurs continuèrent
d'enseigner dans les salles du collége de Cambrai et dans d'autres
colléges. Mais si on en excepte cette partie du projet, toutes les
autres clauses en furent remplies scrupuleusement; et même François Ier,
faisant plus qu'il n'avoit promis, et voulant donner une preuve
éclatante de l'affection particulière qu'il portoit à cette institution,
donna, en 1542, aux professeurs la qualité de conseillers du roi, le
droit de _committimus_[398], et les fit mettre sur l'état comme
_commensaux_[399] de sa maison. C'est à ce titre qu'ils continuèrent
jusqu'à la fin de prêter serment entre les mains du grand-aumônier.
[Note 398: Le _committimus_ étoit un droit que le roi
accordoit aux officiers de sa maison et à qui il lui
plaisoit, de plaider en première instance aux requêtes du
palais ou de l'hôtel, dans les matières personnelles,
possessoires ou mixtes, et d'y faire envoyer ou évoquer
celles où ils avoient intérêt.]
[Note 399: Les _commensaux_ étoient les officiers des
maisons du roi, de la reine, des enfants de France, des
princes du sang. Au droit de _committimus_, ils joignoient
celui d'être exempts de corvée, de guet et de garde. Ils
avoient droit de préséance sur les juges des seigneurs,
droits honorifiques dans les églises avant les marguilliers,
etc., etc.]
François Ier avoit fondé les chaires royales pour les savants les plus
célèbres, sans aucune distinction de régnicoles et d'étrangers; et vu
le sage parti qu'il avoit pris de consulter sans cesse, dans
l'exécution de son projet, les hommes distingués dans les sciences et
les lettres qui remplissoient sa cour, il avoit été assez heureux pour
ne faire que de très-bons choix. Ses successeurs n'y portèrent pas
sans doute la même attention, et plus d'une fois des hommes médiocres
usurpèrent dans cet illustre corps des places qui n'appartenoient
qu'au vrai mérite; cependant la succession des maîtres y présente plus
de noms célèbres que dans aucun autre corps littéraire; et l'on peut
assurer qu'il n'en est aucun qui, à nombre égal, ait produit autant
d'ouvrages sur toutes les parties des connoissances humaines. Henri II
y fonda une nouvelle chaire d'éloquence latine; Charles IX, une de
philosophie grecque et latine, et une de chirurgie; Henri III, une de
langue arabe. Ce monarque avoit pris solennellement l'engagement de
mettre à exécution le projet de François Ier relativement à la
construction des bâtiments où devoient se réunir les professeurs, et à
la dotation du nouveau collége; mais les guerres civiles et les
malheurs dans lesquels elles le jetèrent, le réduisirent bientôt à ne
pouvoir plus même payer les gages de ces professeurs. Leur fidélité
n'en fut point ébranlée, et pendant tous les orages de la ligue, ils
restèrent invariablement attachés à ce prince et à son successeur
Henri IV, qui en fut instruit, et qui se déclara leur plus zélé
protecteur. Le duc de Sulli partagea ces sentiments de bienveillance
de son maître; et ce fut à sa sollicitation et à celle du cardinal du
Perron, que ce prince prit la résolution de faire enfin construire les
logements et les écoles qui leur étoient nécessaires. Il fut décidé
qu'on abattroit le collége de Tréguier qui menaçoit ruine, et que sur
cet emplacement on feroit élever un bâtiment de trente-trois toises de
long sur vingt de large. On devoit y pratiquer quatre grandes salles,
et disposer l'étage supérieur pour y placer la bibliothèque royale de
Fontainebleau. Il étoit même question d'y établir une imprimerie, des
ateliers pour les artistes, et de doter cette maison de dix mille écus
de rente. La mort funeste de ce grand roi suspendit l'exécution d'un
projet aussi magnifique, mais ne le détruisit pas entièrement. Trois
mois après, Louis XIII, accompagné de la reine sa mère, vint poser la
première pierre de la seule aile de ce bâtiment qui alors ait été
entièrement achevée; c'étoit celle qui avoit été destinée pour loger
la bibliothèque. Les troubles de la régence ayant bientôt fait cesser
les travaux, on y pratiqua trois salles, qui servirent d'écoles aux
professeurs; mais ils n'eurent ni logements ni augmentation de gages.
Henri IV avoit fondé dans ce collége une chaire d'anatomie et de
botanique; Louis XIII en créa une seconde de langue arabe et une de
droit canon; Louis XIV y ajouta une chaire de langue syriaque, une
seconde de droit canon, et une de droit françois. C'est à quoi se
bornèrent les bienfaits de ce monarque, protecteur magnifique des
sciences et des lettres, mais qui probablement ne sentit pas de quelle
importance étoit le seul établissement où les jeunes gens, après le
cours ordinaire des études, pussent trouver des guides sûrs pour se
perfectionner dans tout genre de science ou de littérature auquel ils
voudroient se livrer. Cependant la situation des professeurs devenoit
de jour en jour plus fâcheuse: réduits, vers la fin de ce règne, à un
petit nombre d'auditeurs, brouillés depuis long-temps avec
l'Université, qui répandoit contre eux de fâcheuses impressions dans
l'esprit des élèves, mal payés de modiques appointements qui n'étoient
plus en rapport avec les besoins de la vie, ils étoient sur le point
d'abandonner leurs travaux, lorsqu'à l'avénement de Louis XV, le duc
de La Vrillière, qui avoit alors la direction de ce collége, proposa
au conseil un plan qui fut adopté, et empêcha la ruine d'un
établissement si utile et si important. Il consistoit à faire rentrer
dans le sein de l'Université les professeurs royaux, qui n'auroient
jamais dû en être séparés, et par conséquent à leur donner une part
dans le produit des messageries affecté aux besoins de cette
compagnie. L'exécution de ce plan ranima les exercices du collége
Royal; et quelques changements utiles dans la destination de plusieurs
chaires qui étoient doubles ou triples dans des genres d'enseignements
peu suivis, même tout-à-fait abandonnés, donnèrent le moyen d'y faire
professer de nouvelles branches de science et de littérature, sans
charger le trésor de dépenses nouvelles, de manière qu'il y eut dans
le collége Royal, outre l'inspecteur chargé de veiller à la
discipline, vingt professeurs, dont les attributions furent fixées,
par un arrêt du conseil de 1773, dans l'ordre suivant:
Une chaire pour l'hébreu et le syriaque.
Une ------ pour l'arabe.
Une ------ pour le turc et le persan.
Une ------ pour le grec.
Une ------ pour l'éloquence latine.
Une ------ pour la poésie.
Une ------ pour la littérature françoise.
Une ------ pour la géométrie.
Une ------ pour l'astronomie.
Une ------ pour la mécanique.
Une ------ pour la physique.
Une ------ pour la médecine pratique.
Une ------ pour la physique expérimentale.
Une ------ pour l'anatomie.
Une ------ pour la chimie.
Une ------ pour l'hist. naturelle.
Une ------ pour le droit canon.
Une ------ pour le droit de la nature et des gens.
Une ------ pour l'histoire et la morale.
Une ------ pour les mathématiques, fondée par Ramus.
Sur les nouveaux fonds accordés au collége Royal, on avoit trouvé le
moyen de distraire une somme suffisante pour la réparation des
constructions déjà faites; mais cette institution laissoit toujours à
désirer un bâtiment qui pût contenir à la fois les écoles et des
logements convenables pour les professeurs. La reconstruction totale
en fut arrêtée en 1774, la première année du règne de Louis XVI; et M.
le duc de La Vrillière posa la première pierre du nouveau bâtiment le
22 mars de la même année. Cet édifice, construit sur les dessins de M.
Chalgrin, présente l'ordonnance noble et simple d'un corps de logis
flanqué de deux pavillons en retour, qu'unit entre eux une double
grille avec un portail surmonté d'un fronton. Il n'y a que des éloges
à donner au caractère d'architecture choisi par l'artiste, et à la
manière dont il a exécuté cette conception[400].
[Note 400: _Voy._ pl. 164 et 166.]
_Collége du Plessis-Sorbonne_ (rue Saint-Jacques).
Ce collége doit son nom à Geoffroi du Plessis, notaire apostolique et
secrétaire de Philippe-le-Long. Il le fonda, en 1317[401], pour
quarante étudiants pris dans les diocèses de Tours, Saint-Malo, Reims,
Sens, Évreux et Rouen, et donna pour cet établissement différents
revenus, et une maison avec cours, jardins et vergers, située rue
Saint-Jacques, et qui s'étendoit jusqu'à la rue Fromentel et à celle
des Cholets, nommée alors Saint-Symphorien[402]. Il y avoit déjà dans
cette maison une chapelle de la Sainte-Vierge, et au-dessus de la
porte un oratoire sous le nom de Saint-Martin. Le collége en prit le
nom de _Saint-Martin-du-Mont_, et le fondateur, qui se réserva la
collation des bourses, et la faculté de faire par la suite les
changements qu'il jugeroit à propos, établit pour supérieurs de cet
établissement les évêques d'Évreux et de Saint-Malo, l'abbé de
Marmoutier, le chancelier de l'église de Paris, et le maître
particulier du collége.
[Note 401: La bulle de confirmation donnée par le pape Jean
XXII n'est que du 30 juillet 1322; mais Jaillot a prouvé que
le collége existoit avant cette époque, et dès 1317.]
[Note 402: Il affecta vingt bourses aux artiens, dix aux
philosophes, et dix aux théologiens ou étudiants en droit
canon. Les petites bourses étoient fixées à 2 sous par
semaine, celles des philosophes à 4 sous, et celles des
théologiens à 6 sous. Le fondateur établit en même temps
trois chapelains, dont les bourses étoient les mêmes que
celles des théologiens, et le maître ou principal eut 8 sous
par semaine.]
Quelque temps après, Geoffroi du Plessis fonda le collége de
Marmoutier à côté de celui de Saint-Martin; et quoi qu'en aient dit Du
Breul et Corrozet, l'acte de fondation[403] prouve qu'il ne changea
point les dispositions déjà faites en faveur de ce dernier collége
pour accroître les avantages de sa nouvelle fondation. Sur quatre
maisons qu'il possédoit encore dans ce même endroit, il se réserva, sa
vie durant, la plus grande, qui donnoit sur la rue Chartière, et fit
don des trois autres à l'abbaye de Marmoutier: il n'y eut de commun
entre ces deux colléges que la chapelle que l'on bâtissoit.
[Note 403: Jaillot, quart. S. Ben., p. 115.]
S'étant ensuite fait religieux dans cet ordre, auquel il avoit
témoigné une affection si particulière, Geoffroi profita de la faculté
qu'il s'étoit réservée par l'acte de fondation, et soumit les deux
colléges à l'abbé de Marmoutier, qui depuis en fut le seul
administrateur; puis, par son testament, réduisit à vingt-cinq bourses
les quarante qu'il avoit d'abord fondées. Ce collége de Marmoutier
subsista jusqu'en 1637, que la réforme introduite dans cette abbaye le
rendit inutile. Les bâtiments en furent vendus aux Jésuites en 1641,
pour accroître le collége de Louis-le-Grand.
À l'égard de celui de Saint-Martin-du-Mont, il ne tarda pas à prendre
le nom de son fondateur: car, dans tous les actes de l'abbaye de
Sainte-Geneviève qui le concernent, il n'est indiqué, dès le
quatorzième siècle, que sous le titre de collége du Plessis. La
modicité de ses revenus occasionna une diminution successive de ses
boursiers; mais quoiqu'il se soutînt encore par la réputation que lui
avoit acquise sa discipline et le mérite de ses professeurs, ses
bâtiments menaçoient ruine au commencement du dix-septième siècle, et
l'établissement étoit loin d'avoir en lui-même des ressources
suffisantes pour les réparer, lorsque des circonstances heureuses
vinrent tout à coup les lui procurer. Le cardinal de Richelieu avoit
eu besoin de l'emplacement du collége de Calvi pour la construction de
l'église de Sorbonne. L'équité ne permettoit pas de le détruire sans
le remplacer; aussi ce ministre ordonna-t-il, par son testament, qu'il
seroit bâti un autre collége sur le terrain enclavé entre les rues de
Sorbonne, des Noyers et des Maçons; mais les dépenses énormes
qu'auroit entraînées l'exécution d'un semblable projet en firent
changer les dispositions. En conséquence il fut convenu que les
héritiers du cardinal feroient unir un collége à la maison de
Sorbonne, et qu'ils paieroient une certaine somme pour les bâtiments
ou réparations qu'on seroit obligé d'y faire. On jeta les yeux sur
celui du Plessis, non, comme l'ont pensé quelques auteurs, à cause de
la conformité de son nom avec celui du cardinal[404], mais parce
qu'alors l'abbaye de Marmoutier étoit possédée par un neveu de cette
Éminence (Amador Jean-Baptiste de Vignerod), et qu'on espéroit avoir
plus facilement son consentement que celui de tout autre. Il céda en
effet, sans aucune difficulté, son droit de supériorité sur ce collége
à la maison de Sorbonne, ainsi que tous les biens et revenus qui en
dépendoient, réservant seulement la collation des bourses, dont deux
seroient à la présentation de l'évêque d'Évreux, et deux à celle de
l'évêque de Saint-Malo. Par l'acte passé à cet effet en 1646, la
maison de Sorbonne fut tenue d'entretenir à ses frais les bâtiments,
et de faire instruire les boursiers sous la direction et
l'administration d'un principal et d'un procureur, qui seroient
docteurs ou bacheliers. C'est depuis cette époque que ce collége fut
appelé du Plessis-Sorbonne. Il soutint d'ailleurs jusqu'à la fin son
ancienne renommée, et il n'en étoit aucun dans toute l'Université où
la discipline scolastique fût mieux observée, et qui eût produit un
plus grand nombre d'élèves distingués.
[Note 404: On sait qu'il se nommoit du Plessis-Richelieu.]
Dans les derniers temps, les bourses, réduites au nombre de dix, et
extrêmement médiocres, étoient à la nomination du roi[405].
[Note 405: Il sert maintenant de logement à des professeurs
de la nouvelle Université.]
_Le collége de Louis-le-Grand_ (même rue).
Sans perdre de temps à discuter divers petits faits relatifs à la
fondation de ce collége, et sur lesquels nos historiens ne sont pas
d'accord, nous dirons simplement que l'institut des Jésuites, auquel
on en doit l'établissement, ayant été approuvé, en 1540 et 1549, par
deux bulles de Paul III, S. Ignace de Loyola, fondateur de _la Société
de Jésus_, envoya sur-le-champ quelques-uns de ses disciples à Paris.
Plusieurs personnes prétendent que, dès 1540, ils demeuroient au
collége du Trésorier, et en 1542 à celui des Lombards. La première de
ces deux assertions paroît dépouillée de preuves; quant au collége des
Lombards, ils ne tardèrent pas à le quitter pour aller loger dans
l'hôtel de Clermont, qui appartenoit au cardinal du Prat. Cette
Éminence mit à les servir un vif intérêt, leur procura, avec le
logement, une honnête subsistance, et, ce qui n'étoit pas moins
important pour eux, la protection du cardinal de Lorraine. Ce fut par
les soins de celui-ci qu'ils obtinrent, en 1551, des lettres-patentes
par lesquelles Henri II permettoit leur établissement, mais à Paris
seulement. Les oppositions de l'évêque, du parlement et de
l'université suspendirent l'effet de cette faveur; soutenus par les
Guises, qui gouvernoient entièrement Catherine de Médicis et son fils
François II, les Jésuites se voyoient sur le point de triompher de ces
obstacles, lorsque la mort du jeune monarque vint leur susciter des
obstacles nouveaux. Malgré les différentes lettres de jussion
adressées au parlement par Charles IX, la cour jugea qu'avant de les
vérifier il étoit à propos de renvoyer les Jésuites devant l'assemblée
générale du clergé, qui se tint à Poissi en 1561, pour y faire
approuver leur institut. C'est là qu'ils furent enfin admis en France
sous certaines conditions, à titre de société et de collége; et comme
le parlement ne consentit à l'enregistrement qu'en 1562, c'est cette
dernière date qu'on peut regarder comme celle du véritable
établissement légal des Jésuites à Paris; celui de leur collége est
encore postérieur, quoique Dubreul et ceux qui l'ont suivi en marquent
l'institution en 1550.
Le projet du cardinal du Prat avoit toujours été de procurer à ces
pères un collége à Paris; et ce fut dans cette intention qu'à sa mort,
arrivée en 1560, il leur laissa plusieurs legs considérables,
indépendamment des donations qu'il leur avoit déjà faites. Dès qu'ils
en eurent obtenu la possession, jaloux de remplir l'intention du
fondateur, ils cherchèrent un emplacement convenable, et achetèrent en
1563 un grand hôtel situé dans la rue Saint-Jacques, et connu sous le
nom de la _cour de Langres_[406]. Cette acquisition fut amortie en
1564. Alors, munis de la simple permission du recteur de l'Université,
et des lettres de scolarité qu'il leur fit expédier la même année, ils
commencèrent à ouvrir leurs cours, et donnèrent à leur maison le nom
de _collége de Clermont de la Société de Jésus_. Mais à peine
avoient-ils commencé à professer qu'un nouveau recteur leur défendit
l'exercice des classes, défense contre laquelle ils crurent devoir
s'élever, et qui les jeta dans de nouveaux embarras et dans
d'interminables contestations. Heureusement pour eux la cause fut
appointée; et ces pères, en attendant la décision, se trouvèrent
autorisés à continuer les leçons publiques qu'ils avoient commencées.
Les talents supérieurs et la célébrité des professeurs qu'ils
employoient attirèrent bientôt dans leur collége un si grand nombre
d'écoliers, tant externes que pensionnaires, qu'il fallut penser à en
augmenter les bâtiments. Les Jésuites achetèrent à cet effet plusieurs
maisons voisines en 1578 et 1582. Ils firent, dans cette dernière
année, construire une chapelle, dont la première pierre fut posée par
Henri III. Tous ces édifices furent reconstruits en 1628.
[Note 406: Il étoit ainsi nommé parce qu'il avoit appartenu
à Bernard de La Tour, évêque de Langres.]
Ce collége s'est successivement agrandi par l'acquisition d'une ruelle
et de quelques autres maisons, mais principalement par celle du
collége de Marmoutier, dont nous avons déjà parlé, et du collége du
Mans, dont ils ne prirent possession qu'en 1682, cinquante-sept ans
après le marché qu'ils en avoient fait. Ils y furent autorisés par un
arrêt du conseil de cette même année. Louis XIV, qui confirma cette
acquisition par ses lettres-patentes, voulut en payer le prix de ses
propres deniers[407]; et, pour mettre le comble à ses bienfaits, il
leur fit expédier des lettres nouvelles, par lesquelles il déclaroit
le collége des jésuites de fondation royale. Même avant cette dernière
faveur, ces pères avoient déjà ôté l'inscription placée sur leur porte
principale, _Collegium Claromontanum Societatis Jesu_, pour y
substituer celle de _Collegium Ludovici Magni_.
[Note 407: Il fit donner à cet effet la somme de 53,156
livres.]
Les jésuites continuèrent de professer dans ce collége, rivalisant de
zèle et de succès avec les plus célèbres institutions de l'Université,
jusqu'en 1763, époque de la destruction de leur ordre, événement qui
fut si fatal à la France et à toute la chrétienté. Alors les bâtiments
qu'ils avoient occupés furent donnés à l'Université par
lettres-patentes de la même année, pour y tenir ses assemblées et
former un collége général, auquel ont été réunis les boursiers de tous
les colléges où il n'y avoit pas plein et entier exercice[408].
[Note 408: La translation du collége de Lisieux y avoit déjà
été ordonnée en 1762; celle du collége de Beauvais le fut en
1763. Voici les noms des autres colléges réunis à celui de
Louis-le-Grand:
Le collége de Notre-Dame, dit des Dix-Huit.
-------- des Bons-Enfants.
-------- du Trésorier.
-------- des Cholets.
-------- de Bayeux.
-------- de Laon.
-------- de Presle.
-------- de Narbonne.
-------- de Cornouaille.
-------- d'Arras.
-------- de Tréguier.
-------- de Bourgogne.
-------- de l'Ave-Maria.
-------- d'Autun.
-------- de Cambrai.
-------- de Justice.
-------- de Roissi.
-------- de Maître-Gervais.
-------- de Dainville.
-------- de Fortet.
-------- de Chanac.
-------- de Reims.
-------- de Séez.
-------- du Mans.
-------- de Sainte-Barbe.
-------- de Grand-Mont.]
Le temporel de ce collége étoit régi par une administration dont les
membres, nommés par le roi, avoient pour président le grand-aumônier[409].
[Note 409: Le collége de Louis-le-Grand est maintenant un
des cinq colléges royaux de Paris.]