L'observatoire est un des monuments qui attestent avec le plus d'éclat
le goût de Louis XIV pour tout ce qui, dans les sciences et les arts,
avoit de la grandeur et de l'utilité. Parmi les savants et les grands
artistes en tous genres que ses caresses et ses libéralités alloient
chercher dans toutes les parties de l'Europe, le célèbre
Jean-Dominique Cassini, le premier astronome de son temps, fut un de
ceux qu'il désira le plus d'attirer dans ses états. En même temps
qu'il faisoit négocier auprès de lui pour le déterminer à quitter
l'Italie, ce prince ordonna que l'on choisît un lieu propre à la
construction d'un édifice où l'on pût commodément faire toutes les
observations astronomiques. Claude Perrault donna les dessins, et
dirigea les travaux de ce monument, dont les fondations furent posées
au mois d'août 1667, et qui fut achevé en 1672. Sa construction est
faite avec un très-grand soin, et avec ce luxe d'appareil que l'on
remarque au péristyle du Louvre, bâti par le même architecte.
L'échelle de ce bâtiment est grande, et son aspect imposant: la
simplicité de son ordonnance et des membres d'architecture qui en
forment les détails, les dimensions élevées de ses murs et de ses
ouvertures, tout annonce un édifice public du premier ordre sur un
terrain néanmoins assez resserré.
La masse principale du plan est un carré auquel on a ajouté des tours
octogones sur deux angles, et un avant-corps sur une des faces. Ce
carré est disposé de manière que les deux faces latérales sont
exactement parallèles, et les deux autres perpendiculaires au
méridien, qui en fait l'axe, et qui est tracé sur le plancher d'une
grande salle au centre de l'édifice. Cette disposition parut heureuse
pour un monument destiné à l'astronomie; mais la suite ne confirma pas
cette opinion qu'on en avoit d'abord conçue. Les bâtiments même
n'étoient pas encore totalement achevés, que déjà plusieurs astronomes
avoient remarqué de graves défauts dans leur construction. Le ministre
Colbert, qui, dit-on, en fut averti, chargea Cassini, qui venoit
d'arriver de Bologne, de s'entendre avec l'architecte pour en diriger
l'exécution de la manière la plus favorable aux travaux astronomiques;
mais, soit qu'il fût arrivé trop tard, soit que Perrault montrât de
la répugnance à modifier son projet, le bâtiment se continua, et fut
achevé sur les mêmes dessins[380].
[Note 380: _Voy._ pl. 163 et 166.]
Les fondations furent difficiles à établir, à cause de la profondeur
des carrières sur lesquelles on vouloit les asseoir; et ce ne fut
qu'en les comblant de massifs considérables que l'on parvint à donner
à ce monument l'extrême solidité, qui en est une des qualités les plus
remarquables. Sa construction est toute en pierres posées par assises
réglées, et qui règnent au pourtour de l'édifice; on n'y a employé ni
fer ni bois: tous les planchers, tous les escaliers y sont voûtés en
pierres, et appareillés avec le soin le plus recherché. Une
plate-forme couvroit originairement tout l'édifice, et permettoit d'en
parcourir le sommet; mais les eaux ayant pénétré la terrasse et
endommagé les voûtes, il fallut refaire en entier la couverture, pour
empêcher la dégradation totale du monument, ce qui fut exécuté en
1787. Cette couverture est maintenant divisée en plusieurs parties de
comble, et entourée d'un mur d'appui. De là on peut contempler la
voûte du ciel dans toute l'étendue de l'horizon.
Six pièces, de formes différentes, composent la distribution
intérieure, et ont leurs ouvertures exposées aux différents points du
ciel. Cependant, malgré les pompeux éloges donnés à ce monument par la
plupart de nos historiens, on est forcé de l'avouer, sous le rapport
de convenance, aucun édifice n'étoit moins propre à sa destination. Il
a fallu construire en dehors, et attenant à ce bâtiment colossal,
ainsi que sur la plate-forme, de petits cabinets pour y placer les
instruments destinés aux travaux habituels des physiciens et des
astronomes. Tout ce faîte extérieur ne contenoit pas une seule petite
pièce commode où l'on pût faire sûrement et tranquillement une série
d'observations; et ce n'est guère que depuis quelques années qu'on a
su en rendre l'intérieur habitable, et même le pourvoir de tous
instruments nécessaires pour les travaux des astronomes.
Cassini avoit fait tracer sur le plancher de l'une des tours un
planisphère terrestre de vingt-sept pieds de diamètre: depuis
long-temps on ne l'y voit plus. On avoit aussi pratiqué dans toutes
les voûtes, au centre du bâtiment, des ouvertures de trois pieds de
diamètre, et correspondant entre elles depuis la couverture jusqu'au
fond des caves souterraines pratiquées sous l'édifice; la première
intention étoit de s'en servir pour des observations astronomiques;
mais on y a éprouvé des difficultés qui ont forcé d'y renoncer: elles
n'ont été utiles qu'à mesurer les degrés d'accélération de la chute
des corps, et à faire la vérification des grands baromètres.
Ces ouvertures pénètrent jusqu'au fond de ces caves au travers d'un
escalier fait en vis, et composé de trois cent soixante marches, ce
qui forme en tout, depuis le sommet, un puits de vingt-huit toises de
profondeur. Ces caves servent à faire des expériences sur les
congélations et les réfrigérations, à déterminer les divers degrés de
l'humidité, du sec, du chaud, du froid. Elles s'étendent fort au loin
dans les carrières voisines, et ont des parties où l'eau se pétrifie.
Plus de cinquante rues percées dans des carrières y forment une espèce
de labyrinthe. Partie de ces caves est revêtue de maçonnerie, d'autres
sont simplement taillées dans le tuf.
La plupart des salles de cet édifice offrent cette particularité
remarquable, qu'une personne parlant très-bas près de l'un des murs,
ses paroles parviennent à l'oreille d'une autre personne placée près
du mur opposé, sans que ceux qui occupent le milieu de la pièce
puissent rien entendre de ce qu'elles disent. Ce phénomène
d'acoustique, qui dépend de la forme elliptique des voûtes, est trop
connu maintenant pour que nous croyions devoir l'expliquer. Sous la
voûte de la salle du nord, un aéromètre indique la force des vents;
cette salle est ornée de peintures représentant les saisons et les
signes du zodiaque: on y voit aussi les portraits des plus célèbres
astronomes.
La façade de l'Observatoire, du côté du septentrion, est couronnée
d'un fronton où sont sculptées les armes du roi. L'avant-corps de
celle du midi offre deux trophées astronomiques, et ce sont les seuls
ornements de sculpture qu'il y ait sur ce monument.
Une machine, dite cuvette de jauge, donne la mesure de l'eau pluviale
qui tombe chaque année.