ÉGLISE PAROISSIALE DE SAINT-ÉTIENNE-DU-MONT

Il n'y a rien de certain sur l'origine de cette paroisse, à laquelle on

a successivement donné les noms de _Notre-Dame_, de _Saint-Jean_ du

Mont, et enfin de _Saint-Étienne_. Il paroît que, dans le principe, les

fonctions curiales s'exerçoient dans l'église même de Sainte-Geneviève,

pour le petit nombre de personnes qui habitoient alors les environs de

l'abbaye. Lorsque, par les derniers traités faits avec les Normands, on

se vit entièrement à l'abri de leurs incursions, le bourg de

Sainte-Geneviève, abandonné en même temps que l'église, ne tarda pas à

se repeupler; alors le service se fit dans la chapelle Notre-Dame[289],

située dans la crypte ou église souterraine; ce qui dura jusqu'au règne

de Philippe-Auguste. La clôture ordonnée par ce prince ayant engagé les

Parisiens à construire des édifices dans les clos de vignes et sur les

terrains incultes renfermés dans cette nouvelle enceinte, le nombre des

habitants de la paroisse du Mont s'accrut à un tel point, qu'il devint

absolument nécessaire de faire bâtir une nouvelle église paroissiale.

L'abbé de Sainte-Geneviève et les chanoines abandonnèrent à cet effet un

terrain contigu à leur église, sur lequel on construisit une chapelle

destinée à servir de paroisse, mais qui faisoit tellement partie de

l'église de l'abbaye, que l'on n'y entroit que par une porte percée

dans le mur méridional, laquelle a subsisté jusque dans les derniers

temps; et que les fonts baptismaux sont encore restés environ quatre

cents ans dans la grande église. On ne sait pas précisément à quelle

époque ni pour quelles raisons le nouvel édifice fut dédié sous le nom

de Saint-Étienne. Jaillot prétend qu'il fut bâti ou du moins commencé du

temps de l'abbé Galon, mort en 1223.

[Note 289: La paroisse en prit le nom, et le changea en

celui de Saint-Jean, nom que prit aussi la chapelle. On

l'appeloit vulgairement paroisse _du Mont_.]

Ce fut cette grande augmentation d'habitants qui fit naître la

contestation qui s'éleva entre les abbés de Sainte-Geneviève et

l'évêque de Paris. Les premiers vouloient soustraire la paroisse du

Mont à la dépendance de l'ordinaire, et l'évêque soutenoit la validité

de sa juridiction. Ces débats, où intervint le pape Urbain III, furent

terminés en 1202, par une transaction dans laquelle il fut convenu que

l'abbé présenteroit à l'évêque les sujets qu'il destineroit à

desservir les églises paroissiales dépendantes de son abbaye; accord

que suivirent des concessions et des échanges qui parurent satisfaire

également les deux parties contractantes[290].

[Note 290: L'évêque soumit à la paroisse du Mont tous ceux

qui feroient bâtir dans le clos Bruneau et dans le clos

Mauvoisin. L'abbé et les chanoines cédèrent à l'évêque la

chapelle Sainte-Geneviève dans la Cité, et abandonnèrent la

prébende et la vicairie qu'ils avoient à Notre-Dame.]

Cette église subsista ainsi jusqu'en 1491, que le nombre toujours

croissant des paroissiens détermina à y faire de nouvelles

augmentations. L'abbé de Sainte-Geneviève céda à cet effet une portion

de l'infirmerie qui se trouvoit au chevet de l'église; et si l'on en

juge par le caractère de l'architecture, il ne paroît pas qu'il y soit

rien resté de l'ancien bâtiment. Les constructions en furent

commencées, du côté de l'orient, vers les premières années du règne de

François Ier. En 1538, l'église fut augmentée des chapelles et de

l'aile de la nef du côté de Sainte-Geneviève. On bâtit, en 1606, la

chapelle de la communion et les charniers. Enfin le grand et le petit

portail, dont la reine Marguerite de Valois posa la première pierre en

1610, ne furent achevés que sept ans après, ce qui paroît prouvé par

les deux inscriptions qui y étoient gravées, lesquelles portoient la

date de 1617.

L'architecture de Saint-Étienne-du-Mont a joui d'une grande

réputation. La coupe extraordinaire et aussi adroite que hardie de son

jubé et des deux escaliers qui y conduisent y attiroit les curieux.

Ces escaliers sont à jour, et l'on voit le dessous des marches

tournant autour d'une colonne, et portées en l'air par encorbellement.

Les voûtes, non moins remarquables, sont ornées de tout ce que l'art

de la coupe des pierres peut offrir de plus recherché. On admiroit

aussi la sculpture de la frise du portique, qui, bien qu'un peu

confuse, tient cependant du style antique et des riches ornements de

l'architecture romaine[291].

[Note 291: _Voy._ pl. 153 et 154.]

Cette église possédoit en outre de précieux monuments des arts, et

renfermoit d'illustres sépultures.

Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 6/8) · 第 45 / 241 题