TOMBEAUX ET SÉPULTURES.

_Dans l'église._

Derrière le maître-autel, la châsse qui renfermoit le corps de

sainte Geneviève. Cette châsse, que plusieurs historiens de Paris

ont faussement attribuée à saint Éloi[279], étoit de vermeil

doré, d'un travail gothique, couverte de pierreries dues à la

piété et à la libéralité de nos rois. Elle étoit soutenue par

quatre statues de vierges plus grandes que nature, portées

elles-mêmes sur des colonnes d'un marbre antique et rare; un

bouquet de diamants d'un très-grand prix couronnoit ce monument:

c'étoit un don de la reine Anne d'Autriche, mère de Louis XIV.

[Note 279: Deux cents ans avant l'invasion des Normands, et

lorsque le corps de la sainte étoit encore dans son tombeau,

saint Éloi avoit effectivement orné ce monument d'ouvrages

d'orfévrerie, c'est-à-dire de quelques rinceaux d'or et

d'argent qui formoient au-dessus une espèce de petit

édifice. Il fallut les enlever pour ouvrir ce tombeau; et

les précieuses reliques, transportées dans un coffre de

bois, y restèrent jusqu'au treizième siècle, sans autres

décorations que quelques feuilles d'argent dont on imagina

de le couvrir. Enfin, en 1240, un particulier nommé Godfroy

donna une somme pour la construction d'une nouvelle châsse;

son exemple fut imité par d'autres, et c'est alors que l'on

construisit ce précieux ouvrage, dans lequel il entra,

dit-on, cent quatre-vingt-treize marcs d'argent et sept

marcs et demi d'or. L'orfèvre qui l'avoit fait se nommoit

_Bonard_. La translation du corps de la sainte s'y fit le 22

octobre 1242.]

Au milieu, le cénotaphe de Clovis. Ce monument, sur lequel étoit

couchée la statue de ce prince en marbre blanc, remplaçoit un

tombeau plus simple, et d'une pierre plus commune, tel qu'on

avoit coutume de les faire pour les rois de la première race; une

inscription latine apprenoit qu'il avoit été élevé sur les ruines

de l'autre par l'abbé et le chapitre de Sainte-Geneviève.

Derrière le choeur, une châsse renfermant les reliques de sainte

Clotilde. Cette reine avoit d'abord été inhumée près des degrés

du grand autel. On ignore en quel temps ces reliques furent

levées, mais la châsse n'étoit que de l'année 1539, époque à

laquelle on en fit la translation. Clotilde sa fille, femme

d'Amalaric, roi des Visigoths, les jeunes fils de Clodomir,

assassinés par Childebert et Clotaire, avoient été également

inhumés dans cette église.

Dans une chapelle près de la sacristie, le tombeau du cardinal de

La Rochefoucauld, abbé commandataire de cette église, mort en

1645. Ce monument a été exécuté par un sculpteur nommé _Philippe

Buyster_[280].

[Note 280: Le cardinal y est représenté à genoux sur un

coussin, les mains jointes. Un génie, sur lequel Saint-Foix

s'est fort égayé, soutient la queue de son manteau, et l'on

ne peut s'empêcher de convenir que c'est là en effet une

imagination fort ridicule. L'exécution de ces figures est

froide et sèche; le dessin en est pauvre, et d'une grande

incorrection; c'est de la sculpture très-médiocre. (Déposé

aux Petits-Augustins.)]

Sur un des piliers de la nef, le buste du célèbre Descartes, et

une épitaphe qui apprend que les restes de ce philosophe, mort en

Suède en 1650, ont été transportés dans cette église dix-sept ans

après sa mort.

Près de ce monument, et du même côté, avoit été déposé le coeur

de Jacques Rohault, son disciple, et l'un des plus grands

mathématiciens de son siècle, ce qu'indiquoit une inscription

composée par Santeuil.

Le fameux boucher Goy, l'un des chefs de la faction des

_Cabochiens_ sous Charles VI, avoit été inhumé dans cette église.

_Dans la chapelle souterraine._

Le tombeau de sainte Geneviève. Il étoit en marbre, sans aucun

ornement, et entouré de grilles de fer.

Les tombeaux de saint Prudence et de saint Céran, évêques de

Paris; leurs reliques en avoient été tirées dans le treizième

siècle. Sainte Alde ou Aude, compagne de sainte Geneviève, avoit

été inhumée dans cette même chapelle.

_Dans la chapelle Notre-Dame-de-la-Miséricorde._

Le tombeau de Joseph Foulon, abbé de Sainte-Geneviève, mort en

1607. On y voyoit la représentation en bronze doré de ce prélat,

revêtu de ses habits pontificaux[281].

[Note 281: Cette figure passoit pour avoir été exécutée par

_Germain Pilon_. Elle n'existe point aux Petits-Augustins.]

Celui de Benjamain de Brichanteau, évêque de Laon, et successeur

de Foulon, mort en 1619.

_Dans le chapitre._

Plusieurs tombes de marbre blanc renfermant les corps des trois

premiers abbés de la réforme; du P. Faure, premier abbé, mort en

1644; de François Boulart, deuxième abbé, mort en 1667; du P.

Blanchart, troisième abbé, mort en 1675. À côté avoit été inhumé

le P. Lallemant, religieux de cette communauté, recteur et

chancelier de l'Université, personnage aussi recommandable par

ses talents que par ses vertus: il est mort en 1673.

_Dans le petit cimetière._

Nicolas Lefèvre, prêtre, sous-précepteur du roi d'Espagne

Philippe V, des ducs de Bourgogne et de Berri, directeur des

filles de Sainte-Anne, personnage d'une vertu éminente, mort en

1706.

L'ancien cloître de cette abbaye, qui tomboit en ruine, avoit été

reconstruit à la moderne en 1744[282]. Il étoit soutenu d'un côté par

des colonnes doriques; la porte d'entrée de la maison et le péristyle

qui le précédoit, avoient été bâtis au commencement du même siècle,

sur les dessins du père de Creil, religieux de cette communauté. Il

étoit aussi l'auteur du grand escalier, que l'on admiroit pour la

hardiesse de sa coupe. La galerie dite l'_Oratoire_, ornée de

pilastres corinthiens, présentoit alternativement des figures de

demi-relief en plomb doré, et des tableaux offrant divers sujets de la

vie de la sainte Vierge.

[Note 282: Ces constructions ayant occasionné des fouilles

dans les terres du préau, on y trouva un très-grand nombre

de cercueils de pierre qui contenoient encore des

squelettes, mais pas une seule inscription.]

La bibliothèque, qui n'existoit pas encore lorsque le cardinal de La

Rochefoucauld fut nommé abbé commandataire de Sainte-Geneviève, étoit

devenue, par degrés, l'une des plus considérables et des plus

curieuses de Paris. Les PP. Fronteau et Lallemant, qu'on doit en

regarder comme les fondateurs, y rassemblèrent en peu d'années sept à

huit mille volumes. Le P. Dumolinet l'augmenta considérablement, et y

ajouta un cabinet d'antiquités, composé en grande partie de ce qu'il y

avoit de plus rare dans celui du fameux Peiresc. Enfin le legs que M.

Le Tellier, archevêque de Reims, fit à cette maison de sa belle

bibliothèque, et les acquisitions successives que l'on ne cessoit de

faire, avoient tellement accru cette magnifique collection, qu'au

commencement de la révolution on y comptoit environ quatre-vingt mille

volumes et deux mille manuscrits. Elle étoit placée dans une galerie

construite en forme de croix, et surmontée d'un dôme. Ce bâtiment, qui

existe encore, a, dans la plus grande dimension, cinquante-trois

toises de longueur. Les côtés de la croix sont inégaux, et c'étoit

pour faire disparoître aux yeux cette irrégularité qu'on avoit peint

sur le mur de l'un d'eux le morceau de perspective dont nous avons

déjà parlé. Cette bibliothèque étoit alors ornée des bustes en marbre

ou en plâtre de plusieurs hommes illustres. On y voyoit ceux de

Colbert, de Louvois, du chancelier Le Tellier, de Jules Hardouin,

Mansart, d'Arnauld, etc., exécutés par Girardon, Coisevox, Coustou,

etc.

Le cabinet de curiosités, bâti en 1753, deux ans avant la

bibliothèque, faisoit suite à ce monument. Il renfermoit une grande

quantité de morceaux précieux d'histoire naturelle, des antiquités

étrusques, grecques, égyptiennes, romaines; une collection de

médailles anciennes et modernes, dont plusieurs parties étoient

complètes, et qui jouissoit de la plus grande estime parmi les

antiquaires, etc., etc.[283]

[Note 283: La bibliothèque de Sainte-Geneviève existe encore

et continue d'être ouverte au public.]

L'abbaye de Saint-Geneviève relevoit immédiatement du saint-siége; ses

abbés portoient, depuis 1256, les ornements pontificaux, et leur

autorité s'étendoit sur un grand nombre d'églises paroissiales

dépendantes de cette abbaye; ils jouirent même pendant long-temps de

tous les droits épiscopaux sur la paroisse de Saint-Étienne-du-Mont.

On sait que, dans les grandes calamités publiques, on descendoit la

châsse de la patronne de Paris pour la porter processionnellement à

Notre-Dame; à cette procession[284] où assistoient les cours

supérieures et tout le clergé de Paris, les religieux de

Sainte-Geneviève marchoient pieds nus, prenant la droite sur le

chapitre de l'église métropolitaine, comme leur abbé la prenoit en

cette occasion sur l'archevêque de Paris.

[Note 284: Cette procession fut faite, pour la première

fois, en 1229, à l'occasion de la maladie _des Ardents_.

(Voy. t. I, prem. part., pag. 288.)]

_Palais de Clovis._

Une ancienne tradition veut que Clovis ait fait bâtir un palais en

même temps que la basilique de Saint-Pierre; et cette tradition,

adoptée par une foule d'historiens de Paris, se trouve confirmée par

le témoignage de l'auteur des annales manuscrites de Sainte-Geneviève,

qui lui-même étoit membre de cette abbaye. Sauval va plus loin: il

prétend que _de son temps on a détruit la chambre de Clotilde_; et peu

d'années avant la révolution, on dit qu'il existoit encore un bâtiment

appelé _la chambre de Clovis_. Cependant ces assertions vagues ne

forment point un corps de preuves suffisantes pour persuader que

Clovis eût fait bâtir un palais si proche des _Thermes_, qu'il

habitoit, sans qu'il en restât aucun vestige ni dans les archives de

Sainte-Geneviève ni dans les monuments que nous ont laissés les

historiens du moyen âge. Entre plusieurs objections très-fortes qu'il

seroit possible d'élever contre l'existence de ce monument, il en est

une surtout qui nous semble décisive, et on la tire d'un passage de

Grégoire de Tours, qui, rendant compte d'un concile[285], où il avoit

lui-même assisté, et qui fut tenu en 577 dans la basilique de

Saint-Pierre, dit que Chilpéric reçut les évêques, et leur offrit un

repas dans un endroit construit à la hâte et couvert de feuillages:

_Stabat rex juxta tabernaculum ex ramis factum..... et erat ante

scamnum pane desuper plenum, cum diversis ferculis._ «Chilpéric, dit

Jaillot, respectoit trop les évêques pour les recevoir dans une

semblable tente s'il eût eu un palais dans le voisinage; et, s'il fit

construire ce pavillon, ce ne fut que pour leur éviter la peine de

venir jusqu'au palais des Thermes, quoique peu éloigné du lieu de leur

assemblée.» Il n'y a donc rien de plus incertain que l'existence de ce

palais de Clovis.

[Note 285: Lib. V, cap. 18. Il fut encore tenu deux autres

conciles dans cette église, en 573 et 615.]

_Chapelle de Saint-Michel et porte papale._

Il n'en est pas ainsi de la chapelle Saint-Michel: elle a réellement

existé. C'étoit, comme nous l'avons déjà dit, l'usage d'en bâtir une

dans les cimetières, sous le vocable de cet archange; et tout s'accorde

à prouver que, dans les premiers siècles de notre monarchie, la montagne

Sainte-Geneviève étoit un lieu destiné aux sépultures[286]. Cette

chapelle fut vraisemblablement érigée peu de temps après la grande

basilique, et aura eu le même sort lors de l'invasion des Normands.

L'abbé Lebeuf[287] la place au-delà de la porte du monastère qui

regardoit le sud-ouest; et les annales de Sainte-Geneviève que nous

venons de citer disent qu'elle étoit située près la porte qui regardoit

la campagne.

[Note 286: Prudence, huitième évêque de Paris, y fut enterré

en 400.]

[Note 287: T. II, p. 381.]

Sans nous déterminer pour l'un ou pour l'autre de ces deux situations,

nous remarquerons que, dans la dernière, qui est le lieu que depuis on

a nommé l'_Estrapade_, on voyoit encore au dix-septième siècle la

place d'une porte qu'on appeloit la _porte papale_, et dont l'origine

et le nom ont fort exercé la sagacité de nos antiquaires. Parmi ces

opinions diverses, nous préférons encore celle de Jaillot, qui pense

que cette porte fut ouverte à l'instar de ces portes dorées dont parle

du Cange[288], et qu'elle le fut pour faire honneur au pape Eugène

III, lorsqu'il vint à Sainte-Geneviève en 1147. On en ouvrit une

semblable dans les murs de l'abbaye Saint-Germain-des-Prés, lorsqu'en

1163 le pape Alexandre III y vint faire la dédicace de l'église.

[Note 288: Dans ses _notes_ sur l'histoire de la prise de

Constantinople par les François en 1204, écrite par Geoffroi

de Villehardouin: «_Portæ aureæ_, dit-il, _dictæ, in

majoribus civitatibus, portæ præcipuæ per quas solemnes

ingressus vel processus fieri solebant_.»]

_Bailliage de Sainte-Geneviève._

Les chanoines de Sainte-Geneviève, étant seigneurs d'une partie du

quartier où étoit située leur abbaye, avoient un bailliage qui

connoissoit de toutes causes, tant civiles que criminelles, dans

l'étendue de son ressort, et dont les appels se relevoient au

parlement. Il tenoit ses audiences dans une maison voisine de

l'église.

Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 6/8) · 第 44 / 241 题