LE VOL A LA TANTE.

Une nouvelle espèce de vol, qui peut s'appeler le _vol à la tante_,

vient d'être malheureusement trop bien exploitée.

Un individu, mis avec beaucoup de recherche, se présente chez une dame

âgée, demeurant seule avec sa bonne. Il demande à celle-ci à entretenir

sa maîtresse en particulier, pour une affaire importante. Introduit, il

raconte avec une grande agitation et beaucoup de mystère que le neveu de

cette dame, lequel habite une commune peu éloignée dans la banlieue,

vient d'avoir une querelle violente dans un café; une rixe s'en est

suivie, et le jeune homme a frappé son adversaire de telle sorte qu'il

est tombé mort. Comme le meurtrier est son ami intime, il a profité du

désordre causé par cet événement, l'a entraîné et caché chez lui pour le

soustraire aux recherches de la justice.

Il vient de trouver les moyens de le faire évader: un bâtiment est sur

le point de partir, il a vu le capitaine, s'est entendu; mais il exige

pour le voyage une somme de 800 fr., et comme il n'a à lui que 250 fr.

de disponibles, il est, dit-il, fort embarrassé pour satisfaire aux

exigences du capitaine. Cependant il se garde bien de demander

directement à la tante de compléter la somme. Il lui exprime les regrets

de son neveu, qui est dans l'impossibilité de sortir, crainte d'être

reconnu, mais qui n'a pas voulu partir sans l'instruire de son sort.

La bonne dame, saisie de cette nouvelle et ne pouvant pas, à 85 ans et

souffrante en ce moment, se transporter au domicile de l'officieux ami

de son neveu, le prie de revenir bientôt lui apprendre où en sont les

choses.

Environ une heure après, notre homme revient et précise si bien les

choses, que la tante, dont il a éloigné toute défiance, pense qu'elle

peut bien confier quelque argent à un homme qui a donné si généreusement

250 fr. à son neveu; elle lui remet donc une somme de 300 fr., tout ce

qu'elle a en ce moment. L'autre fait observer que quelques effets, du

linge, seraient nécessaires au fugitif; on lui en remet encore, et il

s'éloigne.

La nuit se passe, la journée de mercredi, la tante n'entend plus parler

de rien; mais elle a été tellement émue, que son indisposition s'est

aggravée; sa bonne, inquiète, envoie chercher le médecin. Le docteur, à

force d'instances, obtint l'aveu des inquiétudes de sa malade. La bonne

se met aussitôt en route et revient quelques heures après, accompagnée

du neveu, qu'elle avait trouvé fort tranquille chez lui, et dont le

premier soin, en apprenant de quelle escroquerie il avait été le

prétexte, a été de mettre la police à la recherche de son trop obligeant

ami.

Le nouveau dictionnaire complet du jargon de l'argot ou, Le langage des voleurs dévoilé · 第 7 / 20 题