I.--ENCOMBREMENT DE TOUS LES EMPLOIS DANS LA
MÈRE-PATRIE.--ÉMIGRATION DES FEMMES AUX COLONIES.
II.--LA FRANÇAISE EST TROP SÉDENTAIRE.--PAS DE COLONISATION
SANS FEMMES.--LES APPELS DE L'«UNION COLONIALE».
III.--CONCLUSION.--EST-IL À CRAINDRE QUE L'ÉMANCIPATION
ÉCONOMIQUE DÉNATURE ET ENLAIDISSE LA FRANÇAISE DU XXe
SIÈCLE?--RÉSISTANCES MASCULINES.--AVIS AUX FEMMES.
Et maintenant une réflexion générale s'impose. Ouvrons aux femmes tous
les emplois industriels, toutes les carrières libérales: en seront-elles
beaucoup plus avancées? pourront-elles se frayer un chemin à travers la
foule qui les encombre? Retenons qu'à chaque porte les hommes se
bousculent et s'écrasent. Est-il donc croyable que le sexe faible
parvienne à enlever au sexe fort des occupations rémunératrices, pour
chacune desquelles les candidats affluent et surabondent. En France, les
places manquent aux hommes: comment voulez-vous qu'elles suffisent aux
femmes? Dès lors, puisque les fonctions intérieures sont occupées,
surpeuplées, saturées, il n'est, pour vivre, que d'aller chercher au
dehors des occasions de travail qui font défaut dans la mère-patrie.
I
Point besoin, pour cela, d'émigrer à l'étranger. Nos colonies nouvelles,
où tout est à créer, offrent aux femmes intelligentes et courageuses des
débouchés et des ressources qu'elles chercheraient vainement dans la
métropole, où l'encombrement des professions condamne les mieux armées
pour la lutte à la souffrance ou à la médiocrité. Que ne sont-elles plus
nombreuses les femmes de nos petits fonctionnaires qui, n'écoutant que
leur bravoure et leur dévouement, s'en vont sur les terres neuves servir
la patrie aux côtés de leurs maris? Combien de jeunes filles méritantes,
adroites, économes, qui traînent une vie étroite et gênée parmi les durs
travaux d'un ménage besogneux, dans les mansardes des grandes villes ou
dans quelque bicoque lézardée de nos provinces endormies,--et qui
pourraient trouver au-delà des mers, avec une existence plus libre et
plus large, un emploi, une situation, souvent même une famille?
Car dans toute entreprise de colonisation, le mariage doit être
l'événement final désiré, la conclusion entrevue et préparée. A quoi bon
émigrer pour se créer au loin un foyer qui risque de rester désert? A
peine connues, les nouvelles arrivantes seraient accueillies avec faveur
et, pour peu qu'elles fussent avenantes et de bonnes façons, traitées
par les colons en épouses possibles. Les femmes font prime en de
certaines colonies. Je sais bien que les gens qui s'effraient de toute
nouveauté, n'ont pas assez de plaisanteries pour ces «théories» de
jeunes filles, pour ces convois précieux de chères créatures d'une garde
si difficile, que nous convions à la conquête du monde sauvage. Mais
nous sommes loin de l'ancien régime, qui confiait aux Manon Lescaut le
soin de peupler et de réjouir ses colonies.
En réalité, il existe, dans nos possessions d'outre-mer, des situations,
des professions même essentiellement féminines, qui, au regret des
colons, n'ont pas encore de représentants. M. Chailley-Bert, qui s'est
fait une spécialité des questions coloniales, nous apprenait récemment
qu'en Indo-Chine, des villes, comme Hanoï, Haïphong, Nam-Dinh, ont
besoin de couturières et de modistes; que les fonctionnaires mariés,
résidents de toutes classes, généraux et officiers supérieurs,
directeurs des travaux publics et des affaires indigènes, sollicitent
parfois des institutrices pour l'éducation de leurs enfants; que les
commerçants et les agriculteurs souhaiteraient souvent de confier à une
comptable entendue la direction de leur intérieur ou les menues besognes
de leur domaine; bref, que, dans la société de là-bas, il y a des cases
vides qui pourraient être occupées avec profit par les femmes.