I.--LA FEMME OUVRIÈRE OU EMPLOYÉE.--PROTECTION DE LA
MAIN-D'OEUVRE FÉMININE.--ACCORD DES PRESCRIPTIONS
FRANÇAISES AVEC LES DÉCLARATIONS PAPALES.
II.--LA FEMME PROFESSEUR.--RÉPÉTITIONS AU
RABAIS.--CONDITION PRÉCAIRE ET DÉTRESSE CACHÉE.
III.--LA FEMME BUREAUCRATE.--EMPLOIS ET FONCTIONS QUI
CONVIENNENT ÉMINEMMENT AU SEXE FÉMININ.
IV.--LA FEMME ARTISTE.--LA CARRIÈRE THÉÂTRALE.--LES
BEAUX-ARTS ET LES ARTS DÉCORATIFS.
Avant d'entrer dans l'examen des carrières revendiquées aujourd'hui par
les femmes, il est bien entendu, encore une fois, que nous ne
reconnaissons à l'État le droit d'intervenir, avec son appareil
coercitif, pour départager les deux sexes et intimer impérieusement à
l'un: «Vous ferez ceci!» et à l'autre: «Vous ferez cela!» qu'autant
qu'il s'agit d'une distinction d'attributions réclamée par la nature des
choses et dictée manifestement par le souci des intérêts supérieurs de
l'ordre public. Hors de là, nous devrons appliquer aux femmes, comme aux
hommes, le principe de la liberté du travail qui, depuis la Révolution
française, fait partie de notre droit public.
I
Nous ouvrons conséquemment, toutes larges, les portes de
l'industrie,--de la grande et de la petite,--aux femmes qui se flattent
d'y trouver leur gagne-pain. A cette liberté nous n'apportons qu'une
restriction: il ne saurait convenir à l'État que, sous couleur
d'indépendance ou même de nécessité, l'ouvrière risquât sa vie et
compromît sa santé.
C'est pour ce motif essentiel que la loi française lui tient
présentement ce langage impératif: «Jeune fille ou jeune femme, tu ne
travailleras point dans les mines, sous quelque prétexte que ce soit;
car il te faut de l'air pour nourrir tes poumons et du soleil pour
enrichir ton sang. En toute autre occupation industrielle, tu te
reposeras la nuit et le dimanche, sauf en des cas urgents et sous
réserve d'une autorisation expresse; car il te faut un plein sommeil
pour réparer tes forces et un jour de distraction pour détendre tes
nerfs. Je tiens à ce que ta journée de travail n'excède point onze
heures; et je m'efforcerai de la réduire davantage, si la chose est
possible, afin que tu puisses vaquer plus facilement et plus longuement
aux soins du ménage. S'il m'est défendu pour l'instant de te réserver,
en cas de grossesse, avant et après les couches, une période de repos
consécutif de six ou huit semaines, faute de pouvoir te payer une
indemnité équivalente à ton salaire interrompu (tu n'ignores pas que nos
finances sont gravement obérées), mes inspecteurs, du moins, veilleront
à ce que, dans les exploitations dangereuses pour ta santé, toutes les
mesures de sécurité soient prises, toutes les règles d'hygiène
observées, afin d'alléger ton labeur et de protéger la vie. Que si le
zèle de mes fonctionnaires te paraît un peu rude ou intempestif, songe
qu'il leur est inspiré par le désir de servir efficacement tes propres
intérêts, qui sont inséparables de ceux de la race et de la patrie.»
Ce petit discours, plus pratique qu'éloquent, mérite d'être approuvé.
Nous savons pourtant qu'il ne le sera point par toutes les femmes. En
tout cas, les bonnes chrétiennes auraient mauvaise grâce à l'incriminer,
puisque les garanties tutélaires, dont la loi française entoure le
travail industriel des femmes, sont conformes aux recommandations les
plus instantes du Souverain Pontife.
Témoin cette citation de l'Encyclique de Léon XIII sur la condition des
ouvriers: «Ce que peut réaliser un homme valide et dans la force de
l'âge, il ne serait pas équitable de le demander à une femme ou à un
enfant. L'enfance en particulier--et ceci demande à être observé
strictement--ne doit entrer à l'usine qu'après que l'âge aura
suffisamment développé en elle les forces physiques, intellectuelles et
morales; sinon, comme une herbe encore tendre, elle se verra flétrie par
un travail précoce, et c'en sera fait de son éducation. De même, il est
des travaux moins adaptés à la femme, que la nature destine plutôt aux
ouvrages domestiques: ouvrages, d'ailleurs, qui sauvegardent
admirablement l'honneur de son sexe et répondent mieux, de leur nature,
à ce que demandent la bonne éducation des enfants et la prospérité de la
famille.»
Mais, si haute que soit l'autorité dont ces paroles émanent, elle
s'incarne dans un homme; et les recommandations papales, non moins que
les prescriptions civiles, présentent un caractère masculin de
supérieure condescendance, qui risque d'offusquer l'intransigeance de
nos fières et libres féministes.
Quant aux carrières bureaucratiques et libérales, disons tout de suite,
pour trancher la question de principe, que nous n'apercevons aucune
raison sérieuse d'en écarter les femmes. Évidemment, leur place est au
foyer plutôt qu'à un bureau d'enregistrement ou à la barre d'un
tribunal. Mais elles seraient mieux également à leur ménage que dans un
atelier de tissage ou de filature; et personne pourtant n'oserait leur
interdire d'être ouvrières. On leur permet, dans l'industrie et aux
champs, les besognes les plus pénibles, parce que nulle loi humaine ne
saurait les empêcher de gagner leur vie et celle de leurs enfants: de
quel droit leur interdirait-on d'autres occupations beaucoup plus
faciles et beaucoup plus rémunératrices? La liberté du travail est chose
sacrée: en priver la femme, sans raison supérieure, est un crime de
lèse-humanité.
Reste à savoir quels emplois conviennent le mieux à son sexe.