L'émancipation intellectuelle de la femme poussée à outrance soulève un
dernier grief, et l'on trouvera peut-être que c'est le plus grave. En
admettant que l'érudition féminine soit, un jour ou l'autre, à la mode,
et que les familles se piquent d'avoir des filles sublimes et des
demoiselles géniales,--et sans rechercher pour l'instant si le surmenage
ne coupera point court à ces sottes vanités,--on doit se demander avec
appréhension si les femmes de l'avenir, qui condescendront encore au
mariage, nous feront la grâce d'avoir des enfants. Le pourront-elles? le
voudront-elles? La question de la maternité des femmes savantes est
digne de préoccuper ceux qui ont à coeur l'avenir de la race. Or, les
femmes de grand esprit sont souvent stériles; à tel point qu'on se
demande s'il y a antagonisme entre l'intelligence et la prolificité.
On a vu que les femmes ne semblent point faites, ni physiquement ni
intellectuellement, pour les fortes oeuvres et les grand rôles. Cela est
si vrai que, dans la femme qui fait preuve d'une réelle puissance
cérébrale, on trouve presque toujours, suivant le mot de M. Secrétan, un
«homme caché». Les femmes de talent ne sont pas rares qui présentent des
caractères virils. Celles-là sont, au pied de la lettre, de véritables
confrères; il faut vraiment n'en parler qu'au masculin. De Goncourt a
dit de son côté: «Il n'y a pas de femmes de génie; lorsqu'elles sont des
génies elles sont des hommes.»
Les hautes études exigeant une dépense de force nerveuse, un effort de
tête, une tension soutenue du cerveau, qui raidit violemment tous les
ressorts de l'être pensant, il semble bien que la généralité du sexe
féminin soit moins capable que l'homme de subvenir aux frais de la
production intellectuelle, sans porter préjudice à la reproduction de
l'espèce. Doué, au contraire, d'une énergie plus résistante, pourvu d'un
organisme naturellement fait pour l'action, le sexe masculin dispose
d'une réserve dynamique et d'une puissance motrice qui lui permettent
d'appliquer et de soutenir plus longtemps son attention, de pousser plus
avant la recherche intellectuelle et la pénétration scientifique, sans
d'aussi graves dommages pour la transmission du sang et la perpétuité de
la famille.
L'expérience des États-Unis confirme ces inductions. Les voix les plus
autorisées y attribuent déjà la décroissance progressive de la natalité
à la culture excessive ou prématurée de l'intellectualité des femmes.
Par exemple, le docteur Cyrus Edson, «commissaire de santé» de l'État de
New-York, déclare expressément que l'Américaine dégénère: parce que,
durant les années d'adolescence, sans souci des indications et des
exigences de la nature, on surmène les forces mentales de la jeune
fille, et que celle-ci, se trouvant plus tard trop faible pour remplir
ses devoirs de femme, ne peut plus ou ne veut plus être mère.
Impuissance physique ou aberration mentale, voilà donc où conduit le
fétichisme des grades et des diplômes. Et qu'il est gai de vivre avec
des femmes savantes! Le docteur Edson nous en prévient charitablement:
«Une jeune Américaine, élevée comme nous sommes fiers de l'élever, se
marie; elle est intelligente, brillante, belle, heureuse. Elle a un
enfant, deux au plus; puis elle devient méconnaissable, irritable, un
fardeau pour son mari et pour elle-même: c'est une malade qui ne guérira
jamais[130].» Ce tableau ne pourrait-il point s'appliquer à plus d'une
Française?
[Note 130: Cité par Mme Dronsart dans le _Correspondant_ du 10 octobre
1896, p. 137.]
Dès lors, cette conclusion s'impose que j'emprunte à M. Fouillée: «Une
force et une dépense d'intelligence qui, si elles étaient générales
parmi les femmes d'une société, amèneraient la disparition de cette
société même, doivent être considérées comme une atteinte aux fonctions
naturelles du sexe[131].» Gardons-nous donc de développer à tort et à
travers l'instruction féminine: la maternité en souffrirait. Certes, il
est désirable que la jeune fille puisse enrichir son esprit de toutes
les lumières utiles; mais veillons à ne point l'encombrer d'une
érudition vaine et prenons garde surtout, qu'en la préparant aux
professions compatibles avec ses aptitudes et les vertus de son sexe,
elle ne soit détournée de son rôle familial, de ses fonctions
domestiques, c'est-à-dire de sa vocation d'épouse et de mère. Que si la
fièvre de l'instruction «intégrale» doit émousser sa sensibilité,
dessécher son coeur, tarir l'héritage de dévouement et d'amour qu'elle
tient de ses aïeules; que si, la concurrence individuelle l'entraînant
hors de ses fonctions traditionnelles dans la mêlée brutale des
égoïsmes, elle oublie peu à peu sa maison, son mari, ses enfants, pour
ne songer qu'à elle-même, on verra bientôt la moralité faiblir, l'amour
se corrompre et la famille se dissoudre. La femme est le soutien des
bonnes moeurs: quand elle déchoit, tout s'écroule avec elle.
[Note 131: Alfred FOUILLÉE, _La Psychologie des sexes_. Revue des
Deux-Mondes du 15 septembre 1893, p. 420.]